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Dur dur le Morio !
 
Morio (Euvanessa antiopa)C'était en Vendée, c'était les vacances, et c'était surtout mon premier"Morio" !
 
A l'époque nous passions une petite quinzaine de jours chez mes parents, agréable façon de nous ressourcer.....tout en ménageant notre jeune budget !
 
En ce début juillet le temps était superbe, et tous les matins, filet en mains, je m'éclipsais pour une brève exploration d'alentours bocagers encore préservés, et donc prometteurs.
 
Ce faisant je suis très vite tombé sur un "Morio" (Nymphalis antiopa), espèce fort peu commune dans la région. Outre sa beauté, ce grand papillon a la particularité de ne point être floricole, et de se complaire dans les frondaisons où il trouve gîte et couvert.
 
Il a aussi celle d'être très méfiant, du moins quand il daigne descendre à terre, et celle encore de très audiblement claquer des ailes, à la manière d'applaudissements, lorsqu'il s'enfuit plus ou moins précipitamment.
 
Présentement je progressais dans un petit pâturage, en bordure d'un grand rideau de peupliers. Le terrain était truffé de taupinières, et sur le sommet de l'une d'elles, à 10 m de moi, le Morio de cette historiette prenait un matinal et revigorant bain de soleil....
 
Sur la nudité terreuse de son promontoire, ailes largement étalées, le bel insecte se voyait évidemment comme le nez au milieu de la figure. Etant moi-même tout aussi repérable, il a suffit d'un pas de trop pour voir la bête promptement s'envoler, et se réfugier d'un trait sur les peupliers.
 
L'objet de ma convoitise était largement hors d'atteinte, mais restait cependant bien visible, et les ailes là encore étalées ajoutaient à ma frustration, tout comme à mon désir de revanche.
 
Les jours pouvant se suivre, et pour une fois se ressembler, le fameux Morio m'a refait le "coup de la taupinière" dès le lendemain, mais aussi le surlendemain, et ce en dépit d'approches à pas plus que comptés, et d'un manche de filet qui s'allongeait au prorata de ma déconvenue.
 
Au matin du 4e jour notre Morio était de nouveau au rendez-vous, même heure même taupinière, ce qui témoignait d'une peu banale constance. Cette fois j'étais bien décidé à laver l'affront, quitte à employer les grands moyens.
 
L'approche s'est donc carrément faite à plat ventre, en rampant, filet pareillement plaqué au sol. Yeux rivés sur la bête, l'immobilisation était de rigueur à la moindre alerte, c'est à dire au plus petit tressaillement de l'insecte. Vous l'aurez compris, la progression était pour le moins laborieuse, et aussi délicate que stressante .
 
De pauses en reptations je suis finalement arrivé à bonne portée, mais sur l'instant j'ai très nettement pressenti l'envol de la bête. C'était donc "maintenant ou jamais", et en dépit de l'inconfort de la position, le coup de filet est parti d'instinct , à la fois large, puissant...et plus que rasant !
 
De fait, faute d'avoir pu "ajuster le tir", une partie de la terre très friable formant la taupinière s'est retrouvée dans le filet....et le Morio avec !
 
Il y en avait bien la valeur de 2 ou 3 bonnes poignées, et en pareil cas il est facile d'imaginer l'état du papillon....sans parler de celui de l'entomologiste!
 
Contre toute attente la bête s'est avérée absolument intacte, et de surcroît d'une remarquable fraîcheur, signe patent d'une très récente éclosion !
 
En guise d'épilogue je dirais que ce fameux Morio est bien sûr dans ma collection, qu'il est toujours aussi beau, et que ce "miraculeux" coup de filet est encore très présent dans ma mémoire, bien qu'il date de....40 ans !!!
 
 
Qui l'eut cru !
 
Par-delà cette historiette, et contrairement à une idée reçue, il faut savoir que la chasse aux papillons est loin d'être une sinécure, et encore plus loin de s'apparenter à une "aimable distraction de demoiselles".
 
Aussi surprenant que cela puisse paraître c'est même une activité typiquement masculine, et pour tout dire "l'expression symbolique, et reconnue, d'une virilité affirmée" !
 
Les vraies collectionneuses de papillons se comptent d'ailleurs sur les doigts de la main, alors que bon nombre de dames et demoiselles, émules de Diane chasseresse, savent pourtant fort bien tirer la caille ou le perdreau, voire même abattre le cerf ou trucider le noir sanglier!
 
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