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LES BOUSIERS !
(Coléoptères Scarabaeidae)
 
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Nous allons maintenant faire plus ample connaissance avec les bousiers, mais vu l'ampleur du sujet nous nous limiterons censément à un simple survol, c.a.d. aux espèces et mœurs les plus représentatives.
 
Généralités:
 
Les bousiers sont des insectes coléoptères dont la biologie est étroitement liée aux excréments, d'où leur qualification de coprophages. Ils sont très répandus et de très nombreuses espèces sont connues de par le monde. Leur taille peut dépasser 50 mm, mais beaucoup n'excèdent pas le cm. La coloration est souvent assez terne, voire même noire, mais certaines espèces exotiques sont parées de couleurs métalliques éclatantes. Le plus connu des bousiers, au moins de nom, est le très symbolique scarabée sacré des Égyptiens (*), autrement dit le Scarabaeus sacer des entomologistes.
 
bousiers exotiques (phanaeus)
Exemple de bousiers exotiques de type Phanaeus.
Ce sont généralement de gros insectes, voir de très gros,
et certaines espèces ont des tendances nécrophages.
 
Comme leur nom le laisse entendre les bousiers s'intéressent évidemment aux excréments, mais pas seulement à ceux des bovidés. De nombreuse espèces sont en effet nettement opportunistes, même si d'autres sont effectivement plus ou moins sélectives, voire franchement spécialisées. Au final on peut dire que tout excrément trouve preneur, depuis les crottes de lapins ou de chiens, en passant par celles des moutons ou des cervidés. Reste que bouses et crottins sont en quelque sorte plébiscités par de très nombreuses espèces et que par ailleurs l'excrément humain a lui aussi ses adeptes comme nous l'avons vu précédemment. La répartition des bousiers est évidemment tributaire des exigences écologiques propres à chaque espèce , et si certains sont très largement répandus, d'autres sont au contraire nettement plus localisés.
 
 
Le Géotrupe stercoraire.... Geotrupes stercorarius: à poignée ....(Geotrupes stercorarius)
Parfois qualifié de "sylvestre" (Geotrupes sylvestris), ce bousier est très commun en forêt.
Nettement plus éclectique que ses confrères, il n'est pas rare de le voir attablé sur des champignons plus ou moins "avancés".
 
 
Bon nombre d'espèces sont nocturnes ou crépusculaires, mais tout autant sont diurnes. Les bousiers étant des insectes fouisseurs ils sont en quelque sorte outillés en conséquence (tibias armés de très fortes pointes, excavation du thorax permettant un effet de bulldozer, chaperon céphalique (souvent dentelé) faisant office de pelle et de grattoir, etc...). Signalons au passage que d'autres insectes, et notamment des Diptères tels que les Scatophaga, exploitent également les excréments. Ces mouches, au demeurant spécialisées, sont d'ailleurs les toutes premières arrivantes sur une bouse ou un crottin fraîchement expulsé, alors que nos bousiers prèfèrent un produit quelque peu "croûté", la maturation idéale se situant entre 12 et 48 h.
 
Biologie
 
Nous nous contenterons d'une approche iconographique qui au travers d'espèces françaises représentatives nous permettra de faire état des principales techniques d'exploitation d'un excrément type, tel que bouse ou crottin.
 
1)- Les "Endocoprides"
 
Sont ainsi dénommées les espèces qui vivent et se reproduisent au sein même de l'excrément. Ce sont principalement des Aphodius, insectes de petite taille (maxi de l'ordre du cm), au corps assez allongé et au faciès très constant. Les espèces sont très nombreuses et c'est parmi elles que l'on trouve le plus de "spécialistes".
 
exemples .... aphodius divers d' Aphodius !
 
 
Le développement de l'Aphodius fossor
( Cette bestiole "squattait" une bouse, mais un beau crottin n'est pas pour lui déplaire ! )
 
Aphodius fossor, détail de la larve Aphodius fossor, larves âgées en main Aphodius fossor, larves âgées Aphodius fossor, tête de la larve Aphodius fossor, logettes nymphales
Larves à terme (ensemble et détails).
à droite : exemples de logettes nymphales.
(elles sont bien sûr confectionnées par les larves, au sein même de l'excrément, par agglomération des fibres végétales résiduelles).
 
 
Aphodius fossor, nymphes Aphodius fossor, nymphes (jeune et âgée) Aphodius fossor, nymphe dans sa loge Aphodius fossor venant d'éclore (en loge) Aphodius fossor en cours de maturation, dans sa loge
de gauche à droite: 1)-groupe de nymphes; 2)- duo de nymphes : l'une "jeune" (non encore pigmentée), et l'autre "âgée", prête à éclore.
3)- nymphe dans sa logette; 4)- adulte venant d'éclore; 5)- le même en cours de maturation (coloration et durcissement de la carapace.
 
 
... et au terme de leur développement .... Aphodius fossor, adultes matures ... prêts à vivre leur vie de bousiers !
Vous noterez que la forme nominative de l' Aphodius fossor est noire,
mais que des individus plus ou moins rougeâtres (forme individuelle silvaticus) peuvent se rencontrer ça et là, surtout dans le Nord.
 
 
2)- Les "Paracoprides"
 
Il s'agit d'espèces vivant dans l'excrément, mais nidifiant dans le sol, à son aplomb. C'est le cas des Onthophages, insectes également de petite taille (n'excédant pas le cm), mais au corps nettement plus trapu que les Aphodius. Les galeries sont peu profondes (quelques cm), diverticulées, et chaque cul-de-sac sert de réceptacle à un œuf et à la nourriture de la future larve. Les 2 espèces présentées sont parmi les plus communes et les plus répandues.
 
