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la BRAHMÉIDE de HEARSEY (Brahmaea hearseyi) !
(Lépidoptère Brahmaeidae)
 
(page 2 sur 4)
  
 
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Une fois n'est pas coutume !
Cette "page entomo" est en effet très exceptionnelle,
car c'est la seule concernant une espèce dite "exotique".
 
Intro !
 
Brahmaea hearseyi (mâle en main)Avec Jean Ferrat la chanson a eu ses "belles étrangères" ... d'où l'idée de ce "clin d'oeil" à propos d'une autre belle étrangère ! La transposition est certes osée, et la notion de beauté présentement subjective, mais l'originalité de la bête étant par contre indéniable, il s'en est suivi un élevage "coup de coeur" ... et le plaisir de vous y convier par le texte et l'image !
 
Sans oeufs point de chenilles, et encore moins de papillons. C'est pourquoi je tiens à remercier l'ami Frank Europ'Nature pour son amitié, et sa générosité, car sans lui cette page entomo n'existerait pas.
 
Présentation
 
Avant d'entrer dans le vif du sujet, vous noterez que le nom de Brahmaea est à mon sens clairement féminin, et cela du seul fait de sa terminaison latine en "a". En toute logique on doit donc dire LA -ou une- Brahmaea, et par voie de conséquence LA -ou une- Brahméide (= Brahmaéide) ... même si l'usage et le Web en ont semble-t-il décidé autrement.
 
Brahmaea hearseyi est un robuste papillon nocturne pouvant dépasser 15 cm d'envergure. L'espèce est notamment connue du Cambodge, Laos, Vietnam, mais aussi de Chine et Thaïlande. Ce papillon relève de la Famille des Brahmaeidae, caractérisée par un graphisme alaire très particulier, et une ornementation tégumentaire non moins originale des chenilles.
 
Une grosse vingtaine d'espèces est répertoriée au niveau mondial, ce qui est fort peu, et témoigne bien de la spécificité de cette Famille. Toutes sont asiatiques, ou africaines, exceptée la "Brahméide d'Hartig" (Acanthobrahmaea europaea), seule espèce européenne, comme son nom le laisse entendre.
 
 
la Belle ! .... Brahmaea hearseyi (mâle) ...................Brahmaea hearseyi, détail (photo 1) ... et la Bête !
L'étrange graphisme des ailes, et son peu banal relief en "trompe-l'oeil", confèrent à ce curieux papillon une beauté déjà quelque peu inquiétante (et plus encore tête en bas, comme ci-dessus à droite ! ) ... mais attendez de voir la chenille dans ses oeuvres !
 
 
Brahmaea hearseyi, détail (photo 2) Brahmaea hearseyi, détail (photo 3) Brahmaea hearseyi, détail (photo 4)
Les lignes parallèles répétitives sont typiques de l'ornementation graphique de la Famille des Brahmaeidae. Ces lignes peuvent être plus ou moins ondulées, festonnées, brisées, accentuées, etc...mais elles sont toujours transversales, nombreuses, rapprochées; et intéressent une grande partie de la surface alaire. Présentement vous remarquerez les curieux "électrocardiogrammes" des ailes postérieures (à gauche), et l' effet "peau de tigre" des antérieures (au centre et à droite).
 
 
Brahmaea hearseyi mâle (photo 1) Brahmaea hearseyi mâle (photo 2) Brahmaea hearseyi mâle (photo 3) Brahmaea hearseyi mâle en main
Un mâle "du jour" ( comme les oeufs frais du même nom ! ), aussi coopérant que photogénique !
 
 
Brahmaea hearseyi femelle Brahmaea hearseyi, femelle en main
 .... et "Madame" !
Vous noterez l'ampleur des ailes, et ses 16 cm d'envergure
 
 
Brahmaea hearsey, femellei étalée Brahmaea hearseyi mâle, revers des ailes
à gauche: spécimen de collection (et donc "étalé") .... une image encore rare sur le web !
à droite: en raison de sa relative banalité, le revers des ailes de B. hearseyi n'est jamais figuré.
(l'aspect anormalement "pointu" des ailes antérieures résulte d'un simple artefact photographique lié à l'angle de prise de vue)
 
Pour info !
 
