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- Le PIQUE-PRUNE ou
BARBOT (Osmoderma
eremita)
!
- (Coléoptère
Cetoniidae)
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- (page 3 sur 3)
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-
- La loge
nymphale
-
- Arrivée au terme de sa
croissance, la larve de notre Pique-prune se confectionne une loge
nymphale ovoïde, homologue du cocon des papillons. Cette loge
est constituée de terreau aggloméré,
"lié" par une sécrétion en quelque sorte
"salivaire". Les matières fécales sont
également incorporées, et me semblent contribuer
pour une large part au lissage interne de la paroi.
-
- Les loges en elles mêmes sont
relativement minces et fragiles (ci-dessous à droite), mais
cette piètre résistance est largement
compensée par le fait d'être incluses dans la masse
d'un terreau compacté par les ans, d'où une
excellente protection mécanique, mais aussi thermique.
Mieux vaut d'ailleurs, car la loge est confectionnée en fin
d'été, et la larve devra donc y passer tout l'hiver,
et plus encore, car la nymphose est printanière, et l'
émergence estivale.
-

- Exemples de loges
nymphales.
- Vous remarquerez la taille
(atteignant couramment 5 cm), et le conglomérat de la paroi
externe.
- à droite: vous
remarquerez également la faible épaisseur de la
loge, et le parfait lissé de la paroi
interne.
-
-

- Exemple de larve en
loge.
- Comparativement aux larves de la page
précédente, vous remarquerez la nette
réduction du volume de l'extrémité
abdominale, et la relative blancheur de cette dernière,
suite à l'élimination des dernières
matières excrémentaires. Cette évolution
traduit la "mise en route" du processus nymphal, lequel va se
poursuivre par une sorte de "ratatinement" de la larve, suivi de
la nymphose proprement dite. Bien entendu il va falloir "laisser
du temps au temps", car une métamorphose n'est jamais mince
affaire.
- Pour le cas où
!
- Quand un arbre "pique-prunier" se
retrouve à terre (tempête, abattage
inconsidéré ou sécuritaire), le terreau des
cavités se voit fatalement plus ou moins "chamboulé"
sous la violence de l'impact ... et généralement
plus que moins ! Si loges nymphales il y a, certaines s'en
trouvent non moins fatalement brisées, et le devenir de
leur occupant bien compromis. La reconstruction d'une loge digne
de ce nom est en effet impossible pour une larve quelque peu
"avancée" ( et l'est encore moins pour une nymphe ! ) ....
d'où la "solution" ci-dessous proposée !
-
- faute de ...
... mieux !
- Ce n'est pas la panacée,
mais une coque de noix soigneusement évidée, et de
grande taille, peut tout à fait sauver la
mise
- .... sous réserve d'en
extraire l'adulte le moment venu ... et de le rendre à Dame
Nature comme il se doit !
-
- Pour les curieux
!
-
- La différenciation des larves de
Scarabaeidae ( = "Scarabées" au sens zoologique ) n'est pas
simple tant elles se ressemblent ... et cela ne s'arrange pas au
niveau des Cétoines. Concernant ces dernières, il
est néanmoins assez facile de différencier les
Genres, y compris sur le terrain, sous réserve d'avoir de
bons yeux .... et surtout de savoir où regarder ! Tout se
passe en effet au niveau du dernier sternite abdominal ...
c'est-à-dire du fameux "raster" !
-
- Chez le Genre "Cetonia" (au sens large)
le raster est doté de 2 minuscules rangées de
spicules, et ces lignes épineuses sont sensiblement
parallèles, avant de se rejoindre aux
extrémités. Chez les "Gnorimus", le raster est lui
aussi doté de 2 rangées de spicules, mais
sensiblement disposées en ovale, du moins en regard des
Cetonia. Les spicules sont par ailleurs plus fins, plus
espacés, et moins nombreux, d'où un aspect
clairsemé rendant le repérage du raster assez
subtil, limite impossible à l'oeil nu. Chez "Osmoderma",
notre très médiatisé "Pique-prune"
(ci-dessous à droite), c'est en quelque sorte "circulez, y'
a rien à voir", puisque le raster est totalement
dépourvu de lignes épineuses ... CQFD !
-
- La bonne astuce
!
-
- Vous noterez que les caractères
ci-dessus mentionnés valent également pour les
larves juvéniles, mais qu'ils sont censément moins
visibles, ce qui peut poser problème sur le terrain. En cas
d'incertitude il suffit de légèrement "beurrer" la
zone du raster avec du terreau très humide, ou
humecté d'un peu de salive si nécessaire. Chez les
Cetonia le terreau se voit retenu par les spicules, et le raster
apparaît alors on ne peut plus nettement. Chez Gnorimus,
quoi que vous fassiez, le terreau "n'accroche" pas en raison de
l'espacement des spicules, et de leur moindre rigidité...
re-CQFD !
-
.......
.......

