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 Les DYTIQUES !
(Genres Dytiscus & Cybister, Coléoptères Dytiscidae)
 
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Nager, voler, marcher ... suite !  
La marche ! 
A l'évidence le "plancher des vaches" n'est pas le point fort des dytiques ... mais Dame Nature a réponse à tout ! L'inadaptation des pattes postérieures aux contingences terrestres est en effet largement compensée par le fuselé et la grande vivacité des bestioles, d'où une déconcertante facilité pour se "faufiler" et se jouer ainsi des obstacles.
 
 
Dytique bordé (Dytiscus marginalis), patte intermédiaire. Dytique bordé (Dytiscus marginalis),  détail des pulvilli. Dytique bordé (Dytiscus marginalis), comptage des  ventouses pulvilliennes.
Les tarses des pattes intermédiaires  portent des "pulvilli" constitués de plusieurs centaines ( 770 dans le cas ci-dessus ! ) de mini-ventouses pédicellées.
Par-delà un rôle secondaire dans l'accouplement (le principal étant tenu par les pattes antérieures) cette débauche adhésive est utilisée pour le maintien de proies ... rarement consentantes ! Les performances de ces batteries adhésives sont d'ailleurs étonnantes car un jour j'ai vu un grand dytique bien en peine ... une patte collée à la vitre de l'aquarium. Il s'est longuement démené en tous sens avant de parvenir à se libérer, le nettoyage de la vitre de l'aquarium ayant sans doute favorisé la succion des ventouses.
 
 
La respiration
 
Comme beaucoup d'insectes aquatiques, et entre autres les Hydrophiles, Nèpes, Ranatres, et Notonectes qui figurent sur ce site, les Dytiques sont tenus de venir "reprendre leur respiration" en surface. En fait ils se constituent une réserve d'air sous les élytres, les stigmates respiratoires y puisant à la demande. Le "plein", si l'on peut dire, se fait par l'extrémité abdominale, ce qui amène nos Dytiques à typiquement pointer du derrière en surface. Très fréquemment une bulle d'air y reste d'ailleurs plus ou moins longuement accrochée... ce qui ajoute à l'autonomie de la bestiole !
 
Dytique bordé (Dytiscus marginalis), en position de prise d'air, photo 1. Dytique bordé (Dytiscus marginalis), en position de prise d'air, photo 2. Dytique bordé (Dytiscus marginalis), en position de prise d'air,  détail............... Acilius sulcatus en position de prise d'air, photo 1. Acilius sulcatus en position de prise d'air, photo 2. Acilius sulcatus en position de prise d'air, photo 3.
ci-dessus: qu'il s'agisse de grands dytiques (à gauche), ou du plus modeste Acilius sulcatus (à droite), l'air capté en surface est pour l'essentiel stocké sous les élytres; ci-dessous: le Colymbetes fuscus, autre "dytique" de taille moyenne, capte l'air comme les autres espèces, mais cet air est en grande partie stocké sous la forme d'une bulle restant "accrochée" à la pointe de l'abdomen. Vous noterez que cette espèce, a une sculpture élytrale transversale très particulière, ce qui permet d'aisément l'identifier.
Colymbetes fuscus en main. Colymbetes fuscus, détail de la sculpture élytrale. Colymbetes fuscus, avec sa bulle d'air, photo 1. Colymbetes fuscus, avec sa bulle d'air, photo 2 Colymbetes fuscus, détail de sa bulle d'air.. 
 
La prédation .... oui mais !
 
 Le Dytique ne peut compter que sur ses mâchoires, mais elles sont puissantes, et à l'évidence plus que suffisantes pour étriper le têtard, l'alevin, ou le vermisseau, sans parler des mollusques, ou encore des insectes et de leurs larves. Bien entendu les pattes antérieures sont utilisées pour saisir la proie, et maintenir ce qui devient très vite un cadavre. Comme la photo ci-dessous à gauche le montre le rôle des pattes intermédiaires est cependant loin d'être négligeable, d'où la raison d'être des innombrables mini-ventouses pulvilliennes.
 
