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- (Névroptère
Myrmeleonidae)
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-
- La
locomotion
-

- de gauche à droite : 1)-
détail, sur le vif, de la position et de la forme des
pattes. Vous noterez que les
antérieures paraissent insérées entre les
intermédiaires; 2)-
détail de la conformation des pattes
postérieures; 3)- position des pattes
antérieures ( post mortem ) après
dévagination de la partie antérieure;
4)- illustration ( sur le vif ) de la
technique utilisée par le fourmilion pour se retourner
quand il est sur le dos ( vous noterez que les tortues
procèdent de même ! )
-
- La larve présente par ailleurs
l'étonnante particularité de toujours se
déplacer par saccades, et de surcroît en "marche
arrière", ce qui lui vaut d'ailleurs d'être
appelée "reculon" en Vendée ( " r'chulon " avec
l'accent ! ). Ce type de locomotion est d'autant plus original
qu'il repose quasiment sur les seules pattes
postérieures.
-
- De fait les pattes antérieures
sont courtes, grêles, quasi atrophiées, et
dirigées vers l'avant à la manière de palpes
ou d'antennes. Par ailleurs elles donnent l'impression
d'être insérées entre les pattes
intermédiaires, mais en fait cette impression
résulte de l'invagination de la partie antérieure du
corps, au demeurant très étroite, tel un cou (cf.
cliché ci-dessus). Au final elles apparaissent bien peu
fonctionnelles, d'autant que sur substrat lisse la larve se
stabilise fréquemment en inclinant la tête et en
s'appuyant sur l'extrémité de ses mandibules grandes
ouvertes.
-
- Contrairement aux antérieures les
pattes intermédiaires sont très longues, et
portées telles des rames. Elles servent en quelque sorte de
stabilisateurs latéraux car la forme globuleuse de la
larve, et les à-coups liés au mode de
déplacement, sont générateurs de
déséquilibres.
-
- Les pattes postérieures sont les
plus robustes, et au repos elles s'appliquent en totalité
sur la face ventrale. Leur position et leur forme fait qu'elles
peuvent aisément se déployer ou au contraire se
rétracter ce qui les rend aptes à
générer le déplacement. Présentement
ce dernier semble s'opérer par tractions successives et le
fait que les pattes se rétractent simultanément et
très brusquement ( tels des ressorts ) provoque une
brève projection arrière et le fameux effet de
saccade. D'une certaine manière on peut d'ailleurs dire que
ce type de progression s'apparente à des sauts "à
l'envers" compte tenu du sens de progression, mais aussi du fait
qu'ils résultent d'une traction et non d'une
poussée.
-
- Sur substrat meuble
l'extrémité abdominale est susceptible de se replier
au même rythme que les pattes, et ce point d'ancrage
supplémentaire facilite à la fois le
déplacement et l'enfouissement. A noter que les mouvements
induisant ledit déplacement sont à peine
discernables tant ils sont rapides, ce qui ne facilite pas
l'observation ni la bonne compréhension du
processus.
-
-
- L'entonnoir
-
- En règle générale
les entonnoirs en question ont un diamètre de 4 à 6
cm, et ils sont fréquemment regroupés par places
dans des zones bien exposées et souvent peu
végétalisées. Du fait de leur pente, et de la
friabilité de leur paroi, l'insecte qui s'y aventure ne
peut remonter et finit fatalement par glisser au fond du
piège, là où la redoutable larve est
parfaitement dissimulée ( corps enfoui, tête et
mandibules affleurant à peine la surface ).
-
- Les fragiles entonnoirs étant
évidemment soumis à de multiples aléas et
dégradations ( intempéries, passage d'animaux,
capture ou évasion de proies récalcitrantes, etc...)
la bestiole est contrainte de fréquemment remettre son
piège en état ...ce qu'elle fait toutes les nuits
!
-
-

- exemples d'entonnoirs de
fourmilions, les plus grands atteignant 6 cm de diamètre (
l'allumette fait 5 cm de longueur ! )
-
- Au besoin, et ce n'est pas la moindre de
ses originalités, la larve du fourmilion peut
littéralement bombarder sa proie afin de précipiter
sa chute. En l'occurrence le sable est projeté d'un coup de
tête, et par-delà son caractère directionnel
le tir a pour effet de déclencher un mini glissement de
terrain qui achève de déstabiliser la future
victime.
-

