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Il était une fois ... la limace et le ver de terre !
 
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Reproduction !

Les testacelles sont hermaphrodites ( et possèdent donc les organes propres aux 2 sexes ! ), mode de reproduction fréquent dans le monde animal, mais aussi végétal ( vers de terre, escargots, ou encore ... pommiers, par exemple ! ). Bien qu'il se produise parfois à la surface du sol, l'observation de l'accouplement nécessite une bonne dose de chance et de persévérance, d'autant qu'il se produit la nuit, et que l'horloge interne des bestioles a la précision d'une montre Suisse ! En d'autres termes il est parfaitement inutile de maintenir ces limaces dans le noir, et donc captives, en l'espoir (totalement vain !) de les inciter à copuler. Moralité mieux vaut être insomniaque "grave" .... et de plus être chanceux !

 
 Testacelles atlantiques  (Testacella maugei) accouplée, photo 1 Testacelles atlantiques  (Testacella maugei) accouplée, photo 2 Testacelles atlantiques  (Testacella maugei) accouplée, photo 3................ Testacelles atlantiques  (Testacella maugei) post coït
... c'est ainsi que le 5 novembre l'inespéré est arrivé sans "crier gare" !
ci-dessus à gauche : le fameux accouplement, à droite : idem, post "coït". Ces testacelles atlantiques (Testacella maugei) ont été trouvées telles que, d'où l'impossibilité de préciser le début de cet accouplement, et de fait sa durée. Par contre l'observation "en direct" s'est prolongée durant une demi heure, avec totale immobilité des protagonistes. J'ajouterais qu'une malencontreuse et irrépressible "envie pressante" m'a privé de pouvoir illustrer la séparation du couple ! Très frustrant et même carrément rageant !

ci-dessous : autre accouplement, non moins inattendu (17 novembre), la petite taille de ces T. maugei (la moitié de celles ci-dessus) m'ayant incliné à les croire immatures. Là encore j'ai presque "raté le coche" mon fidèle TZ30 faisant preuve d'un fâcheux caprice technique au moment crucial. En espérant plus "spectaculaire" illustration, la réciprocité pénienne est par chance nettement perceptible, à droite. Au passage vous noterez la différence de coloration avec le "couple" précédent. Par-delà la variabilité naturelle de l'espèce, la provenance différente a présentement pu jouer.

estacelles (Testacella maugei) accouplement, photo 1 estacelles (Testacella maugei) accouplement, photo 2 estacelles (Testacella maugei) accouplement, photo  3. ............. estacelles (Testacella maugei) accouplement, détail.

La littérature s'accorde sur le fait qu'il puisse y avoir plusieurs pontes, numériquement faibles eu égard à la taille importante des œufs, et à la nature de leur coquille. Elle s'accorde également sur une durée moyenne d'incubation de l'ordre de 3 à 5 semaines selon météo. Par contre il est aussi fait état de "différentes périodes de l'année", là où la fin de l'été et ou le début de l'automne prévalent.

Présentement la ponte ayant eu lieu le 24 mai, avec éclosions le 27 août, il s'ensuit un allongement considérable de l'incubation. A priori il est permis d'y voir une logique forme d'estivation, dans la mesure où les proies potentielles des testacelles en devenir sont elles mêmes "en pause". A contrario le développement des pontes survenant en septembre/ octobre serait non moins logiquement plus rapide afin que les très jeunes et fragiles testacelles aient le temps d'amasser les réserves requises en vue de l'hivernage.

Comme les photos ci-dessous le montrent les oeufs sont classiquement ... ovoïdes ! Leur forme est comparable à ceux de la poule (taille en moins est-il besoin de le préciser ! ) et ils sont pareillement dotés d'une coquille calcaire proportionnellement plus épaisse et relativement résistante.

