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" Choukette ", la fouine !
 
La fouine "Choukette" (toute jeune)La future " Choukette " avait été trouvée à la limite du campus " Sciences ", au bord de l'allée menant au Rectorat......
 
Non sans une certaine logique le petit corps avait fini par m'échoir, tant ma passion pour les animaux était connue. Il tenait dans le creux de la main, et les yeux encore fermés témoignaient d'une venue au monde à l'évidence très récente. Il s'agissait d'une petite fouine, et d'un abandon à coup sûr très provisoire.
 
Désormais ses chances de survie dépendaient de moi, et je dois dire qu'elles m'apparaissaient bien minces eu égard aux difficultés prévisibles, et aux impératifs inhérents à pareille tentative.
 
Dans l'urgence il fallait réchauffer le petit animal, mais aussi tenter de le nourrir. Un seau et un fond de coton hydrophile assurèrent rapidement un gîte fort convenable, et de surcroît aisément transportable. Par ailleurs le lait en poudre de nos " pauses-café ", et un petit biberon de friandises hâtivement acheté à la boulangerie du coin firent l'affaire.
 
Contre toute attente, mais au prix d'une " tétée " toutes les 2 heures, la bestiole me donnait l'impression de pouvoir survivre. Le lait de vache coupé d'eau passait mieux, et en dépit d'une diarrhée quasi chronique la " Choukette " en devenir prenait du poil de la bête, ce qui pour une fouine était plutôt bon signe.
 
Il aura fallu plus d'une semaine avant que les yeux ne s'ouvrent, et à cet instant j'ai eu le sentiment que c'était partie gagnée. De fait les progrès se firent rapides, et le seau désormais réservé au seul transport s'est vu complété par un grand carton où notre " fouinette " pouvait s'adonner à de chancelants ébats.
 
Très vite le carton s'est lui-même avéré trop étroit, et boulettes de steak haché aidant, la " Choukette " en titre a pu commencer l'exploration des coins et recoins du garage familial, et à l'occasion batifoler sur les pelouses universitaires.
 
La bestiole répondait parfaitement à son nom, et tout se passait au mieux, jusqu'à ce qu'elle commette l'irréparable, à savoir traîtreusement fienter dans une des bottes de ville de la maîtresse de maison. L'outrage dépassant le seuil du tolérable, et confinant même le crime de " lèse Magesté ", il n'était plus question de lui concéder le moindre coin de garage. Dès lors, entre les périodes de jeux, le clapier est devenu l'habitat de rigueur.
 
En réalité la " Choukette " était un mâle, et il était aisé de le constater au vu de ses premières pulsions. Une même porte de clapier condamnait en effet 2 boxes contigus, et sitôt l'entrebâillement suffisant la fouine se faufilait illico chez ses voisins les lapins. Là elle sautait sur le dos du premier venu, prenait la nuque du rongeur dans sa gueule, puis elle " s'activait " fort significativement au grand dam des Lois de la Nature, et d'un " partenaire " mâle ou femelle au demeurant totalement tétanisé.
 
Cela dit cette période était celle d'interminables jeux avec les enfants et moi-même, de courses-poursuites alternées et effrénées avec le chat de belle-Maman, et de rencontres plus circonspectes avec les toutous du voisinage.
 
C'était aussi le temps où l'échelle était souvent de sortie car si la charmante bestiole adorait grimper dans les arbres, elle se montrait nettement moins adroite pour en redescendre. Elle a cependant très vite " pigé ", et ses talents d'équilibriste sont devenus par ailleurs étonnants. À titre d'exemple elle aimait passer d'un piquet de clôture à un autre en empruntant le haut du grillage, la queue faisant alors office de balancier.
 
C'était enfin le temps des pantoufles subtilisées, des serpillières volatilisées, des serviettes éponge chapardées à l'étendage, et j'en passe. Elle opérait toujours " en douce " et son petit trésor ne s'est découvert que bien longtemps après, sous l'énorme tas de fagots de la fermette voisine. Il y avait même une très sexy parure froufroutante rose bonbon, et des chaussons à pompons assortis, le tout venant si je puis dire de nulle part.
 