Sachez que la "Brahméide d'Hartig", seule espèce européenne je le rappelle, a été découverte en 1963 par le Conte Federico Hartig (1900-1980), éminent entomologiste italien. Même si ce papillon est très étroitement localisé (Mont Vulture, non loin de Naples), et même si cela n'enlève rien au mérite de son illustre découvreur, il est quand même surprenant qu'une bestiole de cette taille (jusqu'à 75 mm d'envergure), et d'une telle originalité, ait pu échapper si longtemps aux entomologistes du cru ... et d'ailleurs ! C'est d'autant plus vrai que sa cousine hearseyi, la belle asiate de cette page entomo, a été décrite par Withe en 1862 .... soit un siècle plus tôt !
 
 
la fameuse Brahméide d'Hartig.....Acanthobrahmaea europaea .... (Acanthobrahmaea europaea)
 la seule Brahmaeidae européenne
(photo Wikipédia)
 
Dimorphisme sexuel
 
Le papillon qui pond est à coup sûr une femelle, et celui qui ne pond pas a de bonnes chances d'être un mâle ....pourrait-on dire ! Chez la Brahméide d'Haearsey, les sexes sont en effet quasi identiques ( d'où cette boutade ! ), étant entendu que les femelles sont généralement plus grandes, et bien sûr plus "dodues" eu égard aux oeufs "entreposés".
 
Quand il est bien marqué, le dimorphisme antennaire peut constituer un excellent critère, comme chez les Saturnidae par exemple. Dans ce dernier cas les antennes des mâles sont fortement pectinées (et donc en forme de peignes), et celles des femelles au contraire quasi filiformes. Le problème c'est que les antennes des Brahmaeidae sont pareillement pectinées chez les 2 sexes ... ce qui les rend "inutilisables" !
 
Par contre, et toujours au jeu des différences, vous noterez que l'ornementation du dessus des extrémités abdominales de notre Brahméide diffère nettement selon le sexe. Cela rappelle le dimorphisme graphique observable chez le Sphinx du laurier rose, et permet surtout d'évoquer la parenté établie entre les Brahmaeidae, les Lemoniidae ... et les Sphingidae !
 
 
mâle ! .....Brahmaea hearseyi, antennes du mâle Brahmaea hearseyi, antennes de la femelle .... femelle !
comparaison des antennes ....moutons blancs ... et blancs moutons !
 
 
Brahmaea hearseyi, antenne de mâle, détai  Brahmaea hearseyi, détails antennaires
Détails d'une antenne (mâle)
à droite: on devine l'abondance des "sensilles", autrement dit des soies sensorielles.
Sans grand risque de se tromper il y a sûrement des chimio-réceptrices dans l'air !
 
 
les mâles ! ....Brahmaea hearseyi, extrémité abdominale du mâle Daphnis  nerii, extrémité abdominale du mâle ...................Daphnis  nerii, extrémité abdominale de la femelle. Brahmaea hearseyi, extrémité abdominale de la femelle .... les femelles !
Vues dorsales des extrémités abdominales de Brahmaea hearseyi,
et en médaillons, ce qui s'observe chez le Sphinx du laurier rose (Daphnis nerii). 
 
L'oeuf
 
Les conditions d'élevage sont souvent fort éloignées de celles observées dans la nature, notamment pour les espèces dites exotiques, ce qui peut influer sur le comportement des bestioles. A titre d'exemple, les oeufs sont souvent pondus sur les parois des cages, au moins en partie, y compris en présence de la plante nourricière .... souvent de substitution il est vrai, comme dans le cas présent !
 
La ponte de Brahmaea hearseyi se situe aux alentours de 150 unités, ce qui est important compte tenu de la grosseur des oeufs, ces derniers outrepassant légèrement l'extrémité soufrée d'une allumette. La ponte intervient bien sûr après l'accouplement, avec dispersion des oeufs, ce qui correspond certainement à une stratégie défensive, et peut être à une forme de gestion des ressources alimentaires disponibles ... "in natura" s'entend !
 
L'incubation est classiquement fonction de la température, la bonne moyenne étant de l'ordre d'une dizaine de jours. Le brunissement du micropyle central (ci-dessous à gauche) témoigne très rapidement de la bonne fécondation de l'oeuf, et donc du début de l'embryogenèse. A terme la segmentation de la chenillette se perçoit très nettement par transparence ... puis c'est l'heure "H" du jour "J", la bestiole pointant un museau souvent longuement dubitatif, avant de franchir son pas-de-porte.
 
 
 oeufs de Brahmaea hearseyi Brahmaea hearseyi, oeufs prêts à éclore Brahmaea hearseyi, chenille prête à sortir (photo 1) Brahmaea hearseyi, chenille prête à sortir (photo 2)
de gauche à droite: 1)- remarquez la taille importante des oeufs, et le brunissement du "micropyle", propre d'une fécondation réussie. Pour mémoire je rappelle que le micropyle est la voie de passage des spermatozoïdes. 2)- dans les 24 à 48 heures précédant l'éclosion, la segmentation de la chenillette devient nettement perceptible par transparence. 3 & 4)- la chenillette naissante marque souvent une pause, nez au vent, avant de s'affranchir de la protection de l'oeuf.
 
