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le SPHINX TÊTE de MORT (Acherontia atropos) !
(Lépidoptère Sphingidae)
 
(page 2 sur 4)
 
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Intro !
 
Fut un temps où la seule évocation de ce papillon faisait frémir dans les chaumières. Bien entendu la bouteille d'eau bénite n'était jamais bien loin, une sainte aspersion ayant la vertu, entre autres propriétés, de parer au funeste présage annoncé par la survenue d'une bestiole qu'il suffisait d'entrapercevoir pour redouter le pire.
 
A l'époque j'étais tout gosse, mais il me souvient très bien du jour où la "bête" a eu la malencontreuse idée de venir trépasser dans la véranda de ma grand-mère. J'exagère à peine en disant qu'un bon demi litre d'eau quasi miraculeuse a été nécessaire pour conjurer le sort, avec interdiction absolue d'en parler à quiconque alentour ...des fois que !
 
A décharge, il faut bien reconnaître la force évocatrice du dessin thoracique, d'où l'appellation commune et scientifique de ce Sphinx. Acherontia se réfère en effet à l' Achéron , fleuve des Enfers "que les ombres des morts traversaient sans retour", tandis qu' Atropos était la Parques qui "coupait le fil des jours", autrement dit celui de la vie. Tout un programme, et vous en conviendrez, pas des plus réjouissants !
 
Que dire de plus, sinon qu'au fil des ans et des biocides en tous genres, le "papillon du diable" s'en est allé, et les croyances de mauvais augure avec, du moins celles qui lui étaient attachées, car d'autres perdurent à coup sûr ça et là ...tout comme le recours à la très secourable et bienfaisante eau bénite !
 
 
le Sphinx tête de mort...exemple de dessin thoracique de l' atropos.. exemple de dessin thoracique de l' atropos ....et son fameux "logo"
 
Sauf à totalement manquer d'imagination, il est bien difficile de nier toute ressemblance,
mais le graphisme n'est pas toujours aussi réaliste, ni aussi tranché, et il peut même faire défaut dans la forme dite "obsoleta".
 Pour le reste chacun voit midi à sa porte, et que celui qui n'a jamais lu un horoscope jette la première pierre !
 
  
Remerciements
 
Avant d'entrer dans le vif du sujet, sachez que la bestiole s'est longtemps appelée "Désirée", et que je commençais à vraiment désespérer de pouvoir lui consacrer une "page entomo". Il aura fallu l'aimable et très fortuite contribution de 2 internautes (avec 2 chenilles "sauvages" à la clé ! ), et surtout la gentillesse désintéressée d'un naturaliste havrais, photographe professionnel, qui a su passion garder ...et partager les quelques oeufs et chenillettes reçus ! Une fois encore, qu'ils en soient tous trois sincèrement remerciés !
 
 
 Présentation
 
Le bien nommé "Sphinx tête de mort" est très largement répandu en Afrique, et avec une envergure alaire atteignant 12 à 13 cm, c'est le plus grand, et le plus gros des Sphingidae français, et même européens.
 
C'est par excellence un papillon migrateur, et il nous arrive régulièrement d'Afrique du Nord, la traversée de la Méditerranée ne posant guère de problèmes à cet excellent voilier ( terme que je préfère au barbare "volateur", souvent employé en entomo...mais absent du dico ! ). J'ajouterais qu'il lui arrive de visiter nos voisins "Grands Bretons", et de parfois même atteindre les pays Scandinaves, avec quelques très exceptionnelles observations .....au niveau du cercle polaire .....excusez du peu !!!!
 
En règle générale les atropos immigrants arrivent en Mai-Juin, et se reproduisent sur place, avec émergence de la nouvelle génération en Septembre-Octobre. Les chenilles issues de cette seconde fournée auront bien du mal à boucler, et si chrysalides il y a, elles seront le plus souvent totalement décimées par les gels hivernaux. Leur survie est toutefois possible là où les conditions climatiques du lieu ou de l'année sont favorables. Vous l'aurez compris, mieux vaut donc être Niçois que Lillois ...mais c'est toujours limite !
 
Avant la généralisation des insecticides, et autres biocides, ce papillon était relativement commun, la chenille appréciant tout particulièrement le feuillage des pommes de terres. Trouver des chrysalides à l'arrachage était d'ailleurs monnaie courante, mais la mécanisation des récoltes est venue donner le coup de grâce, ou peu s'en faut.
 
