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L'APATURA !
(Lépidoptère Nymphalidae)
 
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L' Apatura ou "Mars-changeant" est un papillon Rhopalocère (= papillon diurne) qui appartient à la Famille des Nymphalidés. Fondamentalement brun et blanc, il se caractérise par un miroitement bleu-violet intense, dès lors que l'angle d'incidence de la lumière est favorable. Ce phénomène est dû à la structure particulière des écailles et en pareil cas on parle de coloration physique par opposition à la coloration chimique, qui elle est d'origine pigmentaire (cas des autres Nymphalidés français).
apatura ilia, type et clytie
Apatura ilia (le Petit Mars changeant).
Celui de gauche, plus jaune, correspond à la variété "clytie"
(ce type de variation n'existe pas chez Apatura iris).
 
A noter que les colorations pigmentaires "passent" à la lumière, c.a.d. qu'elles pâlissent, et que cette dégradation chromatique s'accentue au fil des ans. A contrario les colorations physiques supportent sans dommage des expositions prolongées à la lumière. A titre d'exemple j'ai un cadre de Morphos (grands papillons bleus sud-américains) depuis plus de 30 ans, et ils sont quasiment comme au premier jour!

En France on trouve 2 espèces de Mars changeants assez comparables, à savoir le petit (Apatura ilia, 6 à 7 cm d'envergure) et bien sûr le grand (Apatura iris, envergure de 7 à 8 cm). Schématiquement on peut dire que le premier est plutôt une espèce du Nord, et que le second, très thermophile (= aimant la chaleur), est plutôt un adepte du midi. Les deux ont normalement une seule génération annuelle, mais des conditions climatiques exceptionnellement favorables peuvent très ponctuellement induire une seconde génération. Le Grand Mars vole de la mi-juin à la mi-août, et le Petit, un peu plus tardif, prend son essor en juillet-août.

apatura ilia (reflets) apatura ilia, verso
mise en évidence du reflet, et Apatura en vue ventrale

Les chenilles du Grand Mars se développent sur diverses espèces de Saules, et entre autres sur le Saule Marsault (Salix caprea), alors que celles du Petit préfèrent les Peupliers et notamment le Peuplier Tremble (Populus tremula), bien qu'elles puissent elles aussi vivre sur le Saule. Les chenilles des deux espèces passent l'hiver à mi-parcours de leur développement.

En raison d'une nette tendance à se raréfier nos deux Apatura sont actuellement protégés par la Loi. Il est par exemple interdit de les capturer mais en vérité il serait beaucoup plus judicieux de protéger leurs biotopes. Cela vaut d'ailleurs pour toutes les espèces animales actuellement protégées, qu'il s'agisse d' insectes, d'oiseaux , de mammifères, ou encore de reptiles ou de batraciens. Il faut en effet savoir que les activités dites économiques (agricoles, industrielles, etc...) prévalent bien souvent sur la Loi.

A titre d'exemple il est de longue date interdit de chasser tous les insectes (qu'ils soient protégés ou non ! ) dans les Alpes de Haute Provence. Cette décision préfectorale, pour le moins drastique, équivaut à supprimer toute circulation automobile afin que la Loi sur l'alcoolémie au volant soit parfaitement respectée. C'est certes efficace, mais c'est aussi aberrant, d'autant que par ailleurs rien n'interdit l'épandage d'insecticides, et ce n'est là qu'une des multiples nuisances en quelque sorte admises et par le fait licites.
 
 
Pour conclure j'évoquerais une petite anecdote qui a le mérite d'illustrer une autre particularité de l' Apatura...
 
C'était sur les bords de la Loire, il y a bien longtemps, et c'était aussi mon premier Apatura........

En ce début juillet j'arpentais les berges du grand fleuve avec l'espoir d' y trouver l'Aromia mosquata, grand longicorne entièrement vert métallique. A noter au passage que ce joli coléoptère vulgairement appelé "Capricorne musqué" dégage une odeur très agréable et soutenue. Cela lui valait d'ailleurs de souvent finir dans les blagues de tabac à rouler de nos grands parents où elle y parfumait le fameux "gros gris".

Cela dit, en traversant une minuscule enclave sablonneuse, un "éclair bleuté" me part littéralement entre les jambes. Il s'agissait d'un Apatura que je venais de déranger en enjambant involontairement son déjeuner, à savoir un "étron" pour lui fort appétissant. Ces papillons sont en effet très attirés par ce genre de chose, mais également par tout ce qui est peu ou prou en putréfaction, et d'une manière générale par tout ce qui dégage une forte odeur (en l'occurrence un camembert du genre "invendable" fait merveille, mais pour les initiés rien ne vaut un célèbre fromage Alsacien !).

Cette nouvelle parenthèse refermée j'étais persuadé que "mon" Apatura allait revenir et me tenant à demi accroupi, les yeux rivés sur la "chose", j'attendais l'instant T dans une totale immobilité car l'insecte est particulièrement vif et méfiant. Les minutes me semblaient des heures et rien ne se passait, à croire que l'insecte repu digérait tranquillement sous les feuillages environnants. C'est alors qu'entendant un très léger bruit je lève les yeux et là stupeur: à quelques mètres de moi 4 têtes dépassaient des grandes herbes (un couple et 2 jeunes ados!) et tous me fixaient sans mot dire, ni esquisser le moindre geste. Les visages exprimaient une totale incrédulité, et à n'en pas douter ils devaient m'épier depuis un bon moment.

A l'époque j'étais jeune et je n'ai pas osé donner l'explication qui pourtant s'imposait. Passablement gêné je suis piteusement parti, aussi penaud que déconfit. Il va sans dire que mon bel Apatura vole encore, si je puis dire, et que mes trouble fêtes doivent toujours se demander ce que je faisais et pourquoi je contemplais avec tant d'insistance ce que l'un d'entre eux s'était probablement efforcé de dissimuler a la vue des autres!

FIN
 
les pages entomologiques d' andré lequet : http://www.insectes-net.fr