La chenille
 
Les plantes nourricières asiatiques me sont inconnues, mais hors de ses terres, la bestiole s'accommode aisément du frêne, du lilas, et plus encore du troène, quasi panacée pour bon nombre d'espèces de papillons. Dans les conditions optimales de nourriture et température, le développement est particulièrement rapide, puisque l'intervalle entre les mues peut être de l'ordre de 3 à 4 jours pour les premiers stades larvaires.
 
Vous noterez qu'il faut se défier d'une trop grande promiscuité, le cannibalisme n'étant pas exclu, mais a priori cela vaut surtout quand la nourriture laisse à désirer en qualité ou quantité. En d'autres termes il ne faut pas en promettre, surtout au dernier stade, mais c'est là un impératif propre à toute chenille digne de ce nom. L'éleveur débutant a d'ailleurs tôt fait de s'en apercevoir ... et le confirmé peut encore se faire surprendre tant certaines espèces sont boulimiques !
 
Attention également aux élevages tardifs, et à la tentation de booster le développement en augmentant la température, car les risques maladifs (omniprésents en élevage) croissent pareillement. Un juste milieu est censément préférable, la bonne "fourchette" se situant de 20 à 25°, avec obtention de la chrysalide en l'espace d'un mois environ.
 
Scoli, scolus ... et coetera !
 
L'originalité des chenilles de Brahmaeidae réside dans le port d'excroissances filiformes, plus ou moins développées, portant le nom de "scoli". Vous noterez que cette terminologie s'applique à toutes les formations peu ou prou comparables, telle la "corne" des chenilles de Sphinx, mais dans ce dernier cas il s'agit d'un "scolus" .... lequel devient "scoli" au pluriel ! ... CQFD !
 
Par-delà leur côté ornemental ces drôles d'antennes ou de vibrisses ont à coup sûr des fonctions tactiles (voire défensives pour certains), et pour s'en convaincre il suffit d'observer les réactions des bestioles en élevage, que ce soit par rapport à leur environnement, leurs congénères ... ou le "personnel soignant" ! En pareil cas les sensilles afférentes ne sont jamais bien loin, associées ou non à d'autres processus sensoriels. Reste à les mettre "officiellement" en évidence .... si ce n'est déjà fait !
 
Sui generis !
 
Sauf à avoir l'odorat d'un nain de jardin, ou le flair d'un chien empaillé, sachez que les chenilles âgées, et les chrysalides (notamment à l'émergence du papillon), dégagent une odeur à la fois très particulière, très tenace .... et pas vraiment "top". J'ajouterais que les effluves sont évidemment en rapport avec le nombre des pensionnaires, et que le moindre relâchement dans l'entretien des cages en multiplie très vite les effets.
 
Bien entendu ce "parfum corporel" a sa raison d'être, sans doute défensive, d'où le terme de "répugnatoires" attribué à ces peu appétissantes odeurs, ainsi qu'aux glandes les sécrétant. Vous me pardonnerez de n'avoir point testé, mais si la saveur est à hauteur de l'odeur, la bestiole peut à coup sûr se pavaner en toute quiétude sous le nez des prédateurs habituels, tels les oiseaux par exemple !
 
 .... à la naissance !
 Brahmaea hearseyi, chenille sortant de l'oeuf (photo 1) Brahmaea hearseyi, chenille sortant de l'oeuf (photo 2) Brahmaea hearseyi, chenille sortant de l'oeuf (photo 3) Brahmaea hearseyi, chenille sortant de l'oeuf (photo 4)
 
 la naissance d'une chenillette de Brahmaea ... et des photos dont je ne suis pas mécontent !
Ci-dessous à droite: vous noterez le déploiement et le grand développement des "scoli" ci-dessus explicités.
 
Brahmaea hearseyi, chenille sortant de l'oeuf (photo 5) Brahmaea hearseyi, chenille sortant de l'oeuf (photo 6) Brahmaea hearseyi, chenille venant de naître (photo 1) Brahmaea hearseyi, chenille venant de naître (photo 2)
 
 
 
les pages entomologiques d' andré lequet : http://www.insectes-net.fr