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Les CIGALES !

La CIGALE PLÉBÉIENNE (Lyristes plebeja = plebejus) ... and Co !

(Homoptères Cicadidae)
 
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Le vol !

Les cigales étant des insectes très "massifs", leurs ailes sont amples, robustes, et solidement nervurées. Afin d'améliorer la qualité du vol, le couplage des ailes antérieures avec les postérieures a été prévu par Dame Nature, possibilité au demeurant largement répandue chez les insectes. Les systèmes d'accrochages sont variés, toujours efficients, et parfois très originaux, tel le "joug" de certains papillons nocturnes. En la matière notre cigale fait particulièrement simple puisqu'il s'agit d'une courte gouttière fonctionnant sur le principe d'un "clip".

Sensiblement située au milieu de la nervure antérieure de l'aile postérieure, cette gouttière se clipse sur une zone "faite pour" de la nervure postérieure de l'aile antérieure. Vous noterez que le clipsage est très librement coulissant, d'où une parfaite adaptation aux mouvements alaires induits par les évolutions aériennes de la bestiole..

 
La cigale plébéienne (Lyristes plebeja),  exemplaire "étalé". .................. La cigale plébéienne (Lyristes plebeja), ailes "clipsées", photo 1. La cigale plébéienne (Lyristes plebeja), ailes "clipsées", photo 2...................Sphinx tête de mort (Acherontia atropos) le joug alaire. Sphinx tête de mort (Acherontia atropos) , détail du "joug".
à gauche : cigale plébéienne "étalée". Vous noterez l'uniformité des ailes, leur parfaite transparence, et la présence d'une nervure dite "bordante", délimitant une étroite bordure périphérique dépourvue de tout renfort, et donc particulièrement fragile; au centre : ailes isolées montrant l'efficacité du clipsage; à droite : illustration comparative du très original couplage des ailes chez les papillons de type "Sphinx", où une bride "élastique" de l'aile antérieure s'enroule autour d'une forte soie articulée de l'aile postérieure.
 
 
La cigale plébéienne (Lyristes plebeja), ailes "clipsées", photo 3. La cigale plébéienne (Lyristes plebeja), détail de la gouttière. La cigale plébéienne (Lyristes plebeja), détail du "clipsage" des ailes.
... et pour bien comprendre !
à gauche: repérage de la zone de clipsage (voir agrandissement); au centre : gros plan sur la bordure supérieure de l'aile inférieure,
avec mise en évidence de la gouttière formant "clip"; à droite: gros plan sur le couplage des ailes par clipsage.
 

La larve !

Qualifiées d'hémimétaboles les cigales sont des insectes à métamorphoses incomplètes. La croissance de la larve et son passage à l'état d'insecte adulte se font en effet progressivement, au gré de mues successives (le plus souvent 7).

À l' éclosion, généralement en septembre-octobre, les jeunes "pré-larves" émergent, et muent quasiment dans la foulée. Telle une araignée au bout de son fil, la jeune larvule peut rester appendue à une sorte de court filament avant de se laisser choir au sol, et de s'y enfouir pour un développement demandant plusieurs années (le plus souvent 4, mais 5 pour L. plebeja). Tout comme l'adulte la larve possède un rostre lui permettant de piquer les racines des arbres et arbustes, afin d'y prélever les sucs nécessaires à sa subsistance.

Les larves sont "outillées" pour creuser et elles ne s'en privent pas, mais elles ne font pas de véritables galeries, du moins au sens habituel du terme. Au fur et à mesure de la progression, les déblais issus du creusement sont en effet "évacués" vers l'arrière et colmatent ainsi la partie précédemment creusée. Taillé en forme de coin le "museau" de la larve prend une part active dans cette évacuation en refoulant les déblais latéralement.

Là où la nature du terrain l'y oblige ( trop dur, trop sec, ou encore trop friable par exemple), la bestiole met son urine à profit pour amollir le substrat, et au besoin "maçonner" sa galerie. Selon Michel Boulard (1988) l'urine émise à cet effet emprunte des gouttières ventrales "faites pour", lesquelles débouchent au niveau des pattes fouisseuses, et donc à pied d'oeuvre. De plus Dame Nature n'a pas lésiné car l'urine de la gent cigale comporte un véritable "liant", lequel ajoute à la solidité des parois ... et à la sécurité de la "tunnelière" !
 
Au terme de sa vie souterraine la "larve" de cigale (en fait la nymphe) gagne l'air libre et grimpe sur la végétation environnante (grandes herbes, buissons, troncs d'arbres, etc…). Solidement agrippée elle y fera alors sa mue dite imaginale, et donnera au final un insecte dit "parfait", c.a.d. apte à se reproduire, et à chanter pour notre plus grand plaisir ….s'il s'agit d'un mâle !
 
