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Le GRAND APATURA ou GRAND MARS CHANGEANT (Apatura iris) !
(Lépidoptères Nymphalidae)
 
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Intro
 
"Changeant", il l'est à coup sûr, et même fort joliment comme vous le verrez. Par contre l'origine de "Mars" apparaît bien incertaine, l'éventuelle relation avec l'un ou l'autre de ses homonymes restant à expliciter, qu'il s'agisse du Dieu de la guerre, de la "planète rouge", ou encore du 3e mois calendaire .... exclusion faite d'une certaine barre chocolatée, fut-elle censée donner des ailes ! Au passage, vous noterez le caractère éponyme de cette friandise, ses lointaines origines devant tout au talent d'un confiseur américain dénommé ... Franklin Clarence Mars (1882-1934) ! ... CQFD !
 
Présentation
 
Le Grand Mars fait partie des Rhopalocères (= papillons diurnes), et il relève plus précisément de la Famille Nymphalidés, laquelle regroupe la moitié des "papillons de jour" français, soit quelques 130 espèces. Comme son "petit frère" (Apatura ilia) il se caractérise par le miroitement de ses ailes, dont la coloration passe du noirâtre au bleu-violet intense, dès l'instant où l'angle d'incidence de la lumière se fait favorable. Apanage des mâles, ce phénomène résulte de la diffraction de la lumière, en relation avec la structure particulière des écailles. En pareil cas on parle de coloration "optique" ou encore "physique", par opposition à la coloration chimique, en l'occurrence pigmentaire, laquelle concerne les autres Nymphalidés français (la rubrique "info" ci-dessous vous en dira un peu plus).
 
Atteignant 7 à 8 cm d'envergure, le Grand Mars n'a qu'une génération annuelle, la période vol étant comprise entre la mi-juin et la mi-août. C'est plutôt un "nordique", avec une nette préférence pour les allées boisées et autres orées et clairières forestières. Ce n'est pas un "butineur", au sens habituel du terme, car il dédaigne les fleurs au profit d'aliments nettement plus "odorants", tels que les excréments en tous genres, avec charognes et pourritures à l'avenant ! Vous l'aurez compris, plus ça "sniff" ... plus c'est attractif et apprécié !

Les chenilles sont vertes, glabres, et se développent essentiellement sur les saules. Très constantes de forme et de coloration, elles sont curieusement dotées de "cornes" céphaliques semi-rigides, très semblables d'aspect aux tentacules oculaires des escargots. Ces cornes sont considérées comme purement "décoratives", mais j'avoue une certaine réserve vis à vis de ce genre de "gratuité", car Dame Nature a ses raisons ... que bien souvent la nôtre ignore !

 
Grand Mars (Apatura iris) couple etale. Grand Mars (Apatura iris) etale, vue ventrale. Grand Mars (Apatura iris), mise en evidence du miroitement violet. Grand Mars (Apatura iris) detail des ecailles "miroitantes".
 Apatura iris ou "Grand Mars changeant" ... en attendant mieux, et même beaucoup mieux !
Les spécimens présentés sont en effet très défraîchis par les "heures de vol", et par un demi-siècle en collection, d'où un "rendu" très en deçà de ce qu'il devrait être. à gauche: couple. Vous noterez la plus grande taille de la femelle et de ses taches blanches, mais surtout l'absence de reflets violacés. au centre: revers des ailes; à suivre: mise en évidence du miroitement violacé, et détail.
 
Grand Mars changeant (Apatura iris) mâle, photo 1. Grand Mars changeant (Apatura iris) mâle, photo 2......................
à gauche: llustration de la variation du reflet selon incidence de la lumière ... et toujours sur spécimens "quinquagénaires" !
à droite: sur le vif, et au contraire si frais éclos que "pas une écaille ne manque" (merci à http://montagne.a.vaches.free.fr/ )
 
Pour info !