 Sachez enfin que ce papillon est protégé en Suisse (Cantons de Vaud, de Schaffhouse, et de Thurgovie), et pour mémoire qu'il a eu les honneurs du Cinéma avec des films comme "Le silence des agneaux", ou encore "Un chien andalou" très étonnante et surréaliste oeuvre de 1928.
 
 
atropos sur le vif ( cliché 1) atropos sur le vif ( cliché 2) atropos sur le vif ( cliché 3) atropos sur le vif ( cliché 4)
 
Acherontia atropos ....comme si vous y étiez !
 
La bestiole peut étonner, intriguer, inquiéter, fasciner , répugner .....mais jamais indifférer !
 
atropos sur le vif ( cliché 5) atropos sur le vif ( cliché 6) gros plan d'atropos sur le vif
 
 
Côté sexe, si j'ose dire, le dimorphisme est pratiquement nul. Les femelles sont généralement plus grandes, ce qui est quasi de règle chez les papillons. L'abdomen est aussi plus "avantageux" et plus obtus, mais ce n'est pas toujours patent, faute de pouvoir par exemple comparer. Cela vaut également pour les antennes, très ( trop ! ) discrètement différentes, ou encore pour le "frein" alaire qui demande un minimum d'expérience....et de bons yeux !
 
Pour les curieux ce frein alaire, ou "joug", est un étonnant dispositif propre à certains papillons nocturnes (dont les Sphingidae), qui permet d'améliorer la qualité du vol, par couplage des ailes antérieures avec les postérieures. Chez le mâle le couplage revêt la forme d'une étroite bride spiralée (située au bord de l'aile antérieure), qui tel un ressort s'enroule autour d'une très forte soie à base articulée, implantée en bordure de l'aile postérieure. Pour plus de détails, vous pouvez vous reporter à la page entomo consacrée au Sphinx du laurier rose, encore que les agrandissements des illustrations ci-dessous soient parfaitement explicites
 
 
le frein alaire..... localisation du frein alaire mâle chez atropos frein alaire mâle chez atropos, ensemble frein alaire mâle chez atropos, détail .....de l'atropos mâle
à gauche: localisation du "frein" (voir sur agrandissement); au centre: repérage et détails du frein; à droite: détail l'enroulement de la bride sur la soie.
 
 
Quelques spécificités ....
 
- le cri
 
Rien à voir avec le brame du cerf, ou le "cri qui tue", et c'est là une évidence. Reste que c'est suffisamment audible et surprenant pour ajouter à l' originalité de la bestiole, et à l'occasion à sa malfaisante réputation. Si le chat est connu pour miauler, et le chien aboyer, il est par contre difficile de définir si la bête piaule , crisse, couine, grince, ou autre chose encore. De surcroît l'émission sonore est susceptible de varier, un peu comme chez le grillon. Concrètement cela se traduit par des sons quasi plaintifs, faibles et espacés, ou au contraire puissants et rapprochés quand la bestiole est au plus fort de son excitation, comme ici , le fait d'être tenue par les ailes étant évidemment peu apprécié ! ( ne pas trop monter le son, risque de "déformations" ! )
 
L'origine de ce "cri" est longtemps restée plus ou moins obscure. Pour les uns les sons émis résultaient d'un frottement (comme ici chez le Grand capricorne du chêne), et pour d'autres il s'agissait d'une expulsion d'air par les voies trachéennes. En fait la bestiole a inventé l'harmonica bien avant l'Homme, car son fameux "cri" est schématiquement produit par le passage de l'air dans la trompe, via une lamelle pharyngienne pouvant se qualifier de "vibrante".
 
- la trompe
 
Chez de nombreux papillons de nuit la trompe est souvent plus ou moins atrophiée, voire carrément inexistante, d'où la brièveté d'une vie dévolue à la seule reproduction. En pareil cas les femelles disposent de réserves graisseuses, ce qui leur permet de "tenir le coup", et surtout d'assurer la ponte dans de bonnes conditions. Le sort des mâles est généralement moins enviable, et pour tout dire scellé en quelques jours, sinon quelques heures, l'essentiel étant pour eux de faire ce qu'ils doivent faire ...et font toujours !
 
Parmi les butineurs la majorité opère très classiquement, c'est à dire au posé. Les autres, très minoritaires, préfèrent le vol stationnaire, à la manière d'un colibri , d'où une trompe "à rallonge" (si je puis dire ! ), celle du Sphinx du liseron, ci-dessous à droite, dépassant par exemple les 10 cm, ce qui constitue un record, du moins pour notre faune.
 