La cigale plébéienne (Lyristes plebeja),  exuvies nymphales, photo 1. La cigale plébéienne (Lyristes plebeja),  exuvie nymphale, gros plan. ............. La cigale plébéienne (Lyristes plebeja),  rostre et stylet sur exuvie nymphale. ............. La cigale plébéienne (Lyristes plebeja),  exuvie nymphale in natura, photo 1. La cigale plébéienne (Lyristes plebeja),  exuvie nymphale in natura, photo 2.
à gauche : exemples de mues "imaginales" (= passage au stade l'adulte je le rappelle ! ) de L. plebeja; au centre : chitine obligeant, la mue du très fin stylet et de sa gaine rendent parfaitement compte de ce qu'ils étaient sur le vif ... et seront au stade adulte ! à droite : exemples d'exuvies in natura. Tous les supports sont bons, dès l'instant où ils sont censément hors sol et permettent à la bestiole de s'accrocher pour développer et sécher ses ailes (végétaux herbacés et ligneux, troncs des arbres, bois mort à terre, rochers, murs, murets, clôtures en tous genres, etc ... ).
 
 
 
La cigale plébéienne (Lyristes plebeja),  mise en évidence des mues trachéennes, sur exuvie nymphale. La cigale plébéienne (Lyristes plebeja), rebordements abdominaux sur exuvie nymphale. La cigale plébéienne (Lyristes plebeja),  mise e évidence des stigmates abdominaux.
à gauche : naturellement blanches, et constituées d'un fil de chitine extrêmement fin enroulé à spires jointives (tel un ressort), les nombreuses trachées respiratoires muent également. En dehors des troncs trachéens principaux, les ramifications sont nombreuses, souvent très fines, voire ténues, mais l'exuviation a pour effet de les compacter; au centre : la vue ventrale de l'exuvie permet de constater la présence de forts replis latéraux (épipleuraux ? ) assurant la protection des orifices trachéens visibles sur la vue suivante; à droite : mise en évidence des orifices trachéens ( = stigmates), par soulèvement du repli protecteur.

Appel à spécialistes "es cigales" : bien visibles ci-dessus, car plus clairs, plus minces, et différemment structurés, les segments abdominaux ventraux (= sternites) proprement dits présentent la curieuse particularité d'être nettement "hydrophobes" (et cela en dépit de l'ancienneté du "stockage" de ces exuvies). Sauf à considérer qu'il s'agit de la "gouttière urinaire" précédemment évoquée, hypothèse me semblant plausible, j'avoue ignorer la raison d'être de cette particularité ... d'où mon appel !

Les pattes fouisseuses !

Les larves ( et nymphes ! ) sont dotées de très élaborées et puissantes pattes antérieures, dites fouisseuses, sorte de "couteau suisse" faisant office de pioche, pelle, cisaille et tenaille (ci-dessous). La mobilité de l'éperon terminal ( en fait le tibia ! ) associée à sa position et à sa conformation (apex acéré et bord interne tranchant), fait que la patte est en effet apte à creuser, pincer, et cisailler (radicelles par exemple).

Comme les illustrations ci-dessous le montrent, le cisaillement apparaît d'autant plus efficace que la partie opposable à la lame de l'éperon est elle-même tranchante, et de surcroit dentelée pour assurer une meilleure prise. Les 2 lames glissant l'une contre l'autre on retrouve le principe même du sécateur, ou de la cisaille à volaille, les lames de ces engins étant d'ailleurs très souvent crantées pour précisément éviter le glissement. Au final, et une fois de plus, la notion de bionique (étude de processus biologiques en vue de leur transposition à des fins industrielles) s'en trouve illustrée. 

Pour finir vous noterez la petitesse du tarse, son articulation basale lui permettant de se rabattre contre l'éperon "tibial", et d'ainsi se protéger lors des "gros travaux" (creusements par exemple). En pratique ces tarses finissent souvent amputés, mais leur rôle confinant l'accessoire cela ne prête pas à conséquence, d'autant qu'un tarse "tout neuf" prendra place lors de la mue suivante.

