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 Les DYTIQUES !
(Genres Dytiscus & Cybister, Coléoptères Dytiscidae)
 
(page 3 sur 3)
 
   
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Le vol
 
Les Dytiques sont aptes au vol, et ils volent même fort bien, ce qu'ils font essentiellement au crépuscule ou à la nuit tombée. Contrairement à d'autres espèces, la recherche de " l' âme soeur ", ou la dégradation du milieu de vie (assèchement par exemple), ne semblent pas conditionner le déplacement, et donc l'envol. Cela dit, cette aptitude permet évidemment la propagation des espèces, du moins dans la limite des contingences écologiques. Je ne saurais dire si les deux sexes volent à l'unisson, ou si le mâle est par exemple plus enclin à prendre son essor, ce qui est le cas chez certains insectes.
Dytiscus marginalis Dytiscus marginalis étaléou "Dytique bordé"
 
La défense
 
Face aux grands échassiers, aux rapaces nocturnes, ou à la voracité de certains poissons et batraciens, la fuite est évidemment la meilleure sauvegarde du Dytique adulte. En dernier ressort il a une "botte secrète", en l'occurrence une sécrétion laiteuse (voir ci-dessous) émise par des glandes spécialisées se situant au niveau du pronotum. Ce sécrétât passe pour pouvoir paralyser le prédateur, mais j'ai de bonnes raisons d'en douter, et de simplement lui attribuer des vertus plus ou moins répulsives, à l'instar de l'âcreté des coccinelles.
 
 
l'arme "secrète"....l'arme secrète du dytique !....du Dytique !
 
 
J'évoquerais également les éperons des tibias postérieurs, suffisamment acérés pour faire ouvrir la main (du non initié !) retenant l'insecte prisonnier, étant entendu que l'effet de surprise est bien plus efficace que la "piqûre" proprement dite. Celle de la larve est par contre bien réelle, très douloureuse, et elle se prolonge assez longtemps. Suite à une coupable maladresse, je garde d'ailleurs un souvenir très cuisant des mandibules de la larve de Cybister qui figure en fin de page!
 
 
Le dimorphisme sexuel
 
a)- chez les mâles
 
Chez les Dytiques, les mâles se distinguent aisément par les disques adhésifs issus de la modification des 3 premiers articles des tarses antérieurs. Ces disques permettent notamment la rétention de la femelle lors de l'accouplement. Chez tous les Dysticus ils comportent classiquement 2 grandes ventouses, et environ150 petites structures au rôle comparable. Il n'y a pas de ventouses bien différenciées chez le Cybister, mais une structure lamellaire assurant les mêmes fonctions.
 
avant corps de Dytiscus marginalis mâledisque adhésif du mâle de Dytiscus marginalis disque adhésif du mâle de Cybister lateralimarginalis
 
 à gauche: avant corps de Dytiscus marginalis mâle, avec mise en évidence des disques adhésifs (flèches).
au centre: détail d'un disque adhésif de Dysticus (marginalis en l'occurrence).
à droite: détail d'un disque adhésif de Cybister (par le fait de C. lateralimarginalis, seule espèce française)
 
et en "APN" ..... ....pour le fun !
 
 
b)- chez les femelles
 
Par opposition aux mâles, les tarses antérieurs sont simples, et donc non modifiés. En outre, chez certaines espèces de Dytiscus, les élytres des femelles sont profondément mais partiellement striés, la zone élytrale postérieure restant lisse. Chez Cybister lateralimarginalis, les élytres des femelles sont entièrement lisses, comme chez les mâles.
 
 
avant corps de Cybister lateralimarginalis femelle  tarse antérieur de Cybister lateralimarginalis femelleCybister lateralimarginalis femelle en vue dorsaleDytiscus circumflexus femelle
de gauche à droite: 1)- avant-corps de Dytique femelle (Cybister) montrant les tarses non spatulés; 2)- détail d'un tarse antérieur de femelle (Cybister); 3)- femelle, toujours lisse, de Cybister; 4)- femelle avec élytres cannelés (= striés) de Dytiscus circumflexus (il s'agit là de variété "perplexus" les femelles de cette espèce ayant le plus souvent des élytres lisses!).
 
 
La reproduction
 
L'accouplement est en principe automnal, et les pontes interviennent au printemps suivant. Les oeufs sont insérés, via l'oviscapte de la femelle, dans la tige des végétaux. Les larves des Dytiques sont exclusivement carnassières (larves, vers, têtards, alevins, grenouillettes, larves de tritons etc...). Les mandibules sont très acérées, et canaliculées, ce qui permet à la larve d'injecter les sucs digestifs directement dans la proie. Une fois les tissus de cette dernière liquéfiés, le tout est réabsorbé par le même "chemin".
 
