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l'OSMIE CORNUE !
(Osmia cornuta, Hyménoptère Apidae)
 
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Intro !
 
Sauf à être "accro" de l'éponge, l'entretien des huisseries extérieures relève généralement des "grandes manoeuvres", et le très classique "nettoyage de printemps" en est la parfaite illustration. C'est aussi l'occasion de souvent découvrir l'ouvrage d'une bestiole aussi rousse et secrète.... que l'est une talentueuse et bien connue chanteuse !
 
Préambule
 
Pour ne rien vous cacher, tout se passe au niveau des fenêtres, et plus précisément des trous d'évacuation de l'eau (cf. ci-dessous). De fait, ces orifices se retrouvent fréquemment plus ou moins obstrués, voire même carrément obturés, et de surcroît si parfaitement et proprement qu'une minuscule truelle ne saurait mieux faire!
 
A coup sûr, le curieux s' étonnera de la chose, le ronchon ronchonnera, et le pinailleur pinaillera, mais chacun va très vite constater qu'il s'agit seulement d'un peu de terre, et donc pas de quoi "fouetter un chat", et encore moins alerter les médias !
 
Là encore il n'est que l'entomologiste (et la bestiole elle-même !) pour savoir que ce peu de terre est finalement source de vie, et surtout qu'il témoigne d'une très étonnante faculté .... que vous me permettrez de réserver pour la fin !
 
 
Fenêtre montrant l'emplacement des trous d'évacuation de l'eau Fenêtre montrant l'emplacement des trous d'évacuation de l'eau Détail de l'emplacement d'un trou d'évacuation
D'un diamètre de 8 mm environ, ces trous sont toujours situés à la partie inférieure du "dormant" de la fenêtre, autrement dit de l'encadrement. Via une rainure collectrice, ils sont censés évacuer vers l'extérieur, l'eau de condensation qui peut se former sur les vitrages intérieurs. Vous noterez qu' ils se justifient moins de nos jours, en raison de la quasi généralisation des systèmes de ventilations intérieures, type VMC, hottes, etc...
 
 
 
Trou d'évacuation "vierge" vieux nid, avec trou de sortie nid encore colmaté, mais avec bouchon érodé nid récent nid récent, sur nichoir artificiel
quelques ......exemples !
de gauche à droite: 1)- trou "vierge"; 2)- nid avec orifice de sortie;
3)- nid encore colmaté, mais avec "bouchon" dégradé; 4)- nid récent; 5)- idem sur nichoir artificiel
 
 
Présentation
 
L'Osmie cornue, puisque tel est le nom de la "coupable", est un Hyménoptère de la Famille des Apidae, c'est-à-dire des "abeilles", au sens large du terme. La faune française comporte des dizaines d' espèces d'Osmies, et ces abeilles sauvages, dites solitaires par opposition aux coloniales, ont souvent des moeurs fort curieuses.
 
Là n'est pas le propos de cette page, mais sachez que les unes nidifient par exemple dans les coquilles vides d'escargots, et que d'autres, allez savoir pourquoi, tapissent leur nid souterrain avec de petits disques découpés dans des pétales de coquelicots !
 
 
femelle d'Osmia cornutafemelle d'Osmie cornue (Osmia cornuta)(= Osmie cornue), fin Mars.
L'espèce est dotée d'un avant-corps noir, et d'un abdomen franchement roux.
La femelle porte 2 minuscules "cornes" frontales, d'où le nom de "cornuta" donné à l'espèce.
Le mâle ressemble à la femelle, mais une touffe frontale de poils blancs remplaçe les "cornes".
 
 
L'Osmie cornue est la plus précoce des espèces, et il n'est pas rare de la voir s'activer dès Mars, y compris quand les autres insectes volants se retrouvent en quelque sorte "cloués au sol", faute d'une température ambiante suffisante. Vous noterez que l'Osmie rousse (Osmia rufa) a la même biologie, et peut donc s'intéresser à vos fenêtres. En regard de cornuta, elle est toutefois nettement plus tardive... et en quelque sorte plus blonde que rousse, et ce entièrement !
 
Comme souvent chez les abeilles solitaires, la fidélité au lieu de naissance est importante, et si vos trous de fenêtres sont une fois occupés, ils risquent fort de l'être encore les années suivantes. Pour autant il vous faudra beaucoup chance (ou de patience !) pour apercevoir la bestiole, car elle n'est pas du genre à flaner chemin faisant, ni à se complaire sur son pas-de-porte.
 
 
Nidification et développement
 
Par-delà nos fenêtres, Osmia cornuta, et les espèces voisines, sont susceptibles de nidifier dans n'importe quel conduit, naturel ou non, sous réserve que longueur et diamètre conviennent. Il faut surtout que la galerie soit horizontale, ou située en dessous de cet axe, afin que la pluie n'y puisse pénétrer.
 
 
 exemple de nid artificiel (sur appui de fenêtre) exemple de nid artificiel, sur arbre
exemples de nids artificiels, en quelque sorte "passe partout",
car outre l'Osmie, d'autres espèces d'Hyménoptères, Vespidae par exemple, peuvent s'y installer.
 
 
Quand notre bestiole a trouvé "chaussure à son pied", autrement dit galerie à sa convenance, elle va d'abord faire un brin de ménage (si besoin est !), puis commencer à construire son nid, et croyez-moi ce n'est pas mince affaire. De fait l'espace disponible se verra progressivement divisé par des cloisons terreuses maçonnées (comme ci-dessous), et les logettes ainsi formées recevront chacune un oeuf, après confection d'une boulette alimentaire (amalgame de pollen et de nectar) permettant le complet développement de la larve.
 
 
fond de la galerie.... nid vide d'Osmia cornuta montrant le cloisonnement......entrée du nid
illustration de principe du cloisonnement
(vous verrez ultérieurement que la disposition ne doit rien au hasard !)
 
