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LE SIREX GÉANT (Urocerus gigas) !
(Hyménoptère Siricidae)
 
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Erratum ! : Mr Henri Savina, spécialiste de ces insectes ( entre autres ! ) a eu l'amabilité de "corriger le tir".
Il s'agit en effet de l'Urocerus augur, espèce non moins géante, et on ne peut plus jumelle ... mais plus rare !
Nouveauté 2015: en dernière page un "face à face" comparatif vous permettra de différencier les 2 espèces.
  

Intro !

Mes "pages entomologiques" résultent très souvent d'opportunités, ou encore de "coups de coeurs" ... et le présent Sirex illustre parfaitement cette dualité ! Dame Nature aimant à prendre son temps, et un malin plaisir à souvent se jouer du naturaliste, la "totale" d'une page entomo est rarement possible d'emblée, et là encore le Sirex ne fait pas exception ! Outre les contraintes biologiques, il faut faire avec les "coups de bol", et les "pas de pot" ... par définition aussi imprévisibles que la météo ! ... et une fois de plus notre Sirex n'est pas en reste !

Au final, et vous l'aurez compris, mes "pages entomo" ne sont jamais du "tout cuit", mais c'est toujours pur bonheur quand la bestiole "vaut le détour", d'où mon invite à découvrir le bien nommé Sirex géant ! ....et son incroyable "perceuse" !

Pour clore cette brève intro je tiens à remercier le jeune Julien Héart, car c'est lui qui a découvert le premier spécimen de cette très impressionnante bestiole. Merci également à son papa, pour son amabilité, et sa très opportune réactivité naturaliste. Sans eux cette "page entomo" n'existerait pas ... et ce serait bien dommage !

Présentation ! 

Encore appelé "Guêpe du bois", le Sirex géant ( "Urocerus gigas" pour les initiés ! ) est un Hyménoptère primitif, ce qui le distingue des espèces évoluées que sont par exemple les abeilles, guêpes, bourdons, fourmis, etc... En terme de classification le Sirex relève des "Symphytes ", autrement dit des guêpes végétariennes, couramment appelées "Tenthrèdes" ou encore "Mouches à scie". Vous noterez que ces insectes sont représentés en France par 800 espèces, l'ensemble des Hyménoptères "hexagonaux" atteignant les 8000 espèces.
 
Avec sa quarantaine de mm , et ses allures de frelon, ce Sirex est l'un des plus grands et des plus impressionnants Hyménoptères de notre faune. Comme tous les Symphytes il est dépourvu d'appareil venimeux, et donc totalement inoffensif, mais une certaine appréhension subsiste fréquemment. Au passage vous noterez que ces Symphytes se différencient aisément des autres Hyménoptères par l'absence de la fameuse "taille de guêpe", autrement dit du très fin "pétiole" reliant le thorax à l'abdomen.
 
Sirex geant (Urocerus gigas) femelle étalée, pour collection Sirex geant (Urocerus gigas) femelle. Sirex geant (Urocerus gigas) femelle en main. Sirex geant (Urocerus gigas) femelle à pondre.
 de gauche à droite: 1)-exemplaire de référence, et donc étalé pour collection; 2)- femelle en "inspection";
3)- la traditionnelle "prise en main"; 4)- inspection concluante ... et donc ponte !
 
Le Sirex géant est un hôte des conifères, et à ce titre il se rencontre surtout en montagne, où ce type de boisement est largement répandu. Il affectionne surtout les épicéas, mais il peut se rencontrer dans les sapins, pins sylvestres, mélèzes, etc... La ponte s'effectue dans les arbres dépérissants, ou déracinés, mais les bois récemment abattus sont pour lui très attractifs, d'où une possible nuisibilité au niveau des grumes destinées à la mise en oeuvre. La bestiole est d'ailleurs bien connue pour pouvoir continuer son développement "à domicile", et semer panique en émergeant sans crier gare des poutres apparentes faisant votre fierté. La bestiole étant également connue pour ne pouvoir s'y "réinstaller", vous en serez quitte pour la peur ... et à ouvrir la fenêtre ! ... option permettant de laisser l'insecticide au placard !
 
