.... une petite anecdote qui a le mérite d'illustrer une particularité "gastronomique" de l' Apatura !
C'était sur les bords de la Loire, il y a bien longtemps, et c'était aussi mon premier Apatura ....
En ce début juillet j'arpentais les berges du grand fleuve, en l'espoir d' y trouver l'Aromia mosquata, grand longicorne entièrement vert métallique. Au passage, vous noterez que ce joli coléoptère, vulgairement appelé "Capricorne musqué," dégage une odeur très agréable et soutenue. Cela lui valait d'ailleurs de souvent finir dans les blagues de tabac à rouler de nos grands parents où elle y parfumait le fameux "gros gris".
En traversant une minuscule enclave sablonneuse, un "éclair bleuté" m'est littéralement passé entre les jambes. Il s'agissait d'un Apatura que je venais de déranger en enjambant involontairement son déjeuner, à savoir un "étron" pour lui fort appétissant. Ces papillons sont en effet très attirés par ce genre de chose, mais également par tout ce qui est peu ou prou en putréfaction, et d'une manière générale par tout ce qui dégage une forte odeur (en l'occurrence un camembert du genre "invendable" fait merveille, mais pour les initiés rien ne vaut un célèbre fromage Alsacien !).
Cette nouvelle parenthèse refermée j'étais persuadé que "mon" Apatura allait revenir et me tenant à demi accroupi, les yeux rivés sur la "chose", j'attendais l'instant T dans une totale immobilité car l'insecte est particulièrement vif et méfiant. Les minutes me semblaient des heures et rien ne se passait, à croire que l'insecte repu digérait tranquillement sous les feuillages environnants.
C'est alors qu'entendant un très léger bruit je lève les yeux et là stupeur: à quelques mètres de moi 4 têtes dépassaient des grandes herbes (un couple et 2 jeunes ados!) et tous me fixaient sans mot dire, ni esquisser le moindre geste. Les visages exprimaient une totale incrédulité, et à n'en pas douter ils devaient m'épier depuis un bon moment.
A l'époque j'étais jeune et je n'ai pas osé donner l'explication qui pourtant s'imposait. Passablement gêné je suis piteusement parti, aussi penaud que déconfit. Il va sans dire que mon bel Apatura vole encore, si je puis dire, et que mes trouble fêtes doivent toujours se demander ce que je faisais et pourquoi je contemplais avec tant d'insistance ce que l'un d'entre eux s'était probablement efforcé de dissimuler à la vue des autres!