En matière de cadavre notre bestiole s'y connaît d'ailleurs plutôt bien, car par-delà le vif elle apprécie aussi la charogne. Elle joue d'ailleurs un rôle non négligeable dans l'assainissement des eaux, en concourant à l'élimination des cadavres de toutes natures ( poissons, reptiles, batraciens, mammifères). Cette nécrophagie allant bien au-delà d'une simple tendance, on peut dire que ces insectes sont finalement aussi carnivores que carnassiers, voire nécrophages que carnivores.
 
 
Dytique bordé (Dytiscus marginalis), avec ver de terre, photo 1.  Dytique bordé (Dytiscus marginalis), avec ver de terre, photo 2.
Les dytiques sont censés s'attaquer aux alevins, mais mes pensionnaires ( volontairement affamés ! ) sont pourtant restés de marbre face à une copieuse brochette d'appétissantes épinochettes de toutes tailles. Par contre, comme ces photos et cette vidéo le montrent, les vers ont été promptement attaqués, dépecés ... et à l'évidence appréciés ! Comme vous le verrez, des mollusques, larves de libellules, et un cadavre de poisson sont pareillement passés ... comme lettre à la poste !
 
 
Dytique bordé (Dytiscus marginalis), tête mandibules fermées.. Dytique bordé (Dytiscus marginalis), tête mandibules ouvertes............. Dytique bordé (Dytiscus marginalis), tête avec détail des pièces buccales, photo 1. Dytique bordé (Dytiscus marginalis), tête avec détail des pièces buccales, photo 2.
La tête du Dytique bordé !
à gauche: mâchoires fermées ... et grandes ouvertes ! à droite: détail des pièces buccales, et mise en évidence du caractère bidenté des mâchoires.
(pour réduire l'encombrement les antennes ont été tronquées)
 

La défense

Face aux grands échassiers, aux rapaces nocturnes, ou à la voracité de certains poissons et batraciens, la fuite est évidemment la meilleure sauvegarde du Dytique adulte. En dernier ressort il a une "botte secrète", en l'occurrence une sécrétion laiteuse (voir ci-dessous) émise par des glandes spécialisées se situant au niveau du pronotum. Bien qu'elle passe pour pouvoir paralyser le prédateur ( assurément trop beau pour être vrai ! ) les vertus de ce sécrétat se limitent à des propriétés plus ou moins répulsives, gustativement parlant, à l'instar de l'âcreté des coccinelles.

 
l'arme "secrète".... Sécrétat défensif des dytiques, photo 1. Sécrétat défensif des dytiques, photo 2. ....du Dytique !
 
 
J'évoquerais également la morsure, et surtout les éperons des tibias postérieurs. Ces derniers sont en effet suffisamment acérés pour faire ouvrir la main (du non initié !) retenant l'insecte prisonnier, étant entendu que l'effet de surprise est bien plus efficace que la "piqûre" proprement dite. La morsure de la larve est par contre bien réelle, très douloureuse, et elle se prolonge longtemps. Suite à une coupable maladresse, je garde d'ailleurs un souvenir très cuisant des mandibules de la larve de Cybister qui figure à la fin de cette page.
 
 
Le dimorphisme sexuel
 
1)- Chez les mâles
 
Chez les Dytiques, les mâles se distinguent aisément par les disques adhésifs issus de la modification des 3 premiers articles des tarses antérieurs. Ces disques permettent notamment la rétention de la femelle lors de l'accouplement. Chez tous les Dysticus ils comportent classiquement 2 grandes ventouses, et environ150 petites structures au rôle comparable. Il n'y a pas de ventouses bien différenciées chez le Cybister, mais une structure lamellaire assurant les mêmes fonctions.
 