A propos de la coloration des papillons, vous noterez que les couleurs pigmentaires, et donc chimiques, "passent" à la lumière du jour, autrement dit pâlissent. Cette dégradation chromatique s'accentue fatalement au fil des ans, et finit par complètement dénaturer les plus beaux papillons, au point de les rendre totalement méconnaissables, tel l'Attacus ci-dessous. A contrario les colorations physiques supportent nettement mieux les expositions prolongées à la lumière. A titre d'exemple, j'ai un cadre où des "Morpho" (grands papillons bleus sud-américains) sont encore très présentables, alors qu'ils sont "à la montre" depuis plus de ... 40 ans !

 
cadre decoratif de papillons exotiques Attacus decolore Attacus atlas etale Attacus atlas en main. Atlas, ou Papillon cobra (Attacus atlas) mâle en main sur le vif.
Illustration du devenir des papillons exposés à la lumière du jour, selon l'origine de leur coloration (physique ou chimique).
de gauche à droite: 1)- ce cadre, "fait maison", date d'au moins 40 ans, et là où les "Morpho" ont quasi conservé leur éclat, le grand Attacus central est au contraire complètement décoloré; 2)- L'Attacus en question ... devenu "albinos" au fil des ans; 3)- coloration normale de l'Attacus atlas; 4)- le même "en main" afin de mieux rendre compte de la taille de cette espèce, dont l'envergure avoisine les 30 cm; 5)- ... et sur le vif ! (voir page entomo sur cette espèce).
 
Avant d'entrer dans le vif du sujet !

Je tiens à remercier Frédéric, excellent entomologiste et ami de longue date, car de son "exil" Comtois il n'a pas ménagé son temps pour me procurer la femelle d'Apatura iris ci-dessous présentée. Sans lui ( et sans elle ! ), cette page entomo n'existerait pas !

 
Grand Mars (Apatura iris), femelle en main. Grand Mars (Apatura iris) femelle sur crottin, photo 1. Grand Mars (Apatura iris) femelle sur crottin, photo 2. Grand Mars (Apatura iris), femelle sur melon. Grand Mars (Apatura iris), detail de la trompe, photo 1. Grand Mars (Apatura iris) detail de la trompe, photo 2.
Au terme d'un voyage de 48 h, où elle était littéralement coincée dans une "papillote" (immobilisation totale oblige), cette femelle de Grand Mars apprécie évidemment ma véranda, et plus encore la "table d'hôte", avec crottin frais et melon "invendable" à volonté ! A droite: vous remarquerez la robustesse de la trompe ... et son étonnante couleur !
 

 La ponte !

Les oeufs sont pondus isolément à la face supérieure des feuilles de l'arbre nourricier. Le plus souvent il s'agit de saules, le "marsault" (Salix caprea), et le "cendré" (Salix cinerea) étant préférés. Plus rarement les pontes peuvent s'observer sur les aulnes et peupliers. L'incubation est de l'ordre de 2 semaines.

 
Grand Mars (Apatura iris)  oeuf, avec allumette. Grand Mars (Apatura iris) oeuf frais pondu......................   Grand Mars (Apatura iris), oeuf embryonne. Grand Mars (Apatura iris), oeuf prêt a eclore.
à gauche: oeuf frais pondu; à droite: oeuf prêt à éclore (on devine la chenille par transparence).
Véranda aidant, guère plus d'une semaine aura suffit, mais en nature la norme est de l'ordre de 12 à 15 jours.
 
La chenille ... avant hivernage !

Là où certaines espèces de chenilles "bouclent" leur développement en l'espace d'un mois, celle de notre Grand Mars prend son temps, puisque 10 mois lui sont au bas mot nécessaires. Comme le titre de la rubrique le laisse entendre le Grand Mars hiverne en effet à l'état de chenille, et même de chenillette, ce qui explique une durée de développement très inusitée, mais pas exceptionnelle au pays des papillons. Quand il a lieu, l'hivernage peut également se faire à l'état d'oeuf, de chrysalide, ou d'adulte ... selon les espèces considérées !

