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 LA MANTE RELIGIEUSE (Mantis religiosa) !
(Mantoptère Manteidae)
 
(page 3 sur 3)  
 
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 Défense et "spectrale attitude"
 
Face à un danger la mante use parfois d'une technique d'intimidation là encore originale, et là encore les fameuses pattes ravisseuses sont mises à contribution. Les faces internes portent en effet un tache noire, parfois centrée ou marginée de blanc, et quand la bestiole ouvre les pattes tel un livre, ou les déploie latéralement, les taches en question sont censées figurer des yeux propres à effrayer le gêneur, voire dissuader le prédateur.
 
Dans le même temps la mante est susceptible d'écarter les ailes plus ou moins largement, et dans le meilleur des cas d'aboutir à la position dite "spectrale" avec les ailes dressées et étalées en éventail face à l'adversaire....effet garanti !
 
A l'occasion la bestiole en rajoute en se balançant lentement de droite et de gauche, et dans la "totale" elle peut même faire frémir ses ailes, voire les faire vibrer, ce qui provoque un effet de bruissement, en quelque sorte avertisseur (un peu à l'instar de la "sonnette" du crotale ! ).... mais là mon audition n'est plus assez performante pour en juger !
 
En pratique, quand on veut par exemple la saisir, la mante se contente le plus souvent de fuir "à pattes", en se faufilant dans la végétation avec une étonnante agilité. Elle peut pareillement s'envoler, souvent d'ailleurs après une esquisse de fuite pédestre, mais c'est surtout le fait des mâles en raison de leur moindre corpulence. Quand elle est saisie, la mante sait fort bien jouer de ses "harpons", et la sensation de piqûre, aussi minime, fugace, et inoffensive soit-elle, suffit souvent pour créer un effet de surprise....et vous faire lâcher la bestiole !
 
 
exemple d'attitude défensive de mante religieuse exemple d'attitude défensive de mante religieuse exemple d'attitude défensive de mante religieuse
 
....quelques exemples d'attitudes défensives de mante !
 
Les plus caractérisées (comme ci-dessous à gauche et à droite), sont qualifiées de "spectrales", mais l'effet est nettement plus réaliste et spectaculaire quand les taches noires sont largement pupillées de blanc, d'où une plus effective ressemblance avec des "yeux" (pour l'année prochaine.....avec un peu de chance ! ).
 
exemple d'attitude défensive de mante religieuse exemple d'attitude défensive de mante religieuse exemple d'attitude défensive de mante religieuse
 
 
 
jolie bestiole...mante en position spectrale....jolie photo !
Superbe attitude spectrale.
Vous noterez que les taches pupillées de blanc (elles sont souvent entièrement noires),
  ajoutent beaucoup à la notion d' "yeux", et donc à l'efficience de l'intimidation.
Photo (et jean's ! ) de Désiré Dembski.
 
 
Pontes et parasites
 
L'insecte est adulte courant août, et la reproduction intervient de septembre à octobre. Lors de l'accouplement la femelle a tendance à passer à table aux dépens de son partenaire, mais pour impérieuses qu'elles paraissent ces sanguinaires agapes ne sont pas nécessaires à la pérennisation de l'espèce, et on peut évidemment s'interroger sur leur origine et leur raison d'être. Reste qu'elles sont quasi systématiques en vivarium et si certains considèrent que le rôle du mâle relève du kleenex, et en l'occurrence de l'usage unique, d'autres préfèrent y voir une forme d'abnégation, ce qui est certes plus gratifiant mais tout aussi incompatible avec la notion même d'instinct.
 
La ponte, (200 à 300 oeufs) est contenue dans une oothèque (sorte de "boîte à oeufs"), ovoïde et très structurée, dont le constituant s'apparente à la soie des cocons de lépidoptères. Emise sous une forme blanche et crémeuse cette "soie" est brassée et agencée par les valves génitales. Au contact de l'air elle durcit très rapidement, adhère fortement au support, et brunit progressivement.
 
 
oothèque de mante religieuse oothèque de mante
 
Exemples d'oothèques de mantes religieuses.
Sur celle de droite, mieux conformée, on distingue nettement la zone des futures éclosions (bande médiane plus claire).
 
 
 
Chalcidien parasite des oeufs de mante Chalcidien parasite des oeufs de mante
Les oothèques de mantes, ou plus exactement les oeufs, sont fréquemment parasités.
Présentement il s'agit d'un minuscule Chalcidien, en l'occurrence Podagrion pachymerum.
Vous noterez les fémurs postérieurs fortement dilatés et dentelés ( chez les 2 sexes), et la longue tarière des femelles.
 
 
Une seconde ponte peut suivre, relativement rapidement, mais les oothèques dignes de ce nom, c.a.d. bien conformées et "garnies", sont en principe peu fréquentes, car le plus souvent il s'agit d'évacuer ce qui doit l'être. Lors d'années exceptionnellement favorables, comme 2003, des pontes "multiples" paraissent cependant possibles. J'en veux pour exemple la précocité de certains signalements (août-septembre), et le fait d'avoir encore observé des femelles pleines dans les derniers jours d'octobre.
 