 
Ponte de testacelle  commune (T. haliotidea ), photo 1 Ponte de testacelle  commune (T. haliotidea ), photo 2 Ponte de testacelle  commune (T. haliotidea ), photo  3 Ponte de testacelle  commune (T. haliotidea ), photo 4 oeuf de testacelle  commune (T. haliotidea ) sur ruban millimétré
ci-dessus : vues tous azimuts de l'intégralité d'une ponte (24 mai !) d'un grand spécimen de la testacelle commune (T. haliotidea ). Les oeufs ont été nettoyés pour une meilleure appréciation de leur aspect; ci-dessous à gauche : ponte "telle que" ; à droite : mise en évidence de la nature calcaire de la coquille, et d'une épaisseur pouvant se qualifier de conséquente, comme le montre la comparaison avec un fragment de coquille d'oeuf de poule ( le rapport de la taille des oeufs est de 1 à 15).
Ponte de testacelle  commune "telle que" !..... Testacelle, épaisseur de la coquille d'un oeuf, photo 1 testacelle, comparaison de l'épaisseur de la  coquille avec celle oeuf de poule
 
 
 
Embryon de testacelle commune. Embryon de testacelle commune, photo 2..............Embryon avec coquille de testacelle commune,
à gauche : embryon en cours de développement (encore à ses débuts à en juger par le volume du vitellus ! )
à droite : 15 jours plus tard  la coquille parfaitement formée est bien visible, et dans le même temps le volume vitellin s'est considérablement réduit.
 
 
L'heure de la sortie ! testacelle naissante, photo1 Testacelle naissante, photo 2 ... et déjà boudeuse !
... et ce qui devait arriver ... arriva !
... pour mon plus grand plaisir !
Testacelle naissante, photo 23 Testacelle naissante, photo 4 Testacelle naissante, photo 25
 

Dure dure la "limacologie" !

Au terme de cette "spéciale" je tiens à souligner le notable manque de "coopération" des testacelles. Outre leur prévalence pour la vie souterraine, et des moeurs nocturnes ne facilitant pas les choses, il faut en effet compter avec une défense passive très efficace consistant à fortement se rétracter et s'arrondir sur le mode hérisson, et cela pour une durée dont les limites ont le don de mettre votre patience à rude épreuve. Ces diverses contingences font que les observations expérimentales à l'air libre s'en trouvent particulièrement problématiques, au point de parfois sembler impossibles. De ce fait les illustrations iconographiques ou vidéographiques ne sont pas sinécure, ce constat valant particulièrement pour le très fugace et peu banal processus d'attaque des lombrics, proies de prédilection des testacelles.

 
Testacelle rétractée en position défensive, photo 1 Testacelle rétractée en position défensive, photo 2 Testacelle rétractée en position défensive, photo 3
Illustration de la très efficace défense passive !
Pour voir une testacelle "boudeuse" passer des positions ci-dessus à celles ci-dessous ... mieux vaut ne pas être pressé !
Testacelle "détendue", photo 1 Testacelle "détendue", photo 2
 
 
20024 .... suite !
 
Réchauffement climatique ... ou pas ?

Lors d'une visite chez mon fils j'ai eu le plaisir de classiquement trouver 3 testacelles (dont une "jeunette" ! ) sous une jardinière en contact direct avec le sol. En fait ce plaisir s'est surtout mué en réelle surprise car l'hiver météorologique et calendaire étaient pourtant bien loin d'avoir dits leur dernier mot. De fait, nous étions seulement le 10 février (2024), et de toute évidence la fameuse jardinière avait été soulevée par simple habitude (voire quasi réflexe ! ) plus que par conviction. Cela dit les vers de terre eux-mêmes "tortillonnaient " déjà à tout-va ... ceci expliquant sans doute cela !

  Jeune testacelle sur allumette/échelle, photo 1. Jeune testacelle sur allumette/échelle, photo 12
ci-dessus : la "jeunette" et la traditionnelle allumette /échelle !
ci-dessous : ... et sous une toise nettement plus conventionnelle !
Jeune testacelle sur  ruban millimétré,  photo 1. Jeune testacelle sur  ruban millimétré,  photo 2 Jeune testacelle sur  ruban millimétré,  photo 3.
 

Bizarre ... vous avez dit bizarre !

Alors que le fait n'avait jamais été observé en 2023 lors de mes prises estivales ou automnales (relativement nombreuses) tous les exemplaires trouvés en ce début d'année 2024 (février) m'ont gratifié d'une abondante sécrétion de mucus. De prime abord assez comparable à celui des escargots, ce mucus est toutefois nettement moins épais et gluant, tout en étant plus aéré, voire "aérien" A l'évidence très abondant il se présente en effet sous la forme d'une multitude de bulles, de toutes formes et tailles, émanant manifestement de glandes "mucipares" localisées sous la partie antérieure de la coquille.

