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Défense et
"spectrale attitude"
Face à un danger la mante use
parfois d'une technique d'intimidation là encore originale,
et là encore les fameuses pattes ravisseuses sont mises
à contribution. Les faces internes portent en effet un
tache noire, parfois centrée ou marginée de blanc,
et quand la bestiole ouvre les pattes tel un livre, ou les
déploie latéralement, les taches en question sont
censées figurer des yeux propres à effrayer le
gêneur, voire dissuader le prédateur.
Dans le même temps la mante est
susceptible d'écarter les ailes plus ou moins largement, et
dans le meilleur des cas d'aboutir à la position dite
"spectrale" avec les ailes dressées et
étalées en éventail face à
l'adversaire....effet garanti !
A l'occasion la bestiole en rajoute en
se balançant lentement de droite et de gauche, et dans la
"totale" elle peut même faire frémir ses ailes, voire
les faire vibrer, ce qui provoque un effet de bruissement, en
quelque sorte avertisseur (un peu à l'instar de la
"sonnette" du crotale ! ).... mais là mon audition n'est
plus assez performante pour en juger !
En pratique, quand on veut par exemple
la saisir, la mante se contente le plus souvent de fuir "à
pattes", en se faufilant dans la végétation avec une
étonnante agilité. Elle peut pareillement s'envoler,
souvent d'ailleurs après une esquisse de fuite
pédestre, mais c'est surtout le fait des mâles en
raison de leur moindre corpulence. Quand elle est saisie, la mante
sait fort bien jouer de ses "harpons", et la sensation de
piqûre, aussi minime, fugace, et inoffensive soit-elle,
suffit souvent pour créer un effet de surprise....et vous
faire lâcher la bestiole !
....quelques exemples
d'attitudes défensives de mante !
Les plus caractérisées
(comme ci-dessous à gauche et à droite), sont
qualifiées de "spectrales", mais l'effet est nettement plus
réaliste et spectaculaire quand les taches noires sont
largement pupillées de blanc, d'où une plus
effective ressemblance avec des "yeux" (pour l'année
prochaine.....avec un peu de chance ! ).
jolie
bestiole.......jolie
photo !
Superbe attitude spectrale.
Vous noterez que les taches
pupillées de blanc (elles sont souvent entièrement
noires),
ajoutent beaucoup
à la notion d' "yeux", et donc à l'efficience de
l'intimidation.
Photo (et jean's ! ) de
Désiré Dembski.
Pontes et
parasites
L'insecte est adulte courant août,
et la reproduction intervient de septembre à octobre. Lors
de l'accouplement la femelle a tendance à passer à
table aux dépens de son partenaire, mais pour
impérieuses qu'elles paraissent ces sanguinaires agapes ne
sont pas nécessaires à la pérennisation de
l'espèce, et on peut évidemment s'interroger sur
leur origine et leur raison d'être. Reste qu'elles sont
quasi systématiques en vivarium et si certains
considèrent que le rôle du mâle relève
du kleenex, et en l'occurrence de l'usage unique, d'autres
préfèrent y voir une forme d'abnégation, ce
qui est certes plus gratifiant mais tout aussi incompatible avec
la notion même d'instinct.
La ponte, (200 à 300 oeufs) est
contenue dans une oothèque (sorte de "boîte à
oeufs"), ovoïde et très structurée, dont le
constituant s'apparente à la soie des cocons de
lépidoptères. Emise sous une forme blanche et
crémeuse cette "soie" est brassée et agencée
par les valves génitales. Au contact de l'air elle durcit
très rapidement, adhère fortement au support, et
brunit progressivement.
Exemples d'oothèques de
mantes religieuses.
Sur celle de droite, mieux
conformée, on distingue nettement la zone des futures
éclosions (bande médiane plus
claire).
Les oothèques de mantes,
ou plus exactement les oeufs, sont fréquemment
parasités.
Présentement il s'agit
d'un minuscule Chalcidien, en l'occurrence Podagrion
pachymerum.
Vous noterez les fémurs
postérieurs fortement dilatés et dentelés (
chez les 2 sexes), et la longue tarière des
femelles.
Une seconde ponte peut suivre,
relativement rapidement, mais les oothèques dignes de ce
nom, c.a.d. bien conformées et "garnies", sont en principe
peu fréquentes, car le plus souvent il s'agit
d'évacuer ce qui doit l'être. Lors d'années
exceptionnellement favorables, comme 2003, des pontes "multiples"
paraissent cependant possibles. J'en veux pour exemple la
précocité de certains signalements
(août-septembre), et le fait d'avoir encore observé
des femelles pleines dans les derniers jours
d'octobre.
