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Les carabes des "Chabasses" !
 
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En cette mi-juillet 1978 nous quittions le pays nantais, là où le grand fleuve se mêle à l'océan, pour des vacances estivales bien peu banales … surtout pour un entomologiste !
Morphocarabus monilis, photo 1 Morphocarabus monilis, photo 2 Morphocarabus monilis, photo 3 Morphocarabus monilis, photo 4 Chrysocarabus auronitens
Par le biais de cousins vendéens, éleveurs de bovins, nous nous sommes retrouvés aux Chabasses pour un très rustique camping à la ferme, en totale immersion auvergnate. Située à 1250 m d'altitude, au quasi pied du Plomb du Cantal, la ferme était grande, et même très grande.

Non moins grande était la rudesse du climat, car au plus fort de l'hiver la ferme se trouvait "coupée du monde", et cela durant plusieurs mois. Une telle rigueur climatique imposait bien sûr une totale autonomie, notamment vivrière, tant pour les animaux que pour les humains.

Principal lieu de vie de la famille, l'immense cuisine était littéralement tapissés de placards muraux, et l'hiver venu les alignements de conserves "maison" devaient y voisiner avec une véritable épicerie … limite "supermarché" ! Banal me direz-vous, sauf que les portes de ces placards et les dalles de basalte couvrant le sol étaient aussi hors normes que la cuisine, car toutes étaient carrées et mesuraient … 1 m de côté !!!

Confrontés à de telles conditions de vie, les hommes eux-mêmes n'étaient pas ordinaires. Petits, trapus, le poil noir, ils étaient l'image même du " bougnat " auvergnat : rude d'aspect, dur à l'ouvrage, mais doté d'une grande gentillesse pour qui savait l' "apprivoiser".

Essentiellement dédiées à l'élevage, les terres environnantes faisaient la part belle aux pâturages et aux prairies à foin. Nous campions à 100m de la ferme, en bordure de l'une de ces prairies, et il me souvient avoir été surpris par la qualité du fourrage en devenir, tant il était haut et dru.

Les parcelles étaient délimitées par des talus herbus, la végétation laissant percevoir un très prometteur entassement de caillasses, les carabes et leurs proies appréciant en effet ce genre de refuge. Le fait s'est d'ailleurs très vite confirmé au piégeage, avec une belle brochette de "monilis" relativement polychromes, et quelques "auronitens" d'assez petite taille, préfiguration des véritables "modèles réduits" pouvant se trouver sur les plus hauts sommets du Massif Central.

Quelques jours après notre arrivée, les "grandes manœuvres" ont commencé, à savoir la fenaison. A cet effet 3 tracteurs sont entrés en action, preuve s'il en est de l'importance de cette ferme et de son cheptel, mais aussi des surfaces à faucher et du volume de foin à engranger.

A l'époque les classiques bottes de foin rectangulaires étaient de règle, et elles faisaient souvent le bonheur des entomologistes, surtout quand elles passaient la nuit sur le terrain. Mis à découvert par la fauchaison, les carabes ( entre-autres bestioles), trouvaient d'abord refuge sous les " andains ", puis en dernier ressort sous les fameuses bottes … qu'il suffisait de basculer pour les y déloger.

Ce genre de chasse, logiquement appelé "sous les bottes de foin", est à la fois original, amusant, peu fatiguant, souvent très "payant", et parfois même …. "miraculeux" comme ce fut le cas aux "Chabasses". Sans exagération aucune il n'était pas une botte de foin sans ses 4 ou 5 carabes, et en trouver une dizaine n'était pas exceptionnel, le record étant d'ailleurs de 17.

Comme souvent, il s'agissait quasi exclusivement du "monilis", et cette population était en grande majorité cuivrée / verdâtre. Il s'y trouvait néanmoins des formes chromatiques particulièrement variées et intéressantes, comme cette boîte en témoigne, mais pour réunir un tel panel de "monilis" polychromes il m'a fallu en examiner … un certain nombre !