- à gauche: le raster de la
Cétoine dorée ( l'exemple type par excellence !),
d'abord "brut de terreau", puis après toilettage (agrandir
pour bien voir la conformation et la disposition des spicules);
au centre: le raster des Gnorimus (présentement
Gnorimus octopunctatus). Vous noterez la forme plus ou moins
ovalaire, la moindre robustesse des spicules, et leur moindre
nombre, d'où une perception générale
nettement moins tranchée que chez les Cetonia; à
droite: chez la larve du "Pique-prune" le raster est aux ...
"abonnés absents" !
-
- .... et pour
les très curieux !
- le sexe des larves d'Osmoderme
....
... pour l'heure au conditionnel !
- En l'attente de pouvoir lever
mes doutes .....
- Lorsqu'elles sont
arrivées au 3e et dernier stade, il est possible de
distinguer le sexe des larves de cétoines ... du moins en
principe !
- Pour cela il faut rechercher
l'organe dit de Herold, sorte de minuscule "point noir" propre au
mâle ... et donc absent chez la femelle
!
- ( merci d'agrandir les 2 photos
pour mieux appréhender la chose ! )
-
-
- Pour info
-
- Les crottes du Pique-prune, ou plus
exactement de ses larves, sont aisément reconnaissables
à leur grande taille. A ce titre elles représentent
le principal "indice de présence", présomption le
plus souvent confirmée par la découverte de
"pièces détachées" ( c'est le cas de dire !
), tels que thorax, pattes, ou encore élytres. L'odeur qui
règne dans les cavités, ou s'en dégage
alentour, est également un bon indice, mais ce dernier n'a
pas la "durée de vie" des crottes, et il nécessite
évidemment d'avoir un minimum de "nez".
-
- L'Elater ferrugineux (Elater
ferrugineus) peut également constituer un indice, car ses
larves sont prédatrices de celles des cétoines ...
et principalement d'Osmoderma. Cet indice est toutefois moins
fiable que les précédents, et de surcroît ce
rare "taupin" est surtout actif de nuit, ce qui limite beaucoup
les chances de le rencontrer.
-