 
 
vue partielle d'un nid d'Osmia cornuta, avec les oeufs détail d'un oeuf inséré dans la boulette alimentaire détail d'un oeuf inséré dans la boulette alimentaire détail d'un oeuf isolé
de gauche à droite: vue partielle du nid; détail de l'oeuf inséré dans sa boulette de pollen; oeuf isolé.
 
 
 
 
larve d'osmia cornuta à 1 moislarve âgée d'un mois et demi logettes artificielles .
 
C'est bien parti pour les larves.....en attendant la suite !
 
à gauche: la larve au bout d'un mois; au centre: la même 15 jours plus tard. Remarquez les excréments , et surtout la spectaculaire diminution de la boulette alimentaire, preuve d'un bel appétit , mais aussi d'un développement larvaire arrivant à son terme; à droite: exemples de logettes artificielle (la larve centrale en est issue ! ).
 
 
"tissage" du cocon en logette artificielle "tissage" du cocon en logette artificielle "tissage" du cocon en logette artificielle "tissage" du cocon en logette artificielle "tissage" du cocon en logette artificielle
 
3 nouvelles semaines se sont écoulées, et la plus avancée des larves "coconne" dans sa logette artificielle.
(48 heures séparent la première et la dernière image)
 
 
Quand les derniers ....
 
Bien entendu notre femelle d'Osmie est contrainte de commencer son ouvrage par la cellule du fond, et de le finir par la plus proche de l'entrée. Compte tenu des arrêts forcés liés aux intempéries, et bien sûr du temps requis pour la collecte du pollen, pour son amalgame, et pour le façonnage des cloisons, il peut s'écouler une bonne paire de semaines (sinon plus !), entre le début et la fin du "chantier".
 
En conséquence, et si l'on s'en tient à la seule logique mathématique, les premiers oeufs pondus vont censément éclore avant les derniers, tout comme les premières larves arriveront à terme avant les dernières nées, et au final les premières Osmies adultes vont fatalement se retrouver .... coincées au fin fond de la galerie !
 
 
.... seront les premiers !
.
Fort heureusement Dame Nature a réponse à tout, et au royaume des Osmies il s'avère que les derniers seront là aussi les premiers .... et ce n'est que stricte vérité ! De fait, les cellules les plus proches de la sortie sont toujours occupées par des mâles, lesquels se développent plus rapidement que les femelles logées en fond de galerie .... CQFD !
 
De prime abord la "solution" semble toute simple, pour ne pas dire toute bête, et on a tendance à considérer qu'il suffisait en quelque sorte d'y penser. En fait, excusez du peu, cela démontre surtout que la bestiole peut choisir à volonté le sexe de sa progéniture, et à l'évidence ce n'est pas rien .... car ni vous ni moi ne le pouvons !
 
 
Galerie d'Osmie.... disposition commentée des logettes d'un nid d'Osmia cornuta....et commentaires !
Typiquement les cellules réservées aux femelles sont un peu plus grandes, et un peu plus approvisionnées, mais comme présentement ce n'est pas toujours patent. Le nombre de cellules, mâles et femelles, est en partie fonction de la place disponible. Les grandes cellules vides, sortes de vestibules ou de sas de pré-émergences, ajoutent sans doute à la sécurité. Le bouchon est lui aussi constant, mais beaucoup plus épais que les cloisons proprement dites.
 
 
 Et de surcroît très utile !
 
La bestiole n'est pas du genre à rester les " 2 pattes dans le même sabot", et ses qualités de butineuse sont précisément à la mesure du "butin" amassé, autrement dit du pollen collecté. J'ajouterais qu'un second nid est pratiquement de rigueur, et qu'à la limite la durée de vie de l'insecte peut en permettre un troisième, du moins quand la météo n'est pas trop longuement calamiteuse.
 
Bien entendu la pollinisation proprement dite va de paire avec cette sorte d'hyperactivité, mais ce n'est pas là le seul intérêt de l'insecte. De fait, et nous l'avons vu, l'Osmie cornue se manifeste très tôt en saison, y compris par météo "limite" ou "douteuse", ce qui lui confère un rôle de premier plan, face à l'aléatoire et délicate fécondation des espèces fruitières dites hâtives.
 
Les mérites de ces insectes sont encore insuffisamment connus, et par le fait reconnus. C'est bien regrettable, car l'implantation de batteries de nichoirs artificiels (particulièrement simples à réaliser) serait à coup sûr très profitable, d'autant que la bestiole se "fidélise" naturellement, et qu'elle n'est pas agressive pour deux sous.
 
A signaler que le retour du "bio", encore bien timide il est vrai, a favorisé l'avènement de nids "industrialisés". En espérant les voir se répandre, y compris dans les vergers et potagers amateurs. En espérant surtout qu'il en sera fait bon usage, car est-il besoin de le préciser.... les insecticides sont totalement incompatibles !
 
 
En guise de conclusion....
 
Au terme de cette "page entomo", vous comprendrez que l'on puisse se passionner pour l'entomologie, et qu'une vie n'y suffise pas, tant le sujet est vaste et complexe. Vous reconnaîtrez également les mérites du grand entomologiste Jean-Henri FABRE (1823-1915) qui fut le premier à percer les secrets de cet insecte, et de bien d'autres encore !
 
  
FIN
 
les pages entomologiques d' andré lequet : http://www.insectes-net.fr