La cigale plébéienne (Lyristes plebeja),  patte fouisseuse avec tarse apparent, photo 1. La cigale plébéienne (Lyristes plebeja),  patte fouisseuse avec tarse apparent, photo 2. ...............La cigale plébéienne (Lyristes plebeja),  patte fouisseuse  grande ouverte,  photo 1. La cigale plébéienne (Lyristes plebeja),  patte fouisseuse  grande ouverte,  photo 2. ............. La cigale plébéienne (Lyristes plebeja),  patte fouisseuse  fermée, photo 1. La cigale plébéienne (Lyristes plebeja),  patte fouisseuse  fermée, photo 2.
Illustration de l'aptitude au creusement, au pincement, et au cisaillement, à partir de pattes fouisseuses prélevées sur exuvies nymphales de L. plebeja.
à gauche : vue externe et interne d'une patte droite, avec tarse "sorti". Sur l'agrandissement de la 1e photo, vous noterez l'évolution adaptative des composantes de la patte (tarse, tibia, fémur); au centre : vue interne et externe d'une patte droite, avec la "pince/cisaille" ouverte, et tarse "rangé"; à droite : vue externe et interne d'une patte gauche, avec "pince/cisaille" fermée, et tarse là aussi "rangé". Vous noterez la parfaite opposition des "crocs". 
 
Souvenirs de Gruissan (Aude) !
Si les cigales aiment se poser sur les troncs et ramures des grands arbres pour y pousser leurs stridentes "cymbalisations", leurs larves affectionnent au contraire les terrains bien exposés. Quand l'occasion se présente, les sols sablonneux et densément "herbus", comme ci-dessous, sont carrément plébiscités. Concrètement les larves émergent du sol quasiment avec le lever du soleil, et peu après se "métamorphosent" en cigales adultes via la mue dite "imaginale". Une fois les téguments durcis, et la température suffisante, les bestioles prennent leur essor pour souvent s'installer dans les arbres afin d'y "chanter", et s'y accoupler. In fine les femelles retourneront là où elles sont nées pour y pondre ... et finir leur vie !
 
La cigale plébéienne (Lyristes plebeja)  exemple de site larvaire, photo 1. La cigale plébéienne (Lyristes plebeja) adultte en main venant de  faire sa mue imaginale,  La cigale plébéienne (Lyristes plebeja)  exemple de site larvaire, photo 2.
Très fournis en végétaux variés les bords sablonneux de la lagune de Gruissan donnent vie à de nombreuses larves de cigales. Fin juin, entre 7 et 8 heures du matin, il était possible d'y trouver des cigales adultes plus ou moins récemment écloses. Ayant découvert le fait peu avant mon départ, je n'ai pas eu l'occasion de photographier et filmer la "totale", à savoir l'émergence de la larve, puis son passage à l'état d'insecte adulte ! Grrrr !
La cigale plébéienne (Lyristes plebeja) adulte avec exuvie imaginale, photo 1. La cigale plébéienne (Lyristes plebeja) adulte avec exuvie imaginale, photo 2. La cigale plébéienne (Lyristes plebeja) adulte venant de  faire sa mue imaginale, photo 1 La cigale plébéienne (Lyristes plebeja) adulte venant de  faire sa mue imaginale, photo 2 

En guise de conclusion ...

Le "temps" ... c'est aussi cela !

Sachez que les exuvies larvaires présentées, pattes fouisseuses comprises, ont été "récoltées" dans l' Hérault, à Saint Jean de Fos ... en 1986 ! Autant dire qu'elles "ne datent pas d'hier", et cela malgré une évidente fragilité pouvant les voir "devenir poussière" en une fraction de seconde. Comme Ernst Jünger l'a écrit dans son remarquable Chasses subtiles : "Il est surprenant de voir combien d'années ces petits objets fragiles résistent aux injures du temps. Nous possédons encore des feuilles d'herbier qu'ont annotées un Linné, un Chamisso, des scarabées déterminés par Fabricius, de Geer, le comte Dejean" .... et ces illustres naturalistes, et précurseurs, "datent" des 17e et 18e siècle !

Toujours à propos du temps, et de son illustration, je ferais état d'une cigale d'Amérique du Nord, Magicicada septemdecim, (*) qui détient un très étonnant record, puisque son développement larvaire, et donc souterrain, demande en effet 17 ans. A l'inverse, et ce n'est pas le moins étonnant, ni le moindre des paradoxes, la cigale adulte ne vit que quelques jours, voire quelques heures, puisqu'elle naît au crépuscule et peut passer de vie à trépas dans la journée qui suit, sa seule raison d'être étant d'assurer la pérennité de son espèce. J'ajouterais que les émergences sont massives, et donc parfaitement synchronisées, d'où la fabuleuse précision d'un rendez-vous pourtant fixé par la Vie 17 ans auparavant. Au final, et je pense que vous en conviendrez, on ne peut que rester confondu devant l'étrange destinée de cet insecte.

(*) Une très étonnante séquence consacrée à cette espèce est passée dans le cadre d'une excellente et fort ancienne émission télévisée (C+) intitulée "Si nous étions des animaux", avec pour sous-titre "l'illusion du temps".
 
YouTube aidant, d'innombrables vidéos sont actuellement proposées,
mais celle-ci est vraiment remarquable !
 
FIN 
 
les pages entomologiques d' andré lequet : http://www.insectes-net.fr