Illustration parfaite des "pas de bol" de l'intro, les mâles sont restés invisibles, et du même coup l'accouplement passe lui aussi à la trappe. Comme souvent chez les insectes, ils apparaissent les premiers, et ont tôt fait de féconder les femelles émergeantes. Concrètement je pense être arrivé trop tard, les pondeuses déjà à l'oeuvre en témoignant. J'ajouterais que ces messieurs semblent affectionner les hautes frondaisons ensoleillées, et y entraîner leurs compagnes ... ce qui ne facilite pas la tâche du pôvre entomologiste ! Pour finir, sachez que le mâle est généralement plus petit, avec l'avant-corps bleu-noir, l'abdomen orangé, et la pointe de ce dernier idem l'avant-corps. Le mâle est en outre privé de tarière, cet organe de ponte étant évidemment l'apanage des femelles.
  
 Détails morphologiques !
la tête !
Sirex geant (Urocerus gigas) detail de la tête. Sirex geant (Urocerus gigas), detail des mandibules.
 à gauche: outre les classiques "yeux composés", également dits "à facettes", le Sirex est doté de 3 "ocelles" frontaux (= yeux rudimentaires); à droite: détail des mandibules. Leur conformation, et leur puissance, laissent présager de coriaces ripailles, mais le sirex ne s'alimentant pas ( ce que j'ai pu vérifier ! ), vous verrez qu'elles sont affectées à tout autre usage.
 
la tarière !
Sirex geant (Urocerus gigas) : ensemble de la tariere en vue entrale.
Elle se situe pour moitié sous l'abdomen, et pour l'autre moitié dans son prolongement. Formée de chitine "high-tech" ( si je puis dire ! ) la partie vulnérante est à la fois très fine et très dure, mais aussi très cassante et relativement peu flexible, d'où sa nécessaire protection au sein d'une gaine formée par l' accolement de 2 gouttières semi-cylindriques.
 
 
Sirex geant (Urocerus gigas)  extrémité  de la tarière Sirex geant (Urocerus gigas)  proportions de la "vrille" Sirex geant (Urocerus gigas), détail de l'extrémité de la vrille, photo 1. Sirex geant (Urocerus gigas), detail de l'extremité de la vrille, photo 2.
de gauche à droite: 1)- extrémité de la tarière montrant la "vrille" (autrement dit les "stylets") dans sa gaine.
2)- mise en évidence de la finesse de la vrille proprement dite ( 3/10 de mm ! ); 4 & 5)- les 2 "faces" de la vrille.
.... et en prime une vidéo ( exceptionnelle ! ) sur la tarière en action ! 
 
... et dans le genre "incroyable ... mais vrai" !
Vrille de menuisier (haut) ... Sirex geant (Urocerus gigas): comparaison entre la tarière et une vrille de menuisier. ... et tarière de Sirex (bas) !
 Une fois de plus, pour ne pas dire comme toujours (*), l'inventivité de la Nature a devancé celle des humains ... et ce montage comparatif le montre bien ! .........(*) la seule "vraie" invention humaine est en effet la roue, encore que le Scarabée sacré (voir site) était bien près du but !
 
La ponte !
le pondoir !
un aperçu du "bûcher aux Sirex" .... Sirex geant (Urocerus gigas) le "bûcher  aux Sirex" ... à l'origine de cette "page entomo" !
Abattu au coeur de l'été, et donc à une période très inhabituelle, ce conifère ( Abies a priori ! ) s'est avéré particulièrement attractif , à la fois par l'intensité des terpènes (*) émis, et par la concordance avec l'émergence des Sirex. Autant dire que les tarières sont allées bon train aux "Ablineries", à la toute proximité de Guémené-Penfao (dpt 44) ! .....(*) composés résineux volatils, très odoriférants, et attractifs.
 
Entre l'enfoncement de la tarière et son retrait ( voir ci-dessous ! ), il s'écoule en moyenne de 10 à 12 mn, ce qui montre bien la difficulté de l'ouvrage. La "vrille" pénètre en effet jusqu'à la garde, et donc jusqu'à 30 mm chez les grandes femelles. De nombreuses observations montrent que l'enfoncement total de la tarière est systématique ... et l'exploit ne s'arrête pas là !
 