A l'image des escargots la logique voudrait que ce mucus puisse à la demande lubrifier ou coller et à l'occasion se muer en moyen défensif, mais son apparente "saisonnalité" interroge sur sa raison d'être ... d'où mon appel aux spécialistes es-mucus ! Cela étant je pense que cette sécrétion pourrait bien être à l'origine des pseudo-cocons parfois mentionnés dans la littérature. Ils permettraient aux testacelles d'hiverner, ou au contraire d'estiver, tout en bénéficiant d'une protection à la fois mécanique, thermique, et hygrométrique, ces animaux étant évidemment très sensibles aux facteurs climatiques ou simplement météorologiques. Bien entendu j'espère pouvoir illustrer ces énigmatiques "cocons".

 
Testacelle avec mucus, photo 1 Testacelle avec mucus, photo 2............ Testacelle, gros pla sur le mucus avec décomposition de la lumière. ........... Testacelle, localisation des glandes à mucus, photo 1 Testacelle, localisation des glandes à mucus, détail/
à gauche : sur l'air du "Poinçonneur des Lilas" ... je fais des bulles, des p'tites bulles, encore des p'tites bulles !
au centre : quand le soleil s'en mêle il s'ensuit de très belles irisations, et une sorte de tableau psychédélique du plus bel effet.
à droite : mise en évidence de la zone d'émission du mucus, la flèche jaune ciblant la bordure antérieure de la coquille.
 
Plus frais tu meurs !

Pour qui connaît les moeurs souterraines de ces drôles de limaces il était totalement inimaginable de pouvoir observer la bête à pondre en mode hors sol ! A l'image de la formule consacrée les oeufs présentés sont pourtant "du jour" .... et plus exactement de la nuit ! Vous l'aurez compris cette dernière a été aussi "blanche" que le sont les oeufs ... mais à coup sûr cela en valait la peine !

L'anormalité de cette ponte donne à penser qu'elle était sans doute prête à être émise (encore que ce soit très tôt en regard de la norme ! ), mais aussi que le stress a pu faire son oeuvre, la bête ayant été délogée de sa retraite le jour même (dessous d'une grosse pierre de granit). Vous noterez que les oeufs sont lentement expulsés un à un, par l'orifice génital situé sur le côté droit du cou, et que la ponte (une dizaine d'oeufs en moyenne) demande plusieures heures.

 
Testacelle à pondre, photo 1 Testacelle à pondre, photo 2 Testacelle à pondre, photo 3
ci-dessus : l'émission des oeufs ... une bonne (et grosse !) surprise !
ci-dessous à gauche : la "mise au vert" (si l'on peut dire !) pour un meilleur rendu photographique a provoqué un volumineux "nuage" de mucus, avec un inattendu dernier oeuf; à suivre : de franchement blancs à la ponte, les oeufs virent progressivement au plus ou moins orangé au fil des semaines et mois (un 11 ème oeuf a fini en omelette !)
Testacelle avec son nuage de mucus, et un oeuf frais pondu. Testacelle, oeufs frais pondus. Testacelle, oeufs frais pondus. avec allumette/échelle
 
 
... et juste pour le plaisir des yeux !

Testacelle blanche, photo 1 Testacelle blanche, photo 2 Testacelle blanche, photo 3 Testacelle blanche, photo 4

Il était difficile de ne pas partager la beauté de cette "testacelle commune" (T. haliotidea ) ... dont la coloration "ivoire" n'a rien de commun !
Sans être exceptionnelle, la taille ajoute néanmoins à l'intérêt de ce spécimen, d'autant que l'étirement est ici incomplet
( la bestiole s'entêtant à bifurquer au-delà de cette mensuration ! )
Testacelle blanche, photo 5 Testacelle blanche, photo 6 Testacelle blanche, photo 7 Testacelle blanche, photo 8

En guise de conclusion !

Sauf à être initié, la discrétion comportementale et numérique des testacelles, ainsi que leur ressemblance avec les limaces "véganes", font qu'elles passent le plus souvent inaperçues. Quand elles fréquentent nos parterres et potagers elles s'y trouvent à la merci de la botte ou du sabot du jardinier, et finissent bien souvent froidement écrabouillées, telles de vulgaires limaces … qu'elles ne sont pas !

 
FIN
 
les pages entomologiques d' andré lequet : http://www.insectes-net.fr