Vous l'aurez compris les carabes abondaient, et en trouver dans la toile de tente était d'ailleurs fréquent. Bien entendu, je n'étais pas le seul à profiter de l'aubaine, car des vols de corbeaux venaient quotidiennement ripailler, notamment en suivant le ballet des tracteurs, comme les mouettes le font sur la côte lors des labours. Les noirs volatiles avaient eux-mêmes de la concurrence, car sitôt l'enclos ouvert, le troupeau d'oies de la ferme se ruait littéralement à la curée, à grand renfort de "cacardages". A ces bruyante agapes s'ajoutaient enfin de plus discrets convives, tels que les crapauds, hérissons, rapaces en tous genres … et j'en passe !

Pour conclure ce volet "monilis" je dirais mon étonnement devant une telle profusion de carabes, et le fait qu'ils puissent vivre ( et tout simplement se déplacer ! ) au sein de prairies aussi densément "fournies" en graminées et autres plantes fourragères associées. Je me demande également comment des carabes parvenaient à échapper à une prédation tenant du "génocide", et croyez-moi c'est encore peu dire.

Comme si cela ne suffisait pas, le moindre m2 de terrain portait les profondes empreintes des roues de tracteurs, tant les différentes étapes de la fenaison (fauchage, brassage, séchage, bottelage, ramassage) nécessitaient d'allers et retours. Autant dire que les "écrabouillages" de monilias étaient légion … et je vous fais grâce des "éclopés" ! Pour finir, je vous laisse imaginer le sort des nombreuses et malheureuses bestioles, littéralement "compactées" dans les bottes de foin !!!

Comme déjà dit, quelques auronitens étaient tombés dans mes pièges, et leur relative petitesse m'intéressait, car elle faisait transition entre la taille avantageuse des formes de plaine, et les individus alticoles carrément "minus de chez minus".

En plaine l' "auronitens" est forestier, et tout naturellement j'ai lorgné du côté d'un minuscule bosquet de feuillus rabougris où un petit troupeau de vaches trouvait refuge par mauvais temps … ou trop beau temps ! Souhaitant en avoir le cœur net, j'ai passé la presque totalité d'un après midi à "farfouiller", mais au bout du compte mon "mouchoir de poche" forestier (100 m x 20 ! ) m'a livré un seul carabe, et en plus ce n'était pas l'espèce m'intéressant, puisqu'il s'agissait du banal "problematicus".

Sachant les carabes forestiers difficiles à trouver à vue, tant ils savent profiter du milieu pour parfaitement s'y dissimuler, j'ai bien sûr été pris d'un gros doute. Décidé à promptement le lever, j'ai posé une vingtaine de pièges, là ou les vaches ne pouvaient les atteindre. Les bovidés (et pas qu'eux ! ) sont en effet si friands du vinaigre de vin servant d'appât, que le gobelet de plastique suit parfois le même chemin que ledit vinaigre … et là bonjour la facture du véto !

Habituellement les pièges se relèvent toutes les semaines, mais étant à 2 pas je n'ai pu résister, et cette impatience s'est finalement avérée salutaire … sauf pour 83 auronitens passés de vie à trépas par noyade … vinaigrière ! Pour en arriver là, il aura seulement suffit de 48 h et d'une dizaine de pièges (l'autre moitié étant restée "vierge"), d'où mes réticences et mes conseils de modération vis-à-vis du piégeage. Certes de tels "cartons" sont loin d'être la règle, et ils témoignent à l'évidence d'une nature pour le moins généreuse … mais en sera-t-il toujours ainsi … that is the question !

Que dire de plus, si ce n'est que cette époque est doublement révolue, à la fois par l'abandon des bottes de foin au profit du "roundballage" ( les énormes rouleaux de foin ou de paille, pouvant peser jusqu'à 400 kg), et bien sûr en raison de la raréfaction non moins généralisée de l'entomofaune … à commencer par les carabes.

 
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