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- LA SÉSIE
APIFORME
ou SÉSIE
FRELON !
- (Sesia apiformis,
Lépidoptère Sesiidae)
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-
- La ponte
-
- Elle débute quasiment dès
la fin de l'accouplement, et se prolonge plusieurs jours, en
raison du nombre très élevé des oeufs
émis. Pour fixer les idées, sachez qu'une femelle
"sauvage" (ayant donc commencé à pondre), m'a
néanmoins donné plus de 850 oeufs, et qu'une ponte
"intégrale" a frisé les 1250 oeufs. Compte tenu de
la taille très moyenne de cette seconde pondeuse, je pense
qu'une grosse femelle peut atteindre les 1500 oeufs, voire les
dépasser.
-
- Les ufs de la Sésie
apiforme sont rougeâtres, sphériques, très
sclérifiés, et censément très petits
(3 à 4/10e de mm) puisque particulièrement nombreux.
Ils passent pour êtres pondus au gré du vol de
l'insecte, et de ses pérégrinations alentour des
arbres nourriciers. La bestiole peut également s'y poser,
mais les oeufs sont probablement plus "largués" que
déposés, d'autant qu'ils ne sont pas conçus
pour adhérer au support.
-
- Quoi qu'il en soit la "casse" est
à l'évidence très élevée, et
là c'est sûr, d'où l'importance
numérique de la ponte. Cette compensation est d'ailleurs de
règle dans la nature, chaque fois que les pertes ou la
prédation peuvent compromettre la pérennité
d'une espèce. Bien entendu cette forme de régulation
peut aussi se "lire" à rebours, car si tous les oeufs
donnaient une chenille arrivant à terme, il n'y aurait plus
de peupliers ...ni de Sésies ! ... CQFD !
-

- Les oeufs de la Sésie
apiforme ! .... ensemble et détail !
- Vous noterez leur petitesse, et
l'importance numérique de la ponte, illustrée par la
photo la plus à droite.
-
- La chenille
-
- Elle est xylophage et s'attaque
principalement au peuplier noir et à moindre degré
au tremble. Très occasionnellement, la chenille peut se
"contenter" de saules, tilleuls, bouleaux, et frênes. Au
passage vous noterez que les saules peuvent aussi héberger
la Sésie Bembex (Sphecia bembeciformis), très proche
d'apformis par la taille et la livrée. La distinction est
cependant aisée puisque la bembex a la tête noire, et
arbore un fin collier jaune.
-
- Les attaques de la Sésie
concernent toujours le collet de l'arbre, zone sensible s'il en
est, mais aussi les grosses racines traçantes
superficielles ( quand elles existent ! ), leur
attractivité pouvant s'accroître au gré des
lésions fréquemment générées
par les tondeuses, girobroyeurs, et autres engins dévolus
à l'entretien..
-
- Le complet développement de la
chenille demande 2 ans dans le meilleur des cas, mais 3
années sont parfois nécessaires, sinon plus.
Indéniablement la Sésie peut s'avérer
nuisible, mais cela vaut surtout pour les très jeunes
arbres. De fait les plus âgés résistent mieux,
mais au fil des ans la multiplicité des attaques laisse des
séquelles qui favorisent évidemment la survenue de
parasites et convives secondaires, mais aussi d'agents plus ou
moins pathogènes. Ces différents facteurs peuvent
évidemment accélérer le processus de
dégradation et générer ainsi un
dépérissement prématuré.
-

- Chenille naissante, après
17 jours d'incubation
- C'est minus de chez minus ...
à l'image des oeufs !
-
-

- Il s'agit d'une larve disons
"adolescente" ..... côté taille bien sûr
!
- Pour faire mieux il faudrait
tomber sur un abattage, et une souche en quelque sorte "garnie".
- Ce n'est pas encore
arrivé ... mais je ne désespère pas
!
-
- Cocons et
chrysalides
-
- Si les métamorphoses sont
classiques et complètes (chenille-chrysalide-papillon), la
chrysalide a l'étonnante particularité d'être
dotée d'une relative mobilité, laquelle lui permet
de se mouvoir au gré de "tortillements" apparemment
désordonnés, mais finalement efficaces. Bien entendu
le déplacement est modeste, et laborieux ... mais il est
!
-
- Arrivée à maturité
la chenille gagne la zone corticale et fore l'écorce
proprement dite de façon à préparer la sortie
de la chrysalide qu'elle deviendra ultérieurement. Une fois
le perçage réalisé à sa convenance, et
la "porte de sortie" littéralement
prédécoupée, la chenille se confectionne un
cocon plus ou moins allongé, comme ci-dessous à
droite. Vous noterez qu'il est constitué de particules
agglomérées de bois et d'écorce, et
agencé de telle façon que l' extrémité
"côté tête" soit au plus près de la
porte précitée, voire à son
contact.
-

