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GALÉODES ET SCORPIONS !

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La galéode et le scorpion jaune...
 
......ce pourrait être une fable, mais ce n'en est pas une!
 
 scorpion jaune, détail de l'aiguillon 
Il y a bien longtemps de cela, en Afrique du Nord, je suis un jour tombé par hasard sur une galéode en train de dévorer un grand scorpion jaune. J'ai été frappé par la disparité des tailles, d'autant qu'il y avait également disparité des moyens puisque les scorpions sont venimeux, ce qui n'est pas le cas des galéodes. Dans un premier temps j'ai supposé que le scorpion en question avait été trouvé mort, mais cela ne ressemblait guère aux moeurs d'un prédateur qui par définition est plus enclin à tailler dans le vif de son sujet que dans la dépouille d'un cadavre.
 
En y regardant de plus près j'ai pu constater que la victime n'était pas vraiment morte, si je puis dire, et surtout que son aiguillon venimeux manquait. On pouvait bien sûr imaginer que notre galéode avait pu profiter d'une proie déjà mal en point, et de surcroît accidentellement mutilée, mais là encore cette explication n'était guère satisfaisante. Bien entendu j'ai tenu à en avoir le coeur net.
 
Une vieille bouteille d'eau minérale traînant à proximité devait me donner l'occasion de vérifier sur le champ ce que je subodorais, sans toutefois vraiment y croire. Trouver un scorpion et une autre galéode ne me demanda guère de temps, mais si le scorpion entra dans la bouteille quasiment de lui-même, ce fut nettement plus laborieux pour la galéode, et à la limite quelque peu imprudent. De fait la bête n'est pas du genre à plaisanter, et les morsures infligées par les puissantes chélicères sont réputées très douloureuses. Par ailleurs cet arachnide est particulièrement vif, et le fait de se sentir acculé génère évidemment un surcroît d' agressivité au demeurant bien compréhensible.
 
Cela précisé il n'aura fallu que quelques instants pour me convaincre de l'incroyable. A peine les deux protagonistes étaient-ils en présence dans la bouteille (maintenue horizontalement pour leur donner du champ), que l'empoignade eut lieu. Avant même d'avoir le temps de réaliser, la cause était entendue avec un scorpion en quelque sorte "désarmé", et un aiguillon en mal de propriétaire gisant au fond de l'arène improvisée.
 
niveau de la section en rouge niveau d'amputation de l'aiguillon
 
 
Chacun prit ensuite ses distances en se reculant au maximum des limites imposées par la bouteille mais il ne fait aucun doute qu'une galéode au ventre creux se serait attablée dans la foulée sans coup férir.
 
Bien entendu j'ai répété l'expérience et à chaque fois la galéode prenait instantanément l'initiative de l'attaque, et le dernier segment caudal du scorpion était toujours prioritairement visé et promptement sectionné au niveau de l'articulation le reliant au précédent.
 
Je ne suis certes pas un spécialiste des arachnides, mais de tels comportements sont pour le moins étonnants, et dès lors on comprend aisément que les positions puissent diverger entre les partisans de l'inné et ceux de l'acquis.
 
Les scorpions:
 
La figuration zodiacale du scorpion a très largement popularisé la morphologie générale de l'animal. Quelques 1500 espèces sont actuellement répertoriées (dont ce spécimen de scorpion Péruvien de12 cm) et si toutes sont venimeuses guère plus d'une vingtaine sont réellement mortelles pour l'homme, étant scorpion noir, mexiqueentendu que la dangerosité n'a rien à voir avec la taille.
 
Les plus grandes et plus petites espèces sont africaines, et si le Pandinus imperator (piqûre douloureuse mais sans gravité) atteint des sommets avec sa vingtaine de cm, les représentants du genre Microbuthus n'excèdent guère une quinzaine de mm.
 
Hors apports accidentels, 5 espèces sont connues de France (dont 3 très peu différentes d'aspect et de moeurs), et si elles ne sont pas considérées comme réellement dangereuses, mieux vaut toutefois éviter leur piqûre car le risque de réactions allergiques ne peut être totalement écarté.
 