Le choix du support importe guère car on peut trouver des oothèques sur les murs, les grosses pierres, les piquets de clôture, ou sur toute formation végétale suffisamment rigide (branchettes d'arbrisseaux, rameaux de ronces, tiges ligneuses de plantes herbacées, etc...). A noter encore que la formation de l'oothèque n'est pas sans rappeler la mousse de polyuréthane, mais pour s'en convaincre il faut avoir vu une mante à l'oeuvre.....et être bricoleur !
 
Les oeufs proprement dits sont jaunes, très allongés, et régulièrement disposés au fur et à mesure de l'élaboration de l'oothèque. Ils n'occupent que la partie centrale, et ils sont logés dans des cellules très étroitement accolées qui forment une sorte de noyau si dense et résistant qu'une lame de rasoir peine à l'entamer. Le reste de l'oothèque est essentiellement lamellaire, très aéré, nettement moins rigide, et partant plus fragile.
 
 
oothèque de mante religieuse (coupe longitudinale tangentielle)coupe transversale du noyau de l'oothèque de mante religieusecoupe sagittale de la zone ovigère de mante religieuse
A gauche: Cette coupe tangentielle permet de voir la structure feuilletée qui constitue l'oothèque, à l'exception du noyau interne qui renferme les oeufs.
Au centre: la coupe transversale du noyau fait apparaître le système alvéolaire du type "nid d'abeilles".
A droite: en coupe sagittale on distingue les oeufs (desséchés) et au-dessus la zone lamellaire correspondante, laquelle permettra la sortie des jeunes larves.
 
 
oeufs de mante religieuse oeufs de mante religieuse(immédiatement après la ponte)
Ce genre de cliché est très vite rendu impossible par le durcissement non moins rapide de l' oothèque.
 
 
La naissance
 
L'éclosion des jeunes mantes intervient en juin de l'année suivante, et les sorties s'opèrent au niveau d'une zone lamellaire médiane, les lamelles en question faisant suite aux cellules sous-jacentes. A l'émergence la larve est en quelque sorte "emmaillotée", et après s'être promptement libérée de cette très fine membrane (opération considérée comme une première mue), elle ressemblera en tous points à l'adulte (ci-dessous). Comme chez tous les insectes la croissance ultérieure se fera par mues successives, et le plein développement des ailes interviendra lors du passage à l'état adulte, c. a.d. à la 7 ème et dernière mue ("démaillotage" initial inclus).
 
 
éclosions de mantes (vue générale) mantes en train d'éclore (ensemble) mantes en train d'éclore (détail) mantes en train d'éclore (détail)
de gauche à droite: 1)- jeunes mantis sur le départ (le gros de la troupe s' est dispersé avant la photo ! );
2-3-4)- mantes en train d'éclore, ensemble et détail. Notez les "maillots" (mues) restant en place.
 
 
Mante religieuse (Mantis religiosa),  "bébés" mantes au sortir de leur oothèque, photo 1. Mante religieuse (Mantis religiosa),  "bébés" mantes au sortir de leur oothèque, photo 2. .................... Mante religieuse (Mantis religiosa) , oothèque montrant les écartements lamellaires  consécutis aux premières émergences.  Mante religieuse (Mantis religiosa) oothèque montrant les ouvertures lamellaires post-éclosions, détail.
 à gauche: l'heure de la sortie .... autre exemple avec vidéo ! (c'est la 1ère grosse "fournée", la seconde ayant eu lieu 48 h plus tard)
à droite: 24 h avant le "gros de la troupe" quelques émergrence se sont produites au niveau de la partie apicale de l'oothèque,
ce qui permet de voir les écartements lamellaires en résultant.
 
 
mante naissante, non encore pigmentée mante naissante, non encore pigmentée mante naissante, pigmentée.
aspects de mantes tout juste naissantes: non encore pigmentées (gauche & centre), et une fois pigmentée (droite)
Vous noterez la taille, l'habituelle allumette faisant référence !
 
 
oothèque de mante, juste après éclosions oothèque de mante, juste après éclosions (détail)
après les éclosions l'oothèque vide peut perdurer des années,
mais les très fragiles mues ( enveloppes emmaillotant littéralement les larves naissantes ) se dégradent assez rapidement.
 
 
Nota: sauf à trouver des colonies de pucerons (à mon avis la meilleure solution), ou avoir un élevage de drosophiles sous la main (bien que ces minuscules mouches dites des fruits, ou du vinaigre, me paraissent encore bien grosses), l'alimentation des mantes naissantes est assez difficile, voire quasi impossible. C'est d'autant plus vrai que l'oothèque est souvent rentrée en intérieur (pour un meilleur suivi), et que les jeunes mantes éclosent évidemment plus tôt (vu le chauffage), et surtout à une période où dans la nature il n'y a pas ou peu d'insectes-proies à récolter.
 
trio de très jeunes mantes religieuses jeune mante religieuselarve mante religieuse à mi-parcours
à gauche et au centre: très jeunes mantes, telles que trouvées début Juin
à droite: à la mi-juillet les petites mantes atteignent déjà une taille respectable,
mais au final, sur l'ensemble d'une oothèque, fort peu arrivent à l'état adulte 
 
 
En guise de conclusion ...
 