Le choix du support importe guère
car on peut trouver des oothèques sur les murs, les grosses
pierres, les piquets de clôture, ou sur toute formation
végétale suffisamment rigide (branchettes
d'arbrisseaux, rameaux de ronces, tiges ligneuses de plantes
herbacées, etc...). A noter encore que la formation de
l'oothèque n'est pas sans rappeler la mousse de
polyuréthane, mais pour s'en convaincre il faut avoir vu
une mante à l'oeuvre.....et être bricoleur
!
Les oeufs proprement dits sont jaunes,
très allongés, et régulièrement
disposés au fur et à mesure de l'élaboration
de l'oothèque. Ils n'occupent que la partie centrale, et
ils sont logés dans des cellules très
étroitement accolées qui forment une sorte de noyau
si dense et résistant qu'une lame de rasoir peine à
l'entamer. Le reste de l'oothèque est essentiellement
lamellaire, très aéré, nettement moins
rigide, et partant plus fragile.
A gauche: Cette coupe
tangentielle permet de voir la structure feuilletée qui
constitue l'oothèque, à l'exception du noyau interne
qui renferme les oeufs.
Au centre: la coupe transversale
du noyau fait apparaître le système alvéolaire
du type "nid d'abeilles".
A droite: en coupe sagittale on
distingue les oeufs (desséchés) et au-dessus la zone
lamellaire correspondante, laquelle permettra la sortie des jeunes
larves.
oeufs de mante religieuse
(immédiatement
après la ponte)
Ce genre de cliché est
très vite rendu impossible par le durcissement non moins
rapide de l' oothèque.
La
naissance
L'éclosion des jeunes mantes
intervient en juin de l'année suivante, et les sorties
s'opèrent au niveau d'une zone lamellaire médiane,
les lamelles en question faisant suite aux cellules sous-jacentes.
A l'émergence la larve est en quelque sorte
"emmaillotée", et après s'être promptement
libérée de cette très fine membrane
(opération considérée comme une
première mue), elle ressemblera en tous points à
l'adulte (ci-dessous). Comme chez tous les insectes la croissance
ultérieure se fera par mues successives, et le plein
développement des ailes interviendra lors du passage
à l'état adulte, c. a.d. à la 7 ème et
dernière mue ("démaillotage" initial
inclus).
de gauche à droite:
1)- jeunes mantis sur le départ (le gros de la troupe
s' est dispersé avant la photo ! );
2-3-4)- mantes en train
d'éclore, ensemble et détail. Notez les "maillots"
(mues) restant en place.
....................
à gauche:
l'heure de la sortie .... autre
exemple avec vidéo !
(c'est la 1ère grosse "fournée", la seconde ayant eu
lieu 48 h plus tard)
à droite: 24 h
avant le "gros de la troupe" quelques émergrence se sont
produites au niveau de la partie apicale de l'oothèque,
ce qui permet de voir les
écartements lamellaires en
résultant.
aspects de mantes tout juste
naissantes: non encore pigmentées (gauche &
centre), et une fois pigmentée
(droite)
Vous noterez la taille,
l'habituelle allumette faisant référence
!
après les
éclosions l'oothèque vide peut perdurer des
années,
mais les très fragiles
mues ( enveloppes emmaillotant littéralement les larves
naissantes ) se dégradent assez rapidement.
Nota: sauf à trouver des
colonies de pucerons (à mon avis la meilleure solution), ou
avoir un élevage de drosophiles sous la main (bien que ces
minuscules mouches dites des fruits, ou du vinaigre, me paraissent
encore bien grosses), l'alimentation des mantes naissantes est
assez difficile, voire quasi impossible. C'est d'autant plus vrai
que l'oothèque est souvent rentrée en
intérieur (pour un meilleur suivi), et que les jeunes
mantes éclosent évidemment plus tôt (vu le
chauffage), et surtout à une période où dans
la nature il n'y a pas ou peu d'insectes-proies à
récolter.
à gauche et au
centre: très jeunes mantes, telles que trouvées
début Juin
à droite: à
la mi-juillet les petites mantes atteignent déjà une
taille respectable,
mais au final, sur l'ensemble
d'une oothèque, fort peu arrivent à l'état
adulte
En guise de conclusion
...