 Cela dit le scorpion a lui aussi ses originalités et sa faculté de se suicider est aussi connue que le fameux cercle de feu qui l'incite à passer à l'acte. Pour l'avoir expérimenté il est vrai que notre scorpion passe effectivement de vie à trépas, et qu'il donne l'impression de se trucider, tant les coups d'aiguillon sont répétés et s'appliquent à chercher le défaut de la cuirasse.
 
En fait il s'agit là de réactions purement convulsives, d'autant que les animaux venimeux sont généralement insensibles à leur propre venin (*). Au final notre scorpion est tout simplement victime de la chaleur dégagée par le cercle de feu, et plus exactement de la brutale déshydratation qu'elle induit.
 
Sitôt le suicide apparemment consommé, il suffit d'ailleurs de placer le scorpion dans une petite coupelle avec un fond d'eau pour voir le pseudo défunt renaître peu à peu à la vie. Bien entendu il ne faut pas attendre trop longtemps car au-delà d'un certain seuil la déshydratation devient évidemment irréversible, et rien n'y changera. Dans le même esprit il faut veiller à ne pas "cuire" l'animal avec un feu trop intense, et surtout le cernant de trop près.
 
 
souvenir de voyage.... scorpion Maroc scorpion Maroc (détail de l'aiguillon) ....Maroc, Avril 2006 !
Pas du tout content de se voir débusqué, et de se faire "tirer le portrait" (posé sur une pierre tenue d'une main, avec l' APN de l'autre ! )
ce grand scorpion jaune a laissé perler une gouttelette de son venimeux ....mécontentement!
 
 
Dans un tout autre domaine le scorpion présente une autre particularité bien peu banale, à telle enseigne que les scientifiques et toutes les armées du monde aimeraient bien percer un secret à ce jour inviolé. Le scorpion est en effet le seul animal résistant aux radiations atomiques, et selon les données généralement admises il supporterait sans dommages des niveaux d'irradiation 150 fois supérieurs à la dose létale pour l'homme.
 
Pour conclure vous conviendrez que ces bestioles méritaient bien quelques lignes, et vous comprendrez qu'à l'occasion je puisse à nouveau m'accorder de telles parenthèses.
 
 
et enfin, pour le plaisir..... Scorpion à queue jaune (Euscorpius flavicaudis) femelle avec ses jeunes sur le dos, photo 1. Scorpion à queue jaune (Euscorpius flavicaudis)  individu néonate, photo 1.....Euscorpius flavicaudis
Le petit scorpion à queue jaune (4 cm) est commun dans le midi méditerranéen. En août les femelles "accouchent" et portent leur progéniture sur le dos. Au bout d'une semaine les jeunes deviennent autonomes (cliché de droite). Les 3 Euscorpius français ( flavicaudis, carpathicus, et italicus) sont morphologiquement très proches, et de moeurs comparables.
 
Scorpion à queue jaune (Euscorpius flavicaudis) femelle avec ses jeunes sur le dos, photo 2. Scorpion à queue jaune (Euscorpius flavicaudis) femelle avec ses jeunes sur le dos, photo 3. Scorpion à queue jaune (Euscorpius flavicaudis)  individu néonate, photo 2.
... juste nés ! ... et toujours pour le plaisir !
 
(*) Drôles de brochettes !

C'était au Maroc, il y a bien longtemps de cela, et des ouvriers démolissaient à la pioche des soubassements en pierres, seuls vestiges d'une petite construction manifestement détruite de longue date. Les très nombreux scorpions débusqués, une bonne cinquantaine, et essentiellement des noirs, finissaient embrochés à touche- touche sur des morceaux de gros fils de fer accrochés aux branches d'un petit pêcher jouxtant le chantier. Ces grouillantes brochettes étaient fort impressionnantes, et il va sans dire qu'entre les empalés les coups d'aiguillons pleuvaient . Le lendemain tout le monde se portait cependant aussi bien que possible, preuve patente de leur immunité, mais aussi de leur résistance au transpercement. Le surlendemain les ouvriers étaient partis... et les "brochettes" aussi !

FIN
les pages entomologiques d' andré lequet : http://www.insectes-net.fr