- à gauche: face
à face mortel au fond du piège ( voir agrandissement
, et remarquer l'ouverture des mandibules à
180°)
- à suivre:
scènes de "bombardements" ....au 500 ème de
seconde !
-
Le creusement
Le plus souvent l'observation porte sur des
entonnoirs en quelque sorte provisoires, car bien souvent
creusés dans l'urgence d'un déterrage intempestif .
Brutalement mise au jour la bestiole ne songe alors qu'à fuir,
et donc à s'enfouir. Une fois à couvert, et si je puis
dire rassurée, elle se contente d'éjecter le sable
à coups de tête, et par gravitation il s'ensuit la
formation d'un entonnoir qui pourrait se qualifier de " secours ", ou
encore de " simplifié " eu égard à la
méthode et au résultat.
En cas de comblement du piège (
accidentel ou provoqué là aussi ! ), vous noterez que
la bestiole construit le même genre d'entonnoir, selon le
même principe, et les mêmes modalités, Vous
noterez également que les entonnoirs obtenus sont fonctionnels
dans les 2 cas , mais qu' ils sont toujours très petits en
regard de la norme, d'où une moindre capacité de
capture, et de rétention des proies.
Le creusement des "vrais"
entonnoirs est en fait nocturne, et la technique beaucoup plus
élaborée et astucieuse !
Dans un premier temps la larve s'ensable
très superficiellement si elle a été extraite,
ou elle remonte sous la surface du sable si l'entonnoir a simplement
été comblé. Quand elle le décide, et tout
en restant à couvert, la bestiole commence par décrire
des cercles de l'ordre de 2 à 3 cm de diamètre, le
mouvement du sable témoignant très nettement du trajet
suivi, et ce jusqu' à la fin du "chantier". La progression se
fait bien sûr en "marche arrière", presque toujours dans
le sens inverse des aiguilles d'une montre, et le sens de rotation
choisi est conservé jusqu'à la fin.
Chemin faisant le sable est plus ou moins
refoulé de part et d'autre de la bestiole, la forme en coin de
l'abdomen favorisant à l'évidence la
pénétration et l'évacuation latérale du
substrat. Dans le même temps la larve "balance" très
régulièrement, et non moins fréquemment, de
véritables pelletées de sable d'un simple coup de
tête. La gravitation et la fluidité du substrat aidant
il se forme alors un sillon circulaire sensiblement en forme de "V".
(schéma ci-dessous, profil 1 ).
- Au terme de cette première
étape le diamètre des cercles décrits se
réduit progressivement, selon
le principe même de la spirale,
et au fil des rotations, du sable constamment
évacué, et du " ruissellement " induit par la
gravitation, le sillon se creuse, s'évase, et
l'ébauche de l'entonnoir apparaît nettement
( profil 2
).
-
- A un stade encore plus avancé la
larve tourne quasiment sur place, le sable circonscrit par le
sillon initial est presque totalement évacué, et
l'entonnoir se précise encore plus nettement
( profil 3
). A terme ce dernier est
parfaitement constitué, et en moyenne il aura fallu moins
d' 1 heure de travail ininterrompu pour obtenir un cône
parfait ( profil 4
). Vous noterez que la largeur de
l'entonnoir s'accroît avec sa profondeur, mais aussi avec le
degré de fluidité du substrat, et que ce type d'
entonnoir est toujours creusé de nuit.
-
-
- ...de la
théorie à la pratique !
- .... ou l'art et la
manière de faire son trou !
-
-

-
- ....à reculons ! ....en
spirale! ....et dans le sens inverse des aiguilles d'une montre !
....qui dit mieux !
-
- de gauche à droite: 1)-
illustration particulièrement typique du creusement en
spirale (correspondant au stade 2 du schéma). La
flèche, visible sur l'agrandissement, indique la position
de la tête de la bestiole). Vous noterez qu'une
fâcheuse maladresse à compromis la suite de ce bel
ouvrage. 2)- coupes schématiques illustrant la
construction d'un entonnoir de fourmilion. 3 & 4)-
clichés montrant la tête du fourmilion, et donc le
sens de rotation. Ces photos montrent aussi le mode de cheminement
" à fleur de sable", puisqu'on ne voit jamais la
bête, mais seulement une "bosse de sable" qui se
déplace. Vous noterez que ce processus vaut en toutes
circonstances, notamment quand la bestiole est amenée
à " déménager ".
-
-

