
Dans tous les cas ce sont les récepteurs olfactifs qui guident l'insecte et peuvent donc le conduire là où il n'est pas désiré. La meilleure prévention consiste donc à masquer les émanations susceptibles de l'attirer, et en l'occurrence la naphtaline des armoires de nos grands-mères, ou le bouquet de lavande encore utilisé de nos jours contre les mites, relèvent exactement du même principe.
Dans les boîtes à insectes le paradichlorobenzène est la substance la plus couramment utilisée comme répulsif. Outre une odeur à peine plus "agréable" que celle de la naphtaline il a pour inconvénient d'être très volatil, et pour ma part je considère qu'il finit par ternir la rutilance des insectes à coloration métallique. Personnellement je préfère traiter l'intérieur de la boîte une fois pour toutes, mais cela implique évidemment d'utiliser un insecticide extrêmement puissant, et à haute rémanence, ce qui n'est pas non plus sans inconvénients.
Cela dit les Anthrènes sont très fréquentes dans la nature, et les adultes s'observent aisément au printemps, notamment sur les inflorescences des ombellifères. Reste que la bestiole vole fort bien, et qu'elle n'a pas son pareil pour détecter l'effluve qui l'amènera directement chez l'entomologiste ...ou à votre domicile !
En effet l'éclectisme de l'insecte fait qu'il peut assurer sa subsistance de multiples façons, et par exemple mettre à mal un cadre de fleurs séchées, une carpette végétale, un tapis de laine, une peau tannée, un trophée de chasse, des vêtements en laine, et bien d'autres choses encore. Mieux vaut donc le savoir et se méfier de ce qui peut passer pour de minuscules et inoffensives coccinelles. A noter que les adultes "nouveaux nés" de l'anthrène sont très souvent attirés par la luminosité extérieure et qu'ils sont alors aisément repérables au bord du vitrage des fenêtres, ou encore sur les voilages et rideaux clairs.
Au terme de cette page quelques remarques s'imposent, d'autant qu'elles méritent réflexion.
Vu la petitesse du ravageur, et pour qui connaît la dureté de certaines carapaces d'insectes (notamment de coléoptères), la puissance des mandibules de la larve apparaît véritablement peu ordinaire. En regard des "mâchoires en béton" louées par un spot TV, on peut dire que celles de nos minuscules bestioles tiennent davantage de l'acier trempé.
Pour rester dans le domaine des comparaisons, on peut également dire que la sobriété légendaire du chameau n'est rien en regard de celle de l'anthrène. De fait cette dernière n'absorbera jamais la moindre gouttelette de liquide durant toute sa vie, alors qu'elle ingère quotidiennement une matière on ne peut plus coriace et déshydratée.
A noter encore que l'insecte parvient en quelque sorte à "créer" l'eau nécessaire à tout organisme vivant (il suffit d'écraser une larve pour s'en convaincre), alors qu'il se développe dans le confinement de boîtes toujours très soigneusement préservées de la moindre humidité. Cette dernière est en effet très préjudiciable aux collections entomologiques car elle peut générer des moisissures, et entraîner le ramollissement des appendices, d'où un fastidieux et délicat travail de restauration qui implique de nettoyer et ré-étaler chaque insecte.
Pour conclure une petite anecdote s'impose elle aussi....
Attaché à un labo de botanique un collègue de travail est un jour venu me voir. A l'entendre de petites "coccinelles" évoluaient dans une salle où était entreposé un très vieil herbier, et les sachant prédatrices de pucerons il ne comprenait pas les raisons de leur présence, et encore moins de leur abondance en pareil lieu.
De suite j'ai compris de quoi il retournait, et sur place je n'ai pu que constater l'ampleur de dégâts largement prévisibles vu les centaines d'anthrènes qui se bousculaient le long des vitrages.
Bien entendu un gazage en règle a sauvé ce qui pouvait encore l'être, mais à l'évidence le mal était déjà fait, et le dommage irréparable.