Ontophagus vacca ontophagus vacca et taurus Ontophagus taurus
 
 
On trouve également bon nombre d'insectes d'assez grande taille (1 à 2 cm) tels que les Copris et les Typhaeus dont les mâles portent de fortes cornes (unique et céphalique pour le premier, triple et thoracique pour le second). On trouve également diverses espèces de Géotrupes, mais contrairement aux espèces précédentes les sexes sont morphologiquement comparables. Les galeries de ces insectes sont nettement plus profondes, de l'ordre de 15 à 30 cm selon la nature du sol. Elles sont là aussi diverticulées, chaque espèce ayant ses propres configurations. La galerie du Minotaure (Typhaeus typhaeus, N°2 ci-dessous) passe pour pouvoir excéder le mètre pour peu que terrain s'y prête.
 
 copris hispanus, typhaeus typhaeus, geotrupes mutator, chironitis irroratus
1: Copris hispanus, 2: Typhaeus typhaeus,
3: Geotrupes mutator, 4: Chironitis irroratus,
 
 
"Portrait" de Copris lunaris
 
Copris lunaire (Copris lunaris) mâle, photo 1 Copris lunaire (Copris lunaris) mâle, photo 2 Copris lunaire (Copris lunaris) mâle, photo 3
Le mâle du Copris lunaire.
Vous noterez qu'il s'agit d'un individu "major", c'est-à-dire à grande corne, par opposition à la forme "minor", et donc à petite corne. Vous noterez encore que cette variabilité se retrouve fréquemment chez les mâles des insectes "cornus" (tel l'Oryctes nasicornis), ou aux mandibules hypertrophiées (Lucane par exemple).
 
Copris lunaire (Copris lunaris) femelle, photo 1 Copris lunaire (Copris lunaris) femelle, photo 2 Copris lunaire (Copris lunaris) femelle, détail du chaperon Copris lunaire (Copris lunaris) femelle, en main
... et la femelle de ce même Copris lunaire !
Vous noterez l'absence de corne, ou plus exactement l'existence d'une simple ébauche terminée par 2 petites pointes,
le tout donnant l'impression d'une corne cassée.
 
Copris hispanus ! .... Comparaison entre les Copris hispanus et lunaris .... Copris lunaris !
Ne pas confondre !
Nettement plus gros, le Copris espagnol se rencontre également en France, mais essentiellement sur le pourtour méditerranéen, et la Corse
 
 
 3)- Les "Télécoprides"
 
Ce terme se rapporte aux espèces qui emportent leurs "victuailles", notamment en vue de la reproduction. Ce sont les "vrais" scarabées et le "sacré" (Scarabaeus sacer, N°1 ci-dessous) en est un peu l'archétype. Avec ses trois bons centimètres ce dernier est le plus grand des coprophages français. Ce sont des espèces méditerranéennes, et ce sont elles qui confectionnent les fameuses boulettes ou pilules que ces insectes peuvent rouler assez loin avant de les enterrer, soit pour les consommer, soit pour y pondre.
 
 scarabaeus (sacer, laticollis, variolosus, semipunctatus), gymnopleurus flagellatus
1: Scarabaeus sacer, 2: Scarabaeus laticollis,
3: Scarabaeus variolosus 4: Scarabaeus semipunctatus,
5: Gymnopleurus flagellatus
 
Rôle écologique
 
Les bousiers sont des insectes éminemment utiles car ils contribuent très efficacement à l'assainissement de notre environnement par l'élimination physique des excréments de toutes nature, soit en les consommant soit en les enfouissant. Dans cette dernière alternative les galeries aèrent les sols et les excréments les fertilisent. Dans les zones de pâturages les bousiers jouent également un rôle économique non négligeable car la dégradation naturelle d'une simple bouse peut demander plusieurs mois, et durant ce laps de temps l'herbe sous-jacente ne repousse pas. Par extrapolation on imagine aisément qu'une accumulation de ces bouses conduirait à une perte d'exploitation et donc à un manque à gagner.
 
Dans le même esprit il faut savoir que certains antiparasitaires vétérinaires, tel l'Ivermectine, utilisés chez les bovins et ovins perdurent dans les excréments et sont nocifs (voire mêmes mortels) pour tous les insectes coprophages, adultes et larves. En outre ce type de molécule a une forte rémanence, de l'ordre de plusieurs mois, d'où un impact important. A terme la généralisation de tels produits serait évidemment désastreuse pour l'environnement et bien sûr pour les activités agricoles concernées. Par ailleurs rappelons que les bousiers et leurs larves représentent une biomasse très importante qui sert de nourriture à de nombreux animaux (oiseaux, batraciens, mammifères insectivores).
 
(*) Dans l'Egypte antique c'était le symbole des forces de la création, de la fécondité, et de la résurrection. La partie antérieure de la tête, qui est en demi-cercle et dentelée, représentait le soleil, et la boule d'excréments que l'insecte roule figurait la Terre qu'il était censé rouler de l'aube au crépuscule. La boule, selon la croyance, restait enterrée 29 jours, et le trentième jour elle était jetée dans le Nil où elle donnait naissance à un nouveau scarabée. 
 
 
FIN
 
les pages entomologiques d' andré lequet : http://www.insectes-net.fr