Le Sphinx tête de mort se démarque nettement du lot avec une trompe à la fois très courte, très robuste, et néanmoins très acérée. Cela l'oblige bien sûr à se poser pour s'alimenter, mais ce véritable épieu lui permet d'aisément "piocher" dans les fruits avancés, ou encore de se sustenter sur les exsudations d'arbres blessés ou malades, et à l'occasion de "craquer" pour une gâterie .... à haut risque !
 
 
 trompe d'atropos "in situ" trompe d'atropos isolée détail de l'apex de la trompe d'atropos trompe de Sphinx du liseron (en partie enroulée) tromp du Sphinx du liseron (déroulée)
de gauche à droite: 1)- trompe d'atropos déroulée (remarquez sa brièveté, guère plus du centimètre); 2)- trompe isolée ( remarquez la taille, la puissance, et la pointe particulièrement acérée) 3)- détail de l'apex de la trompe d'atropos; 4 & 5)- à titre comparatif, la spiritrompe à la fois très longue, très fine, et très fragile du Sphinx du liseron (Agrius convolvuli). Vous noterez qu'il s'agit d'un nourrissage à base d'eau miellée.
 
 
- la défense
 
La position de repos, ci-dessous à gauche, constitue déjà une défense, en l'occurrence passive. Quand la menace se précise le papillon ouvre d'un coup ses ailes, ce qui donne la mesure de sa taille, et fait surtout apparaître les zébrures abdominales jaunes et noires qui valent un panneau "stop" au pays des bestioles. Ces couleurs sont en effet celles d'insectes piqueurs redoutables, et redoutés, tels les guêpes et frelons. A l'occasion le fameux "cri" ajoute à l'intimidation, et pour tout dire au bluff, d'autant qu'il peut aller crescendo en intensité, et surtout en fréquence.
 
Dans les cas extrêmes la bestiole serait susceptible de "poignarder" l'agresseur, en usant de sa trompe comme d'un rostre. J'avoue n'avoir aucune certitude, mis à part le fait que ce soit mécaniquement possible, compte tenu de la puissance de l'insecte, mais aussi de la robustesse et du pointu de la trompe.
 
Toujours au titre des incertitudes j'ai observé un curieux comportement, et ce à plusieurs reprises, et avec des individus différents. Tenue par les ailes la bestiole recourbe son abdomen, s'en empare, et les pattes antérieures en "plument" l'extrémité à toute vitesse. Autant dire que les poils volent, mais en l'absence de propriétés urticantes peut-on y voir un vrai bluff défensif, ou une simple réaction réflexe sans véritable signifiance.
 
 
défense passive par mimétisme atropos au repos (illustration du mimétisme) atropos en posture d'intimidation ...et active ...là aussi par mimétisme !
Au repos, à gauche, le papillon passe aisément inaperçu, mais s'il est inquiété, dérangé, agressé, l'entrouverture brutale des ailes fait apparaître des zébrures jaunes et noires, synonymes de danger par analogie avec les guêpes, frelons, et autres bestioles "piqueuses". Il s'agit bien sûr d'un bluff, mais l'agresseur peut s'en trouver dissuadé, ou décontenancé ....et l'agressé sauvé... CQFD !
 
 
Pour clore ce chapitre, vous noterez qu' en matière de sécurité (industrie, B.T.P., etc...) notre signalétique emprunte en quelque sorte au monde des insectes, car par convention normalisée l'alternance de zébrures jaunes et noires est toujours synonyme de danger. Ce choix n'est certainement pas fortuit, et on peut même le qualifier de judicieux dans la mesure où il s'inspire de la crainte généralement ressentie face à tout insecte arborant ce type de graphisme. En pareil cas il s'ensuit de notre part un recul systématique, quasi réflexe, et c'est précisément cette réaction salutaire qui est recherchée en matière de sécurité.
 
- le "péché mignon"
 
Le Sphinx tête de mort est bien connu des apiculteurs, du moins là où ce papillon n'est pas rare. Il est en effet si friand de miel, qu'il n'hésite pas à pénétrer dans les ruches pour s'y goinfrer sans vergogne, sa robuste trompe ayant tôt fait d'y éventrer les rayons "mielleux".
 
Face à l'intrusion les abeilles peuvent se montrer relativement passives, le pillard en profitant pour quasiment puiser à sa guise, et quitter le "restaurant" sans coup férir. En fait tout se passe très vite, tel un raid, et non sans fébrilité, comme si la gourmande bestiole pressentait les risques encourus, et le fait que ses hôtesses puissent à l'occasion changer d'avis ...sans préavis !
 