- Exuvies nymphales (= chrysalides
vides), et détail des couronnes de spicules facilitant le
déplacement de la chrysalide en phase
d'éclosion.
-
-

- Cocons de Sésies en vue
externe, interne, et détail du "tapissage"
intérieur.
- . Vous noterez qu'ils sont
constitués d'un agglomérat de fibres de bois et
d'écorce, l'intérieur étant tapissé
d'une couche de soie brune.
-
- Le moment venu la chrysalide va gagner
l'air libre, et la Sésie éclore, mais les
modalités diffèrent nettement, selon que le cocon a
été élaboré au-dessus du sol, ou
en-dessous, voire dans le sol proprement dit, ce qui n'est pas
exceptionnel.
-
- Dans le premier cas, et donc en
situation hors sol, la chrysalide va s'extraire du cocon à
mi-corps, et après l'émergence du papillon, l'exuvie
imaginale (= chrysalide vide) va rester typiquement
"plantée" dans le tronc de l'arbre nourricier, comme
ci-dessous.
-
- Dans le second cas, et donc en
"souterrain", la chrysalide abandonne son cocon et gagne la
surface du sol, où elle peut parcourir une bonne vingtaine
de cm, avant l'éclosion du papillon. Le déplacement
est obtenu sous l'effet conjoint de "tortillements" abdominaux
répétitifs et des couronnes de spicules qui prennent
appui sur les composants du substrat (terre, herbe, menus
cailloux, débris végétaux, etc...) et
facilitent ainsi le cheminement.
-

- Mode d'émergence typique,
fréquent, mais pas systématique. Il intéresse
essentiellement les nymphoses au dessus du
sol.
- Le plus souvent, la chrysalide en
"sous-sol" s'extirpe totalement du trou de sortie, et
libère le papillon aux abords de la racine attaquée
ou du tronc nourricier. Au passage,
vous noterez que le Cossus gâte-bois (autre papillon
à chenille xylophage) procède de même. Voir
site.
-
-
- l'envers ....
.... du décor !
- L'apex du cocon affleure la surface
extérieure de l'écorce, cette dernière
étant en quelque sorte prédécoupée par
la chenille, puisque la chrysalide
est bien incapable de grignoter quoi que ce soit. Dès lors
la chrysalide en question n'a plus qu'à "pousser la porte"
... et le papillon à émerger !
-
- La "dent de l'oeuf"
!
-
- Comme vous venez de le voir,
l'écorce est prédécoupée, faute de
quoi la chrysalide ne pourrait s'extraire de l'arbre nourricier.
Dès lors se pose la question du cocon, et donc de son
percement, car là il n'y a pas prédécoupage.
En outre, est-il besoin de le rappeler, le cocon est
constitué d'un agglomérat de soie et de particules
boiseuses, d'où une réelle résistance de sa
paroi.
-
- L'examen de la partie exuviale
concernée (correspondant à la "tête" de la
chrysalide), montre que la nature fait bien les choses. En effet
une triple crête, associée à une lame
tranchante transversale, fait manifestement office de
trépan, aidée en cela par les tortillements
répétés de la chrysalide. Il s'ensuit un
déchirement au moins partiel de la paroi du cocon, sans
doute suivi d'un passage plus ou moins "en force", d'où
l'irrégularité des trous de sorties. Vous noterez
qu'un dispositif très comparable s'observe chez le "Cossus
gâte bois", autre papillon à chenille xylophage, et
chrysalide mobile.
-
- à gauche et au
centre: chrysalide après émergence du papillon.
Remarquer le "décollement" de la partie céphalique
portant les "antennes".
- à droite: parties
céphaliques isolées.
-
..............