- de gauche à droite : 1)-
crottes de Cétoine dorée; 2)- crottes d'
Osmoderma.(vous noterez que ces crottes sont parfois
appelées "fécès", mais ce terme me semble
plus approprié aux excréments des
mammifères); 3)-
crottes "in natura", montrant que la larve du Pique-prune peut
se développer au quasi niveau du sol, pour peu qu'elle y
trouve terreau et nourriture à sa convenance; 4 &
5)- le "Taupin" (Elater ferrugineus), dont les larves sont
prédatrices de celles des cétoines, et notamment d'
Osmoderma. Cet insecte est en principe nocturne, mais celui
ci-dessus se baladait de jour sur l'écorce d'un
frêne.
-
-
-
- A propos de l'A28
.....
-
- Le Pique-prune est actuellement
protégé au niveau européen, et il est
même classé en annexe IV de la Convention dite de
Berne, ce qui lui confère un statut prioritaire
extrêmement contraignant. C'est d'ailleurs ce statut, qui
est à l'origine de l'interruption de la construction de
l'autoroute A28 (Tours - Le Mans), laquelle devait traverser une
zone de la forêt de Bercé (Sarthe) où
l'espèce s'est avérée très
présente.
-
- Pour résumer la situation on peut
dire que les protecteurs de Bercé sont ravis de ladite
présence ( au demeurant totalement inespérée
! ), que les artisans et partisans de l'autoroute sont
également verts, mais là ce serait plutôt de
rage, et enfin que les entomologistes ne sont pas
mécontents de compter les points, ni de voir l'arroseur
quelque peu arrosé.
-
- Epilogue
....
-
- Le 12 Décembre 2005, le dernier
tronçon de l'A28 a été officiellement
inauguré et ouvert à la circulation. Bien entendu,
et vous l'aurez compris, il s'agit de celui traversant la
forêt de Bercé où la découverte du
"Pique-prune" avait "gelé" tous les travaux en .... 1999
!
-
- A en juger par le reportage, les arbres
creux contenant des larves ont été coupés au
niveau du sol, puis totalement ébranchés, et les
fûts résiduels ont été replantés
(si l'on peut dire) en forêt, voire dans de minuscules
enclaves boisées épargnées par les
bulldozers.
-
- De fait, dans le cadre d'un
aménagement paysager spécifique, des sortes de
"reposoirs", ou de "gîtes d'étapes", ont
été prévus pour faciliter la tâche des
bestioles aventureuses, et par exemple désireuses d'aller
voir de l'autre côté du bitume si les arbres sont
plus accueillants, et le terreau plus moelleux !
-
- Pour autant le sort de ces "Pique-prune"
ne me paraît pas très enviable, car par-delà
un vandalisme (à l'occasion vengeur) toujours possible, il
faut compter avec des "pilleurs de troncs" d'un nouveau genre,
lesquels n' auront pas grand mal à repérer les
troncs en question, et à s'y servir, d'autant qu'une belle
pancarte "arbre préservé" leur évitera toute
erreur et perte de temps !
-
-
-
- En guise de conclusion
!
-
- Souvenirs....
-
- C'était sur un campus
universitaire nantais, bâti au sein d'une ancienne et fort
belle propriété abondamment boisée.
C'était aussi bien avant la Loi.....
-
- Majestueux comme il se doit, le
chêne multicentenaire s'élevait d'un jet et ses
ramures culminaient à des hauteurs impressionnantes. De
longue date j'avais repéré une cavité
particulièrement prometteuse, mais sauf à s'appeler
Tarzan il était totalement impossible d'y accéder
tant elle était haute et mal placée.
-
- En dépit de son imposante
stature, et de son apparente superbe, l'arbre était la
proie de deux grands insectes dorénavant
protégés. Les larves du premier, le Cerambyx
cerdo (cf.page entomo) taraudaient le tronc et les branches
maîtresses en tous sens, et celles du second, le Lucane
cerf-volant (Lucanus cervus, cf. page entomo) sapaient
insidieusement des racines déjà
éprouvées par les ans.
-
- La dangerosité s'accentuant au
fil des années, et se confirmant d'ailleurs par la chute de
branches lors d'épisodes tempétueux, les
autorités universitaires se décidèrent
finalement à le faire abattre, et à peine
était-il à terre que j'étais à pied
d'oeuvre.
-
La
cavité était nettement plus profonde et importante
que je n'osais l'espérer et dans le terreau tout
chamboulé par l'impact de la chute il m'a suffi d'un coup
d'oeil pour repérer des crottes d'une taille pour moi
très inusitée. Ayant toujours imaginé que
cette cavité était le gîte idéal pour
la fameuse et splendide Cetonia speciossisima (= Cetonia
aeruginosa), ci-contre, qui a la même biologie larvaire
, j'étais sur l'instant convaincu d'avoir gagné le
gros lot. En poussant un peu plus avant mes investigations je suis
très vite tombé sur un élytre d'Osmoderme et
sur le coup j'avoue avoir été quelque peu
déçu.
-
- L'arbre devant être rapidement
dégagé j'ai évidemment extrait tout ce qui
pouvait l'être, à savoir de très nombreuses
larves, dont beaucoup en fin de développement, mais
également bon nombre de loges déjà
constituées, et bien sûr quelques seaux du
précieux terreau. A l'époque je n'avais pas vraiment
conscience de l'intérêt de cet insecte, et à
décharge il faut reconnaître que pareille abondance
ne plaidait pas en faveur de sa rareté.
-
- Si beaucoup ont été
relâchés dans la nature une fois adultes, pas moins
ont été donnés ou échangés,
tant j'étais convaincu de pouvoir retrouver la bête
à mon gré, mais par la suite je devais
déchanter.
-
- En guise d'épilogue je dirais que
la présence d'Osmoderma sur le campus reste un excellent
souvenir, et qu'elle a permis bien des années plus tard
d'épargner un très vieux bois voué aux
tronçonneuses. Je dirais également que cela a
été rendu possible grâce à l'initiative
d'un Doyen de Faculté .... et aussi au dernier
spécimen d' Osmoderma eremita "made in
Faculté" figurant dans mes collections.
-
-
FIN
-

- les pages entomologiques d'
andré lequet
:
http://www.insectes-net.fr