Sans en avoir la certitude, je pense que ce curieux comportement était dû au fait que sa couche avait été longtemps constituée de vieux vêtements, et autres guenilles du même genre, que je renouvelais périodiquement
 
Mis à part ces larcins la bête était adorable et jamais je ne l'ai vue griffer ou mordre, ni même se rebeller quand mon tout jeune et dernier fils trouvait plus pratique d'attraper cette drôle de peluche par la queue, et à l'occasion de la tirailler en tous sens.
 
Une seule fois j'ai véritablement eu peur, et pris conscience de la dangerosité potentielle d'un tel animal. Il faisait nuit, et manquant de bois pour la cheminée je suis allé chercher quelques bûches au fond du jardin. En les prenant j'ai déclenché un cri d'une incroyable férocité, à la fois très bref, perçant, et puissant. Il m'a fallu quelques instants pour réagir, et réaliser qu'il s'agissait de ma fouine. Elle avait été surprise, et moi tout autant, et à mon appel elle est sortie rassurée, mais encore toute frissonnante.
 
Le temps passant j'ai un jour décidé de laisser la " Choukette " en totale liberté. Elle était adulte, et manifestement attirée par la cavité d'un vieux chêne têtard jouxtant la maison.
 
Cette toute nouvelle vie semblait très appréciée, à telle enseigne que les " siestes " se prolongeaient de plus en plus, au profit de sorties nocturnes plus conformes aux mœurs de l'animal. Dans le même esprit l'apport de nourriture relevait de la gâterie, l'examen des fécès me confirmant le bon apprentissage de la chasse aux rongeurs et passereaux avec le matou de belle-Maman.
 
Pour autant nous n'étions pas oubliés et rares étaient les soirées où nous n'apercevions pas le gorgeron blanc à la petite lucarne ogivale du séjour. Si nous tardions à ouvrir, les pattes antérieures appliquées sur la vitre témoignaient de l'impatience et du désir de nous rendre visite. Un fois entrée la fouine venait s'installer sur mes genoux, et les yeux rivés sur la télé elle se laissait caresser une petite demi-heure, après quoi elle s'ébrouait, et demandait à sortir.
 
La nuit favorisant toutes les hardiesses elle a fini par faire sien le hangar à foin de la fermette voisine. Ma bestiole était certes bien connue, mais la mauvaise réputation de ses semblables l'était tout autant, et un jour la fermière est venue me chercher afin de me faire constater, de visu, que ma bestiole " appréciait " les œufs de ses volailles.
 
De fait plusieurs coquilles étaient parfaitement " nettoyées " mais je n'étais pas du tout convaincu par la " technique " utilisée, et la voisine a fini par reconnaître avoir elle-même cassé les œufs mis à disposition de l'animal.
 
Cela étant, ça sentait sérieusement le roussi, d'autant que les 2 grands ados de la ferme en question n'étaient pas à un mauvais coup près, surtout quand il s'agissait d'une " vermine ", fut-elle apprivoisée.
 
À tort ou à raison j'ai donc décidé de transférer la " Choukette " là où elle n'aurait plus à craindre. Curieusement on aurait dit qu'elle l'avait compris car il n'était plus question de " pauses-télé ", et pas davantage de l'attraper. J'ai dû user d'une boîte piège de ma confection, mais là encore il a fallu plusieurs jours, alors qu'en temps normal elle adorait se fourrer partout où sa corpulence le lui permettait.
 
J'ai finalement eu raison de sa défiance, et une fois le crève-cœur accompli je m'étais promis d'aller voir tous les 2 ou 3 jours. Malheureusement je suis tombé malade le lendemain et je n'ai pu retourner sur les lieux de mon abandon forcé que trois semaines plus tard.
 
Comme je le pressentais les dés étaient jetés et la jolie " Choukette " est restée sourde à tous mes appels.
 
Pour conclure je dirais simplement que 25 ans se sont écoulés, et que la seule évocation de ces faits me serre encore le cœur.
 
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