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LE CIGARIER (Deporaus betulae) !
(Coléoptère Curculionidae)
 
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Le "secret" du cigarier !

C'était à la mi-Mai, en bordure d'une allée forestière, et la chance aidant je suis tombé sur un noisetier où les cigares étaient particulièrement nombreux, et les "manufacturiers" eux aussi bien présents. Ne pouvant m'attarder (en dépit d'observations déjà prometteuses!), j'ai pu récupérer un petit lot de bestioles, lesquelles se sont très vite retrouvées au jardin, sur un noisetier en quelque sorte "vierge".

Dès le lendemain plusieurs cigares "pendouillaient" déjà au bout des branchettes, et à maintes reprises j'ai pu voir la minuscule bestiole à l'oeuvre, qu'il s'agisse de la découpe de la feuille, ou du plus "énigmatique" enroulement du cigare.

a)- le choix de la feuille !

Elle est manifestement préférée horizontale, ou inclinée vers le sol en deçà de 45°. La taille importe peu, si ce n'est qu'elle influe évidemment sur la durée de la découpe, laquelle est de l'ordre d'1 h en moyenne.

b)- la découpe !

Elle se fait transversalement, vers le milieu de la feuille, et selon une sinuosité plus ou moins constante et propre à l'espèce. La nervure centrale n'est que "mâchouillée", si je puis dire, ce qui va créer un point faible, expliquant que la partie foliaire sectionnée puisse basculer d'un coup (sous l'effet de la gravité et de son propre poids), pour se retrouver appendue à la verticale, dès l'achèvement de la coupe transversale.

A noter que le basculement est le plus souvent aussi brutal que spectaculaire, et que la bestiole a tout intérêt à se cramponner pour ne point tomber (imaginez que vous sciez la branche sur laquelle vous êtes assis !).

A noter encore que ce "mâchouillage" va tarir le flux de sève, parachevant ainsi le processus de flétrissement du végétal, ce qui favorise évidemment l'enroulement du cigare, mais aussi son dessèchement ultérieur, et à terme sa chute. Sur les cas observés le découpage s'est toujours fait par le dessus de la feuille, de gauche à droite, et la bestiole s'est toujours placée sur la partie qu'elle découpait. Vous noterez également qu' elle se positionne toujours perpendiculairement à la coupe, et se déplace latéralement (en "crabe") au fur et à mesure de la découpe.

 
Schéma illustrant le principe du découpage de la feuille.Cigarier du bouleau (Deporaus betulae)  ligne de découpe d'une feuille Cigarier du bouleau (Deporaus betulae)  ligne de découpe d'une feuille, détail

à gauche : schéma de principe du découpage; à suivre : de la théorie à la pratique !

 
c)- l'enroulement !

Il commence quasiment sitôt la découpe transversale terminée, et toujours à partir de l'un des angles supérieurs de la partie sectionnée. La feuille étant vue de dessus, l'angle gauche induira un enroulement à droite, c.a.d. dans le sens des aiguilles d'une montre, et bien sûr vice-versa.

Contrairement au découpage proprement dit, vous noterez que l'enroulement se fait toujours par le dessous de la feuille. Vous noterez également qu'il est grandement favorisé par le flétrissement de la partie découpée (puisque privée de sève), mais aussi par la position verticale de cette dernière, ses pans flottant d'ailleurs tel un drapeau.

 
Cigarier du bouleau (Deporaus betulae) Schéma de principe de l'enroulement.
Schéma de principe de l'enroulement (feuilles vues de dessous)
  
Cigarier du bouleau (Deporaus betulae) schéma de principe de l'enroulement.Tout le "secret" de l'enroulement tient dans la position que la bestiole adopte dès l'ébauche de son cigare, c.a.d. dès le premier repli de la feuille. En réalité, comme le schéma ci-contre essaye de le montrer, elle se place en quelque sorte en "chevauchement", les pattes droites sur la partie restant à enrouler, et les gauches sur celle déjà enroulée. Vous l'aurez compris, quand les premières se cramponnent, les secondes tirent et génèrent ainsi l'enroulement.
A noter enfin que l'insecte ne travaille jamais la tête en bas, et qu'il "se les roule" en se positionnant le plus souvent à la partie supérieure de son cigare, d'où une conicité du cigare qui a sa raison d'être ... comme vous le verrez bientôt !
 