La nature du bois, peut certes jouer, tout comme la fraîcheur de la coupe, ou au contraire son ancienneté, mais cela n'enlève rien au savoir faire de la bestiole, et à l'efficience de sa "perceuse". A titre comparatif, sachez qu'avec une épingle à tête émail, et en usant de toute la force possible, j'en suis resté à des enfoncements de l'ordre du centimètre ... l'écorce s'en trouvant à peine dépassée !
 
Le retrait de la tarière apparaît quasiment aussi laborieux et délicat que son enfoncement, d'où une grande vulnérabilité de la pondeuse. Dans tous les cas cette dernière est en effet "prisonnière" de sa tarière, et donc dans l'impossibilité d'échapper à un prédateur ... ou à l'objectif de votre APN ! Il convient toutefois de relativiser, car la ressemblance avec un frelon est telle que prédateur et photographe préfèrent y regarder à deux fois ! ( sinon plus ! ) ... tout en conservant une prudente réserve !
 
Sachez enfin que le dépôt des oeufs s'accompagne d'un ensemencement fongique (Stereum sp.), le développement des spores générant un mycélium indispensable au développement des larves.
 
 comme si vous y étiez !
Sirex geant (Urocerus gigas) chronologie de la ponte, photo 1. Sirex geant (Urocerus gigas) chronologie de la ponte, photo 2. Sirex geant (Urocerus gigas) chronologie de la ponte, photo 3. Sirex geant (Urocerus gigas) chronologie de la ponte, photo 4. Sirex géant (Urocerus gigas) chronologie de la ponte, photo 5. 
ci-dessus l'enfoncement de la tarière !
ci-dessous son retrait ! (près d'onze minutes au compteur pour l'ensemble de cette séquence).
La dureté du bois et l'orientation de la tarière par rapport au fil du bois influent bien sûr sur cette durée. A titre d'exemple (vidéo en temps réel à l'appui) il a fallu 3 minutes et demie à une femelle de S. gigas (le vrai ! ) sur rondin de pin sylvestre, au niveau de la coupe, et donc dans le sens des fibres du bois.
Sirex geant (Urocerus gigas) chronologie de la ponte, photo 6. Sirex geant (Urocerus gigas) chronologie de la ponte, photo 7 Sirex geant (Urocerus gigas) chronologie de la ponte, photo 8. Sirex geant (Urocerus gigas) chronologie de la ponte, photo 9. Sirex geant (Urocerus gigas) chronologie de la ponte, photo 10.
 
comme dans la chanson !
Sirex geant (Urocerus gigas) face interne d'une écorce montrant les trous de pontes , photo 1. Sirex geant (Urocerus gigas)  face interne d'une écorce montrant les trous de pontes, photo 2. Sirex geant (Urocerus gigas), détail de trous de pontes sur face interne d'une ecorce
... il fait des trous, des p'tits trous, encore des p'tits trous !
Plus sérieusement, les trous de pontes du Sirex sont présentement indécelables de l'extérieur , mais par contre bien visibles sur la face interne de l'écorce. Sur bois vivant, vous noterez que le passage de la tarière provoque une microlésion, laquelle génère un afflux de résine qui forme "bouchon", et assure ainsi la protection des oeufs. Des écoulements de résine sont parfois observables, mais d'autres insectes en provoquent pareillement.
 
 
Sirex  geant (Urocerus gigas)  trace du passage de la tarière, photo 1 Sirex geant (Urocerus gigas) trace du passage de la tarière, photo 2. Sirex geant (Urocerus gigas) trace du passage de la tarire, photo 3.
Comme ces illustrations le montrent, les fibres du bois sont bel et bien brisées par le passage de la tarière (ill s'agit là de cheminements partiels, mais néanmoins parfaitement démonstratifs). Quand la tarière pénètre dans le sens des fibres, je pense que ces dernières sont susceptibles de plus ou moins s'écarter, ce qui pourrait expliquer (au moins en partie) la rapidité du perçage illustré en vidéo.
 
 
 
les pages entomologiques d' andré lequet : http://www.insectes-net.fr