- suite à la maladresse
ci-dessus évoquée, vous devrez vous contenter d'un
creusement un peu moins "académique" !
- La photo de gauche ayant
été prise à 22 h 19, et celle de droite
à 23 h 04, il s'ensuit 45 mn de "boulot", et je vous laisse
imaginer le nombre de "pelletées" de sable
évacuées. Dernier point : attention à
l'illusion d'optique qui peut vous faire voir un cône en
relief à la place du creux de l'entonnoir !
-
-
- Les larves de fourmilions peuvent
à l'occasion se déplacer, voire migrer si besoin
est, mais là encore c'est toujours de nuit. Comme
déjà dit, le cheminement se fait " à fleur de
sable ", c'est-à-dire sous une mince couche de substrat, et
bien sûr toujours en " marche arrière ".
Concrètement on ne voit jamais la bestiole, mais seulement
une petite bosse de sable qui avance .... et un sillon qui se
creuse au fur et à mesure de la progression, et de
"pelletées" de sable rejetées ça et là
par "habitude" ou pur réflexe, car nullemennt
nécessaires ....CQFD !
-
- traces de fourmilion
....
...ayant perdu son GPS !
- En pratique les traces sont plus
directionnelles, donc moins "tournicotées", et de
surcroît elles se terminent logiquement par
l'entonnoir.
- Est-il besoin de le
préçiser, ces traces sont très fugaces, en
raison même de la fluidité du substrat, et de sa
sensibilité aux intempéries !
-
-
- A propos du
substrat
-
- On peut dire que sa finesse et son
homogénéité importent moins que sa
fluidité car notre bestiole a plus d'un tour dans son sac.
Là encore la démonstration est patente, même
si on ne peut écarter l'incidence physique de la
gravitation. Tout se passant plus ou moins à couvert il est
en effet bien difficile de se faire une opinion objective,
autrement dit de déterminer précisément les
mérites respectifs de chacun, qu'il s'agisse de notre larve
de fourmilion....ou du célèbre Newton.
-
- Reste que les faits sont
indéniables et que la curieuse bestiole semble pouvoir
tamiser le substrat à son gré car les entonnoirs
sont toujours constitués des particules les plus fines, les
autres étant systématiquement
éliminées et réintégrées
à la masse indifférenciée du substrat. Pour
ma part je pense que notre larve se sert sciemment, si je puis
dire, d'une gravitation que l'on sait universelle, mais c'est
là une opinion toute personnelle.
-
- Attention.....ne pas
confondre !
-
- La larve du Vermileo, couramment
appelée "ver-lion" (voir page entomo, rubrique "autres") a
des moeurs très comparables à celles de notre
Fourmilion. Les entonnoirs sont cependant nettement plus petits (
de l'ordre de 2 cm maxi ), et moins évasés, avec un
fond sensiblement arrondi. Ils sont construits dans les zones
très abritées, ombragées, avec substrat
sablonneux ou poussiéreux.
-
- Là encore les fourmis sont pour
l'essentiel au menu, avec "bombardement" des proies
récalcitrantes, et rejet des dépouilles par-dessus
bord.
- A l'état adulte les Vermileonidae
sont des sortes de mouches d'une dizaine de mm en moyenne. Plus ou
moins jaunes et noires, elles sont dotées de longues
pattes, et d'un corps étroit et allongé. Une
quarantaine d'espèces sont connues au niveau mondial, ce
qui en fait une très petite Famille. En France, la bestiole
(Vermileo degeeri ou Vermileo vermileo) se rencontre surtout dans
le midi.
-
- Conclusion.....
-
- Par-delà la notion de
piège on peut dire que le Fourmilion a inventé le
principe de l'entonnoir, et de la spirale, bien avant l'homme. Si
besoin était, on peut également dire que cette
nouvelle référence à la bionique
(étude de processus biologiques en vue de leur
transposition à des fins industrielles), démontre
que les bêtes sont en quelque sorte loin de
l'être.
-
-
FIN
-

- les pages entomologiques d'
andré lequet
:
http://www.insectes-net.fr