 

d)- CQFD ... ou 3 lignes pour tout comprendre !

- Imaginez que vous êtes en train de rouler un tapis ... et à 2 petites différences près vous y serez ! 

- la première est que la bestiole se place toujours parallèlement à son cigare, et vous perpendiculairement à votre tapis !  
- la seconde est que vous progressez à reculons, et elle "en crabe", autrement dit latéralement!

Reproduction et développement !

 

Cigarier du bouleau (Deporaus betulae) accouplement.Tout commence bien sûr par l'incontournable accouplement, prélude à la ponte, et donc à la confection des fameux "cigares". Curiosité faisant, si l'envie vous prend d'en dérouler quelques-uns, vous risquez fort d'être déçu car vous avez vu, de vos yeux vu ... qu'il n'y a rien à voir ! Pourtant plusieurs oeufs sont là et bien là ! A décharge ils sont évidemment à la mesure de la petitesse de la femelle ... mais pas que !

Une fois son cigare terminé la bâtisseuse se fait pondeuse. Pour cela elle va en effet profiter de la non fermeture de l'extrémité élargie de son cigare pour s'insinuer en son centre. Les oeufs (3 à 4 en moyenne) sont en effet toujours insérés dans la partie basse du cigare, et dans les premiers enroulements de la feuille.

Les jeunes larves se comportent telles des chenilles mineuses, en évoluant en quelque sorte dans l'épaisseur de la feuille. Par la suite le développement se fera à l'intérieur du cigare, et à ses dépens. Une fois arrivée au terme de sa croissance la larve va abandonner ce qui reste de son "garde-manger" afin de s'enterrer et se nymphoser.

 
cigarier du bouleau (Deporaus betulae) exemple de ponte, photo 1. cigarier du bouleau (Deporaus betulae) exemple de ponte, photo 2 ............ cigarier du bouleau (Deporaus betulae)  détail d'un oeuf, photo 1 cigarier du bouleau (Deporaus betulae)  détail d'un oeuf, photo 2 cigarier du bouleau (Deporaus betulae)  détail d'un oeuf, photo 3 cigarier du bouleau (Deporaus betulae)  détail d'un oeuf, photo 4
ci-dessus à gauche : vue d'ensemble des point d'insertion des oeufs; et à droite : détail de points d'insertions
ci-dessous à gauche : les oeufs ! ... logiquement "minus"! à droite : les parasites (pour l'heure non identifiés !) sont déjà à l'oeuvre !
cigarier du bouleau (Deporaus betulae) oeuf in situ  photo 1 cigarier du bouleau (Deporaus betulae) oeuf in situ  photo 2 cigarier du bouleau (Deporaus betulae) oeuf in situ  photo 3 cigarier du bouleau (Deporaus betulae) oeuf sur allumette.............. cigarier du bouleau (Deporaus betulae) oeuf  parasité  photo 1 cigarier du bouleau (Deporaus betulae) oeuf  parasité  photo 2
 
 
 
cigarier du bouleau (Deporaus betulae)  jeune larve in situ  photo 1 cigarier du bouleau (Deporaus betulae)  jeunes larves in situ . cigarier du bouleau (Deporaus betulae)  jeune larve, détail. cigarier du bouleau (Deporaus betulae)  jeune larve sur allumette
ci-dessus : très jeunes larves après extractions;
ci-dessous : les boursouflures de l'épiderme témoignent d'un mode de vie larvaire "souterraine",
temporairement assez comparable à celui des chenilles mineuses.
.cigarier du bouleau (Deporaus betulae)  cheminement larvaire, photo 1 cigarier du bouleau (Deporaus betulae)  cheminement larvaire, photo 2
 
Pour conclure !

Au final, et je pense que vous en conviendrez, notre génial petit cigarier méritait bien cette page, d'autant que la modeste bestiole témoigne éloquemment de l'incroyable "ingéniosité" de la Nature, et plus exactement des étonnantes adaptations issues de l'Evolution. D'aucuns y verront une forme d'intelligence, fut-elle instinctive, et au fil de plus de 50 années consacrées à l'observation et l'élevage de bestioles en tous genres, j'avoue parfois m'interroger !

 
FIN
 
les pages entomologiques d' andré lequet : http://www.insectes-net.fr