Au pays des bestioles la lutte pour la vie est une réalité de tous les instants, et par-delà l'efficience de sa défense, notre Mante peut aussi devenir proie, et ce ne sont pas les oiseaux (entre autres ! ) qui diront le contraire.
 
L'illustration ci-dessous témoigne d'un petit drame, et sans doute du passage d'un volatile, mais ces débris, initialement restés accrochés dans les grandes herbes, témoignent avant tout de la grande Loi de la Nature pouvant se résumer par: "manger ....ou être mangé " !
 
 
"manger ou être mangé" ....débris de mante victime d'un oiseau ....ainsi le veut la Nature!
 
.....et telle est sa Loi
 

 

Pour le plaisir des yeux ....souvenir d'un voyage dans le sud marocain !

 
Blepharopsis mendica Blepharopsis mendica Blepharopsis mendica (portrait ! )
Il ne s'agit pas d'une Mante, au sens stricte, mais d'une très voisine Empuse,
et en l'occurrnce de Blepharopsis mendica (Erfoud, Avril 2006)
 
 

 
Cette "page entomo" m'en donnant l'occasion....
...voici une "chasse" aux Mantes bien peu ordinaire !
 
Jouxtant un lycée nantais nouvellement bâti (du moins à l'époque), une friche argileuse servait de terrain de jeux aux gamins du quartier. Entre ronciers, genêts, et vasques humides envahies par les joncs, de nombreuses petites "sentes" témoignaient de cette fréquentation. J'habitais alors à deux pas et j'allais souvent y chasser les insectes, entre autres floricoles.
Nous étions en septembre et les superbes épeires fasciées abondaient, ainsi que leurs pontes, ce qui d'ailleurs n'était pas pour m'enchanter car j'avoue ne pas trop apprécier les araignées.
epeire fasciéecocon de ponte de l'épeire fasciée
L'épeire fasciée ( Argiope bruennichi = Epeira fasciata) et son cocon de ponte
 
 
Les mantes religieuses étaient également présentes, et de surcroît nombreuses, alors qu'il est de règle de les trouver çà et là en exemplaires isolés. Conscient du caractère exceptionnel de cette abondance, et donc désireux de la quantifier, je me suis armé d'un calepin, et d'un bâton ....de rouge à lèvres, ce dernier permettant un marquage élytral aussi rapide qu' aisé.
Montre en main, au bout d'une heure de chasse à vue j'avais 55 "coches" sur mon calepin, soit quasiment une mante religieuse à la minute, ce qui est considérable. Le "score" était d'autant plus significatif que bon nombre de bestioles devaient échapper à mes investigations en raison de leur mimétisme et de leur immobilité de chasseresse à l'affût. Il gagnait également en signifiance du fait de la configuration du terrain, laquelle me contraignait à chasser le long des cheminements existants, et donc à passer et repasser dix fois aux mêmes endroits eu égard à la faible superficie de la friche en question.
 
Par la suite le béton des promoteurs est venu anéantir ce petit Eden, puis j'ai déménagé, et jamais je n'ai revu pareille abondance. C'était d'autant plus exceptionnel qu' à l' époque (1964) les mantes étaient considérées comme peu fréquentes dans la région, voire rares.
 
Pour conclure je pense que l'année en question avait été particulièrement favorable pour ces insectes, mais surtout que l'enclavement du biotope, sa qualité, et sa petitesse, créaient un isolat biologique éminemment propice à une concentration pour le moins inhabituelle de l'espèce.
 
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Puisque cette anecdote m'en donne aussi l'occasion ....
Voyez ci-dessous le "décorticage" d'une ponte d'épeire fasciée, et convenez que l'architecture du cocon vaut bien celle de l'oothèque de notre Mante!
 
 
dissection du cocon de l'épeire fasciée
1- le cocon de ponte (en fait l'enveloppe) est ainsi suspendu dans la végétation, et il s'apparente à une petite montgolfière en quelque sorte " à l'envers", dont le diamètre est de l'ordre de 20 à 25 mm. L'ouverture, obturée, se situe au niveau du col.
2- cette coupe sagittale montre le "cocon" proprement dit. Il occupe une position centrale, et il est inclus dans une bourre soyeuse très brune, très dense, et très certainement à vocation isolante.
3- "cocon" central isolé, tel qu'il se présente dans la "montgolfière" .
4- idem, vu de dessus, cette zone d'ouverture est elle aussi dirigée vers le haut.
5- idem, ouvert, avec les oeufs en place (plusieurs centaines).
 
 
 
FIN
 
les pages entomologiques d' andré lequet : http://www.insectes-net.fr