- Deux exemples de zones
céphaliques ( et donc 2 chrysalides ! ), avec leur
agrandissement, montrant en quelque sorte la "dent" de la
chrysalide. Cette dernière permet bien sûr à
ladite chrysalide de s'affranchir de son cocon, tout comme la dent
de l'oeuf permet au poussin naissant de briser sa coquille ...
CQFD !
-
- Bon à savoir
!
-
- Quand la végétation est
rase, ou peu abondante, les chrysalides vides sont très
visibles et permettent aisément de repérer les
éclosions, par exemple à leur début ou encore
entre 2 visites. La période d'éclosion des
Sésies est classiquement fonction de la région, et
des conditions météo du moment et de l'année.
A titre indicatif la première décade de juin est la
norme pour la région nantaise.
-
- En raison de leur fragilité les
exuvies ("enchâssées", ou non) disparaissent
rapidement, mais quelle que soit la saison il est toujours
très facile de détecter la présence de
Sésies car les trous de sorties du collet sont bien
visibles, et ils le restent des années durant. Les photos
ci-dessous illustrent parfaitement le propos, mais aussi les
dégâts générés
-

- Le peuplier le plus
attaqué du "p'tit étang" ....un exemple
particulièrement .... exemplaire!
- Vous noterez la concentration des
attaques au niveau du collet, mais aussi que les trous de sorties
perdurent des années, ce qui constitue un excellent "indice
de présence". Pour l'anecdote je rappelle que ce peuplier a
été le seul à pouvoir être
"manchonné" ... mais en dépit de son aspect
très "prometteur" pas la moindre bestiole en est sortie
cette année !
-
- Idem !
-
- Avec un peu de chance, de patience, et
de "flair", il est possible de trouver des cocons en
"farfouillant" au pied des arbres attaqués. En pareil cas,
chance aidant là encore, on peut tomber sur une femelle, et
vérifier à loisir et satiété
l'attractivité instructive des phéromones .... sous
réserve qu'une cage finement grillagée interdise aux
mâles attirés .... de "rendre visite" à la
femelle !
-

- à gauche: dans les 48 h
précédant l'émergence la chrysalide noircit
nettement, comme celle de cette femelle (à comparer bien
sûr avec la chrysalide mâle);
à droite : la femelle vient
d'éclore sans crier "gare", et je n'ai pu assister qu'au
séchage des ailes (ci-dessus), leur "déploiement"
étant terminé.
-
- En guise de conclusion
...
-
- Vous noterez qu' en matière de
sécurité (industrie, B.T.P., etc...) notre
signalétique emprunte en quelque sorte au monde des
insectes, car par convention normalisée l'alternance de
zébrures jaunes et noires est toujours synonyme de danger.
Ce choix n'est certainement pas fortuit, et on peut même le
qualifier de judicieux dans la mesure où il s'inspire de la
crainte généralement ressentie face à tout
insecte arborant ce type de graphisme. En pareil cas il s'ensuit
de notre part un recul systématique, quasi réflexe,
et c'est précisément cette réaction salutaire
qui est recherchée en matière de
sécurité.
-

- de gauche à
droite: un frelon (Vespa crabro) et une guêpe (Vespa
sp.), insectes dangereux.
- Au centre: un
coléoptère inoffensif (Clytus detritus).
- à droite: 2
Diptères (= mouches au large) également inoffensifs
(Milesia crabroniformis et Myathropa florea).
-
- En tant qu'entomologiste il faut
cependant signaler que cette crainte est souvent
irraisonnée car de très nombreux insectes sont
totalement inoffensifs (clytes, syrphes, etc...), leur seul tort,
si je puis dire, étant de plus ou moins mimer les quelques
espèces effectivement dangereuses, à l'instar des
guêpes et des frelons.
-
- Signalons enfin que la notion même
de mimétisme est parfois controversée, certains
considérant que la convergence morphologique doit plus
à un simple hasard qu'à une évolution en
quelque sorte orientée. Comme il se doit les arguments en
faveur de l'une ou l'autre de ces thèses ne manquent pas,
mais en débattre dépasserait censément le
cadre de cette page.
-
FIN
-

- les pages entomologiques d'
andré lequet
:
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