A terme les larves atteignent les 6 cm, et elles quittent l'eau pour se nymphoser à terre. La finesse des mandibules et des membres étant peu adaptée au fouissage, la logette nymphale est généralement superficielle et rudimentaire, ou encore aménagée sous une pierre, un morceau de branche morte tombé à terre, un amas de détritus végétaux.
 
larve à terme de Cybister lateralimarginalis tête de la larve de Cybister lateralimarginalis détail des mandibules de Cybister lateralimarginalis
 
de gauche à droite: 1)- larve de Cybister lateralimarginalis en fin de développement ;
2)- détail de la tête; 3)- détail des mandibules canaliculées (par transparence on devine les canaux en question).
 
 
larve de Dytique bordé (vue dorsale) larve de Dytique bordé (vue ventrale)
Larve (6 cm) de Dytique bordé (Dytiscus marginalis).
à gauche: vue dorsale, mandibules fermées; à droite: vue ventrale avec mandibules ouvertes.
 
 
Les larves du Genre Dytiscus sont plus trapues que celles des Cybister, et elles se distinguent aisément par la présence, à l'extrémité abdominale, de 2 appendices ( les "urogomphes") entourant un siphon respiratoire. A noter qu'ils sont normalement frangés, mais que la ciliature s'est trouvée collée par la "mise à sec" de la bête.
 
vue dorsale tête de Dytique bordé (vue dorsale) tête de Dytique bordé (vue ventrale)vue ventrale
tête de Dytiscus marginalis
 
" Nuisances"
 
Elles sont à mon sens fort limitées, pour ne pas dire symboliques, car la "mauvaise réputation" du Dytique est passablement surfaite. Certes la bestiole n'est pas forcément la bienvenue dans une installation piscicole (par exemple), mais sauf à pulluler elle y serait finalement plutôt bénéfique. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, tout prédateur contribue en effet à la bonne santé de ses proies (si je puis dire!), en éliminant les individus les plus faibles, qu'ils soient malades, "racho", vieillissants, ou autre. A titre d'exemple un lapin en pleine forme échappera plus facilement au renard que le garenne "myxomateux", et une fois ce dernier croqué par le Goupil de service la propagation de la maladie se verra réduite d'autant.
 
Toujours au chapitre des "nuisances", le Dytique qui s'égare dans la limpidité bleutée et miroitante d'une belle piscine peut faire désordre. A l'occasion il peut même effaroucher quelques jeunes et jolies naïades....voire de moins jeunes et jolies !. En pareil cas c'est évidemment le branle bas de combat, et aussi l'occasion d'apprécier (si l'on peut dire !) la rapidité des évolutions de la bestiole, car elle est rarement décidée à s'en laisser conter, et encore moins à finir dans une épuisette. Si pareille mésaventure vous arrive, et que l'épuisette en question s'avère définitivement inopérante, il est parfaitement inutile d'en référer à l'Institut des Pêches, ou pis de vouloir vider votre piscine. Sachant qu'un bain de chlore n'est pas précisément la tasse de thé de tout Dytique normalement constitué, l' "affreuse bestiole" repartira très vite vers une destination à son goût moins....polluée !
 
 
Un "modèle réduit" ......juste pour l'info !
 
L' Acilius sulcatus appartient lui aussi à la Famille des Dytiscidés, et si les moeurs sont très comparables, la taille est elle moitié moindre. Les tarses antérieurs portent également des ventouses: 1 très grande, 2 qui peuvent se qualifier de moyennes, et de nombreuses petites. Toutes sont longuement "pédicellées", et l'ensemble est frangé de soies rigides espacées à la manière des dents d'un rateau. La petitesse des structures fait que le cliché rend mal compte de la chose, mais à la loupe binoculaire cette "architecture" est vraiment superbe. Chez la femelle les tarses sont là aussi "simples", et les élytres sont plus "côtelés" que striés, et ce sur toute leur longueur.
couple d' Acilius sulcatus tarse antérieur du mâla d'Acilius sulcatus
Couple d' Acilius sulcatus (mâle à gauche), et détail du tarse antérieur du mâle
 
 
 
En guise de conclusion..... 
 
....et afin d'illustrer les propensions nécrophages des Dytiques, mais aussi l'intérêt écologique de ces insectes.
 
C'était dans les marais de Loire, et un ami y avait une batterie de "bosselles" (= nasses) à anguilles, qu'il avait d'ailleurs quelque peu tendance à parfois "oublier" !
 
A l'époque les rats musqués abondaient en ces lieux, et bon nombre de jeunes rongeurs se fourvoyaient dans les fameuses bosselles, et bien sûr y périssaient noyés. Il me souvient aussi des mêmes engins, appâtés avec des têtes de poulets censées attirer les anguilles.....
 
Pareillement tentés par ces charognes, il me souvient surtout des Dytiques qui se faisaient piéger par centaines, et finissaient eux aussi noyés, faute de pouvoir aller quérir une salvatrice bulle d'air !
 
 
 
FIN
 
les pages entomologiques d' andré lequet : http://www.insectes-net.fr