A l'approche de l'automne les futures hivernantes du Grand Mars brunissent progressivement, cessent tout "grignotage", et finissent par solidement s'amarrer à l'arbre nourricier. A l'occasion elles peuvent profiter de l'enfourchure d'une branchette, d'une irrégularité de l'écorce, ou encore d'une feuille morte maintenue en place par quelques fils de soie. En pratique un rien suffit, Dame Nature ayant tout prévu, à commencer par un cryoprotecteur ( = antigel ! ) cellulaire de type glycérol ... comme celui de votre voiture ! ... et croyez-moi, ce n'est pas une image ! (1)

(1) Face à l'extraordinaire inventivité de la Vie je rappelle que "la roue est la seule véritable invention de l'homme", comme se plaisait à dire le Professeur Robert Sellier, en son temps Directeur du labo de Zoologie de la Fac des Sciences de Nantes, pour qui j'ai eu l'honneur et le plaisir de travailler durant près de 20 ans.

 
Stade 1 (L1)
Grand Mars (Apatura iris) chenille naissante sur allumette. Grand Mars (Apatura iris) chenille naissante, photo 1. Grand Mars (Apatura iris) chenille naissante, photo 2. Grand Mars (Apatura iris) chenille naissante, photo 3.
 La chenille naissante du "Grand Mars"
Vous noterez la grosseur de la tête en regard de celle du corps, mais cette "macrocéphalie" s'estompe très vite au fil des repas !
 
 
Stade 2 (L2) 
Grand Mars (Apatura iris) chenille stade 1 prête a muer. Grand Mars (Apatura iris)chenille stade 2, photo 1. Grand Mars (Apatura iris), chenille stade 2, photo 2. Grand Mars (Apatura iris), chenille stade 2, photo 3.
 à gauche: chenille de "Grand Mars" sur le point de passer au 2e stade larvaire (gonflement du "cou").
Vous remarquerez la prise de volume du corps, par rapport à celui de la tête (inchangé depuis la naissance).
à suivre: chenilles au 2e stade, avec "apparition" des très typiques "cornes" des chenilles d'Apatura.
 
 Stade 3 (L3) 
Grand Mars (Apatura iris) chenille stade 3, photo 1. Grand Mars (Apatura iris), chenille stade 3, photo 2.
Chenilles d' Apatura iris au 3e stade larvaire (tête brune).
En l'attente de l'hivernage elles grignotent de temps en temps, mais vraiment du bout des mandibules.
Cette période de latence peut "s'éterniser", et arriver à dépasser 2 mois.
 
 
Grand Mars (Apatura iris)  trio de chenilles stades 3 , sur pointes de feuilles. Grand Mars (Apatura iris) chenille stade 3 sur pointe de feuille, photo 1. Grand Mars (Apatura iris) chenille stade 3 sur pointe de feuille, photo 2.
Les chenilles du Grand Mars affectionnent "stationner" à l'extrémité des feuilles, le long de la nervure centrale, ce qui leur permet de typiquement grignoter de part et d'autre. Elles s'y tiennent également volontiers pour muer (comme ci-dessus au centre), ou encore durant la phase pré-hivernale où leur vie s'écoulera à minima, et en quelque sorte "au ralenti".
   
Grand Mars (Apatura iris) duo de chenilles stade 4 en debut de pre-hivernage. Grand Mars (Apatura iris), chenille stade 3  en coloration d'ivernage. Grand Mars (Apatura iris), chenille stade 3 en cours d'hivernage.
à gauche: début du changement de coloration, phase annonciatrice de l'hivernage;
au centre: brunissement achevé ... hivernage imminent ! à droite: chenille en cours d' hivernage dans une feuille morte
 
... et en résumé !
chenillette naissante ... Grand Mars (Apatura iris) chenille naissante sur allumette a J zero. Grand Mars (Apatura iris) chenille stade 3 a J plus cent. ... et 100 jours plus tard !
Autant dire que la bestiole prend son temps, et même largement, car elle n'est qu'au 3e stade larvaire,
alors que la plupart des chenilles bouclent leur développement (soit 5 stades) en guère plus d'un mois !
 
 
 
les pages entomologiques d' andré lequet : http://www.insectes-net.fr