En d'autres circonstances l'accueil est de fait plus mitigé, voire carrément hostile. Au mieux, notre Sphinx se verra contraint de piteusement battre en retraite, et d'aller chercher pitance en d'autres lieux. Au pire, les aiguillons venimeux finiront par avoir raison de l'épaisse toison du papillon, et à terme l'apiculteur découvrira le cadavre de l'intrus tout enrobé de propolis ( substance résineuse naturelle, récoltée par les abeilles, et utilisée comme matériau de colmatage ).
 
Cela étant, vous conviendrez que ces divergences comportementales suscitent bien des questions. Personnellement je pense que l'olfaction joue un rôle déterminant, mais je ne saurais en dire plus. Si un visiteur averti peut éclairer ma lanterne, je suis évidemment preneur, et même des 2 mains !
 
Pour conclure ce chapitre, je dirais que la quantité de miel prélevée par le papillon est insignifiante, et que le dérangement causé dans la ruche ( si branle bas de combat il y a ! ) est à peine plus préjudiciable, du moins en regard du "Varroa" (Varroa jacobsoni, voir site), minuscule acarien parasite pouvant compromettre le devenir même de la ruche.
 
L'accouplement
 
Autant le préciser de suite, je n'ai pas eu loisir d'observer le classique "tête-bêche" ( ce qui n'est pas une preuve de sa non existence ! ), et par ailleurs je ne puis dire si les images ci-dessous correspondent à de simples "préliminaires" (au demeurant "musclés" ! ), ou à une réelle position copulatoire. En attendant qu'un élevage complémentaire m'apporte la réponse, je suis évidemment preneur de toute info sur le sujet.
 
  prémices d'accouplement chez atropos (détail) prémices d'accouplement chez atropos (recto) prémices d'accouplement chez atropos (verso)
de gauche à droite: 1 & 2)- ces images pourraient s'intituler "l'amour vache", tant la femelle se fait "plumer" (les poils volaient littéralement ! ). Vous noterez qu'il s'agit d'un mâle aux ailes partiellement avortées, mais à l'évidence le reste "fonctionne" plutôt bien ! 3)- "re-belote" (vue côté "face" ! ), quelques jours plus tard ! 4)- en regardant bien cette vue (côté "pile" cette fois ! ) on voit que l'accouplement n'est pas effectif ....mais peu s'en faut !
 
 
L'oeuf
 
De couleur vert-jaunâtre, les oeufs sont déposés isolément sous les feuilles (plus rarement dessus) et sur les tiges des plantes nourricières, en l'occurrence des Solanacées sauvages et cultivées. Pour l'essentiel il s'agit des pommes de terre, des Lyciets de Barbarie, et de la Belladone, mais la Morelle noire et les Jusquiames sont possibles, la tomate étant plus exceptionnelle. En élevage, les chenilles de ce Sphinx acceptent de nombreux autres végétaux, mais le troène reste le préféré ....des éleveurs !
 
 
oeufs frais .... oeufs d'atropos sur datura oeufs du Sphinx tête de mort (sur Datura) détail d'un oeuf de sphinx tête de mort (sur Datura) ....sur Datura !
exemples d'oeufs d' Acherontia atropos !
 
 
La chenille
 
En toute logique c'est la plus grande et la plus grosse qui se puisse trouver, du moins en France. A terme, son tour de taille et ses 13 cm sous la toise, tiennent de la saucisse de Strasbourg, voire de la chipolata ...et vous verrez que j' exagère fort peu ! Bien entendu il ne faut pas en promettre, et la taille des crottes en témoigne, tout comme elle témoigne de celle des chenilles au terme de leur développement.
 
chenilles toutes tailles d'atropos chenille d'atropos sous la toise crottes de chenilles d'atropos
à gauche: panel (non exhaustif ! ) de chenilles d'atropos; au centre: forme brune, 11 cm à l'arrêt, mais dans la nature les 13 cm sont atteints;
à droite: pas de problème de transit ! Je vous laisse apprécier la taille !
 
 
 
la bête....   chenille d'atropos au maxi de son développement (14 cm sous la toise). ....et la règle !
14 cm ... en mouvement !
Si besoin était, démonstration est faite qu'en élevage on n'obtient pas que des nabots. Pour autant n'allez pas croire qu'on peut "suralimenter" les bestioles, car l'ingestion et l'assimilation sont évidemment soumis à des limites physiologiques que la chenille ou l'éleveur ne peuvent outrepasser. Par contre, et là c'est tout aussi certain, quand la nourriture est inappropriée, ou n'est pas de qualité, ou encore est insuffisante, on obtient à coup sûr des individus en dessous de la moyenne, et à l'occasion des nabots .....si on pousse le bouchon un peu loin !
 
 
 
 
les pages entomologiques d' andré lequet : http://www.insectes-net.fr