 
Dytique bordé (Dytiscus marginalis), disque adhésif de tarse mâle, photo 1. Dytique bordé (Dytiscus marginalis), avant corps de mâle montrant les disques des pattes antérieures.  Dytique bordé (Dytiscus marginalis), disque adhésif de tarse mâle, photo 2.
ci-dessus au centre: avant corps de Dytiscus marginalis mâle. Sur le disque de la patte gauche un petit crustacé ostracode est resté collé (pour en savoir un peu plus sur les petits crustacés des mares voyez cette vidéo); à droite et à gauche: détail des disques adhésifs. ci-dessous à gauche: autre Dytiscidae (Acilius sulcatus), le dispositif est comparable, mais il comporte 3 ventouses (1 grande et 2 nettement plus petites); à droite: le Cybister lateralimarginalis, qui "ne fait rien comme tout le monde", n'a pas de ventouses, mais des rangées de franges ayant le même rôle.
Acilius sulcatus: disques adhésifs  du mâle. ..............Patte antérieure du mâle de Cybister.
 
2)- Chez les femelles
 
Par opposition aux mâles, les tarses antérieurs sont simples, et donc non modifiés. En outre, chez certaines espèces de Dytiscus, les élytres des femelles sont profondément mais partiellement striés, la zone élytrale postérieure restant lisse. Le Cybister lateralimarginalis fait là encore "bande à part", les élytres des femelles étant entièrement lisses, comme chez les mâles.
 
 
 Dytique bordé (Dytiscus marginalis),  avant corps de femelle avec pattes antérieures filiformes. Dytique bordé (Dytiscus marginalis), femelle en main montrant la striation élytrale. Dytique bordé (Dytiscus marginalis), détail de la striation élytrale des femelles.
à gauche: avant-corps de Dytique femelle montrant les tarses non spatulés;
au centre: femelle (presque toujours striées chez les espèces du Genre Dytiscus, mais lisse chez Cybister;
à droite: détail des cannelures.
 
La reproduction
 
L'accouplement est automnal, mais les pontes ont lieu au printemps suivant. Elles sont échelonnées, et via l'oviscapte de la femelle, les oeufs sont insérés dans la tige de végétaux suffisamment "tendres". L'incubation est courte, de l'ordre d'une dizaine de jours, et le développement des 3 stades larvaires non moins rapide (5 à 6 semaines). Les larves des Dytiques sont exclusivement carnassières (larves diverses, vers, têtards, alevins, grenouillettes, larves de tritons etc...). Les mandibules sont très acérées, et canaliculées, ce qui permet à la larve d'injecter les sucs digestifs directement dans la proie, et d'en absorber les tissus une fois liquéfiés. Suivant le volume du "déjeuner" le processus peut se répéter, et à terme la proie en question se retrouve vidée de toute substance.
 
 Dytique bordé (Dytiscus marginalis),  extrémité abdominale de femelle fécondée. ................ Dytique d'hiver (Dytiscus semisulcatus),  extrémité abdominale de femelle fécondée, photo 1. Dytique d'hiver (Dytiscus semisulcatus),  extrémité abdominale de femelle fécondée, photo 3. ..............Dytique d'hiver (Dytiscus semisulcatus),  sécrétion accouplement.
à gauche: avant qu'il se désagrège progressivement, et finisse par complètement disparaître, les femelles fécondées de Dytiscus marginalis sont reconnaissables à une sorte d'enduit blanc "collé" à la partie ventrale de l'extrémité abdominale; au centre: je pense qu'il s'agit du même genre de sécrétion (observée sur une femelle de Dytiscus semisulcatus ), mais je ne saurais dire si elle est initialement produite par le mâle ou la femelle. De même, j'ignore si ces images illustrent le début de sa formation, ou au contraire le terme de son élimination, mais la photo à droite m'incline à opter pour la seconde hypothèse. Il m'intéresserait également de connaître la nature et la raison d'être de cette sécrétion. Si un spécialiste "es dytiques" peut éclairer ma lanterne, je suis preneur des deux mains ! à droite: la sécrétion ... telle que trouvée au fond de l'aquarium !
 
 
Dytiscus semisulcatus (Dytique d'hiver), détail du  pronotum. Dytiscus semisulcatus (Dytique d'hiver), face ventrale.
Toute règle ayant ses exceptions, le Dytiscus semisulcatus (marges thoraciques uniquement latérales, et face ventrale noire) est souvent qualifié de "dytique d'hiver", en raison de son cycle de reproduction. Il s'accouple en effet à l'automne, voire au début de l'hiver, puis pond dans la foulée, d'où un développement larvaire hivernal ... et l'appellation courante précitée !
 