Au pays des bestioles la lutte pour la
vie est une réalité de tous les instants, et
par-delà l'efficience de sa défense, notre Mante
peut aussi devenir proie, et ce ne sont pas les oiseaux (entre
autres ! ) qui diront le contraire.
L'illustration ci-dessous
témoigne d'un petit drame, et sans doute du passage d'un
volatile, mais ces débris, initialement restés
accrochés dans les grandes herbes, témoignent avant
tout de la grande Loi de la Nature pouvant se résumer par:
"manger ....ou être mangé " !
"manger ou être
mangé" ........ainsi
le veut la Nature!
.....et telle est sa
Loi
Pour le plaisir des yeux
....souvenir d'un voyage dans le sud marocain
!
Il ne s'agit pas d'une Mante, au
sens stricte, mais d'une très voisine Empuse,
et en l'occurrnce de
Blepharopsis mendica (Erfoud, Avril 2006)
Cette "page entomo"
m'en donnant l'occasion....
...voici une
"chasse" aux Mantes bien peu ordinaire !
Jouxtant un lycée nantais
nouvellement bâti (du moins à l'époque), une
friche argileuse servait de terrain de jeux aux gamins du
quartier. Entre ronciers, genêts, et vasques humides
envahies par les joncs, de nombreuses petites "sentes"
témoignaient de cette fréquentation. J'habitais
alors à deux pas et j'allais souvent y chasser les
insectes, entre autres floricoles.
Nous étions en septembre et
les superbes épeires fasciées abondaient, ainsi que
leurs pontes, ce qui d'ailleurs n'était pas pour
m'enchanter car j'avoue ne pas trop apprécier les
araignées.
L'épeire fasciée (
Argiope bruennichi = Epeira fasciata) et son cocon
de ponte
Les mantes religieuses étaient
également présentes, et de surcroît
nombreuses, alors qu'il est de règle de les trouver
çà et là en exemplaires isolés.Conscient du caractère exceptionnel de cette abondance,
et donc désireux de la quantifier, je me suis armé
d'un calepin, et d'un bâton ....de rouge à
lèvres, ce dernier permettant un marquage élytral
aussi rapide qu' aisé.
Montre en main, au bout d'une heure
de chasse à vue j'avais 55 "coches" sur mon calepin, soit
quasiment une mante religieuse à la minute, ce qui est
considérable. Le "score" était d'autant plus
significatif que bon nombre de bestioles devaient échapper
à mes investigations en raison de leur mimétisme et
de leur immobilité de chasseresse à l'affût.
Il gagnait également en signifiance du fait de la
configuration du terrain, laquelle me contraignait à
chasser le long des cheminements existants, et donc à
passer et repasser dix fois aux mêmes endroits eu
égard à la faible superficie de la friche en
question.
Par la suite le béton des
promoteurs est venu anéantir ce petit Eden, puis j'ai
déménagé, et jamais je n'ai revu pareille
abondance. C'était d'autant plus exceptionnel qu' à
l' époque (1964) les mantes étaient
considérées comme peu fréquentes dans la
région, voire rares.
Pour conclure je pense que
l'année en question avait été
particulièrement favorable pour ces insectes, mais surtout
que l'enclavement du biotope, sa qualité, et sa petitesse,
créaient un isolat biologique éminemment propice
à une concentration pour le moins inhabituelle de
l'espèce.
***********************************
Puisque cette anecdote m'en donne
aussi l'occasion ....
Voyez ci-dessous le "décorticage"
d'une ponte d'épeire fasciée, et convenez que
l'architecture du cocon vaut bien celle de l'oothèque de
notre Mante!
1-
le cocon de ponte (en fait
l'enveloppe) est ainsi suspendu dans la végétation,
et il s'apparente à une petite montgolfière en
quelque sorte " à l'envers", dont le diamètre est de
l'ordre de 20 à 25 mm. L'ouverture, obturée, se
situe au niveau du col.
2-
cette coupe sagittale montre le
"cocon" proprement dit. Il occupe une position centrale, et il est
inclus dans une bourre soyeuse très brune, très
dense, et très certainement à vocation isolante.
3-
"cocon" central isolé, tel
qu'il se présente dans la "montgolfière"
.
4-idem, vu de dessus, cette zone
d'ouverture est elle aussi dirigée vers le haut.
5-
idem, ouvert, avec les oeufs en place (plusieurs
centaines).
FIN
les pages entomologiques d'
andré lequet
:
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