
En France on trouve 2 espèces de Mars changeants assez comparables, à savoir le petit (Apatura ilia, 6 à 7 cm d'envergure) et bien sûr le grand (Apatura iris, envergure de 7 à 8 cm). Schématiquement on peut dire que le premier est plutôt une espèce du Nord, et que le second, très thermophile (= aimant la chaleur), est plutôt un adepte du midi. Les deux ont normalement une seule génération annuelle, mais des conditions climatiques exceptionnellement favorables peuvent très ponctuellement induire une seconde génération. Le Grand Mars vole de la mi-juin à la mi-août, et le Petit, un peu plus tardif, prend son essor en juillet-août.
Les chenilles du Grand Mars se développent sur diverses espèces de Saules, et entre autres sur le Saule Marsault (Salix caprea), alors que celles du Petit préfèrent les Peupliers et notamment le Peuplier Tremble (Populus tremula), bien qu'elles puissent elles aussi vivre sur le Saule. Les chenilles des deux espèces passent l'hiver à mi-parcours de leur développement.
En raison d'une nette tendance à se raréfier nos deux Apatura sont actuellement protégés par la Loi. Il est par exemple interdit de les capturer mais en vérité il serait beaucoup plus judicieux de protéger leurs biotopes. Cela vaut d'ailleurs pour toutes les espèces animales actuellement protégées, qu'il s'agisse d' insectes, d'oiseaux , de mammifères, ou encore de reptiles ou de batraciens. Il faut en effet savoir que les activités dites économiques (agricoles, industrielles, etc...) prévalent bien souvent sur la Loi.
En ce début juillet j'arpentais les berges du grand fleuve avec l'espoir d' y trouver l'Aromia mosquata, grand longicorne entièrement vert métallique. A noter au passage que ce joli coléoptère vulgairement appelé "Capricorne musqué" dégage une odeur très agréable et soutenue. Cela lui valait d'ailleurs de souvent finir dans les blagues de tabac à rouler de nos grands parents où elle y parfumait le fameux "gros gris".
Cela dit, en traversant une minuscule enclave sablonneuse, un "éclair bleuté" me part littéralement entre les jambes. Il s'agissait d'un Apatura que je venais de déranger en enjambant involontairement son déjeuner, à savoir un "étron" pour lui fort appétissant. Ces papillons sont en effet très attirés par ce genre de chose, mais également par tout ce qui est peu ou prou en putréfaction, et d'une manière générale par tout ce qui dégage une forte odeur (en l'occurrence un camembert du genre "invendable" fait merveille, mais pour les initiés rien ne vaut un célèbre fromage Alsacien !).
Cette nouvelle parenthèse refermée j'étais persuadé que "mon" Apatura allait revenir et me tenant à demi accroupi, les yeux rivés sur la "chose", j'attendais l'instant T dans une totale immobilité car l'insecte est particulièrement vif et méfiant. Les minutes me semblaient des heures et rien ne se passait, à croire que l'insecte repu digérait tranquillement sous les feuillages environnants. C'est alors qu'entendant un très léger bruit je lève les yeux et là stupeur: à quelques mètres de moi 4 têtes dépassaient des grandes herbes (un couple et 2 jeunes ados!) et tous me fixaient sans mot dire, ni esquisser le moindre geste. Les visages exprimaient une totale incrédulité, et à n'en pas douter ils devaient m'épier depuis un bon moment.
A l'époque j'étais jeune et je n'ai pas osé donner l'explication qui pourtant s'imposait. Passablement gêné je suis piteusement parti, aussi penaud que déconfit. Il va sans dire que mon bel Apatura vole encore, si je puis dire, et que mes trouble fêtes doivent toujours se demander ce que je faisais et pourquoi je contemplais avec tant d'insistance ce que l'un d'entre eux s'était probablement efforcé de dissimuler a la vue des autres!