A terme les larves avoisinent les 6 cm, et elles quittent l'eau pour se nymphoser à terre. La finesse des mandibules et des membres étant peu adaptée au fouissage, la logette nymphale est généralement superficielle et rudimentaire, ou encore aménagée sous une pierre, un morceau de branche morte tombé à terre, un amas de détritus végétaux. Les larves du Genre Dytiscus sont plus trapues que celles des Cybister, et elles se distinguent aisément par la présence, à l'extrémité abdominale, de 2 appendices ( les "urogomphes") entourant un siphon respiratoire. A noter qu'ils sont normalement frangés, mais que la ciliature s'est trouvée collée par la "mise à sec" de la bête.
 
Larve de Dytiscus, vue dorsale.Larve de Dytiscus, vue ventrale...................  Larve de Cybister.
ci-dessus à gauche: larve (6 cm) de Dytique bordé en vue dorsale et ventrale; à droite: larve de Cybister. Elles se ressemblent, mais les extrémités abdominales, bifides ou non, permettent d'aisément les différencier; ci-dessous: tête de Dytique bordé, dessus, dessous. Clichés 2003 (améliorés ! ) ... en attendant mieux !
Tête de larve de Dytiscus, vue dorsale.Tête de larve de Dytiscus, vue  ventrale.
 
" Nuisances"
 
Elles sont à mon sens fort limitées, pour ne pas dire symboliques, car la "mauvaise réputation" du Dytique est passablement surfaite. Certes la bestiole n'est pas forcément la bienvenue dans une installation piscicole (par exemple), mais sauf à pulluler elle y serait finalement plutôt bénéfique. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, tout prédateur contribue en effet à la bonne santé de ses proies (si je puis dire!), en éliminant les individus les plus faibles, qu'ils soient malades, "racho", vieillissants, ou autre. A titre d'exemple un lapin en pleine forme échappera plus facilement au renard que le garenne "myxomateux", et une fois ce dernier croqué par le Goupil de service la propagation de la maladie se verra réduite d'autant.
 
Toujours au chapitre des "nuisances", le Dytique qui s'égare dans la limpidité bleutée et miroitante d'une belle piscine peut faire désordre. A l'occasion il peut même effaroucher quelques jeunes et jolies naïades....voire de moins jeunes et jolies !. En pareil cas c'est évidemment le branle bas de combat, et aussi l'occasion d'apprécier (si l'on peut dire !) la rapidité des évolutions de la bestiole, car elle est rarement décidée à s'en laisser conter, et encore moins à finir dans une épuisette. Si pareille mésaventure vous arrive, et que l'épuisette en question s'avère définitivement inopérante, il est parfaitement inutile d'en référer à l'Institut des Pêches, ou pis de vouloir vider votre piscine. Sachant qu'un bain de chlore n'est pas précisément la tasse de thé de tout Dytique normalement constitué, l' "affreuse bestiole" repartira très vite vers une destination à son goût moins....polluée ! 
 
En guise de conclusion..... 
 
....et afin d'illustrer les propensions nécrophages des Dytiques, mais aussi l'intérêt écologique de ces insectes.
 
C'était dans les marais de Loire, et un ami y avait une batterie de "bosselles" (= nasses) à anguilles, qu'il avait d'ailleurs quelque peu tendance à parfois "oublier" !
 
A l'époque les rats musqués abondaient en ces lieux, et bon nombre de jeunes rongeurs se fourvoyaient dans les fameuses bosselles, et bien sûr y périssaient noyés. Il me souvient aussi des mêmes engins, appâtés avec des têtes de poulets censées attirer les anguilles.....
 
Pareillement tentés par ces charognes, il me souvient surtout des Dytiques qui se faisaient piéger par centaines, et finissaient eux aussi noyés, faute de pouvoir aller quérir une salvatrice bulle d'air !
 
FIN
 
les pages entomologiques d' andré lequet : http://www.insectes-net.fr